Le Cyclope de "Penny Lane" (Défi du samedi n° 861)

 

"Oh dis, c’est loin l’Amérique ? Pas assez encore, ces temps-ci !"


Si tu as besoin d’une duchesse,

D’une liseuse, d’un banc d’église,

Si tu rêves que je le menuise

Je crois que tu t’es trompé d’adresse :


Je ne sais pas manier la varlope !

Moi le boulot, je le salope.

Je ne sais pas jouer du couteau,

Le résultat ne sera pas beau.


Je suis aussi nul en meuleuse

Qu’en ponceuse ou en scie sauteuse.

Il faudrait que tu te lèves tôt

Pour me voir coincer dans l’étau


Autre chose que la sainte bulle !

Moi je tiens des conciliabules

J’accouche sur le confident

La conversation des clients.


Je ne connais rien au rabot,

- Demande plutôt à un robot ! -

Question maniement de la bédane

Je mérite le bonnet d’âne


Mais je suis poète de cour

Je fais dans le bonheur du jour

Et je cisèle mon boulot

En usant du tarabiscot.




Si tu as besoin d’une armoire,

D’un lutrin ou d’un écritoire,

D’un rocking-chair, d’un canapé

D’un montauban, d’une chaise percée,


Demande plutôt à Pénélope,

La dame au long cou d’antilope :

C’est la patronne de la boutique.

Certes, elle n’a pas l’air sympathique,


Elle est bien souvent d’humeur noire

Mais faut connaître son histoire

A la boudeuse bonnetière :

Son bonhomme parti à la guerre


Perdit le chemin de la chaumière

Et pendant dix ans la bergère

Fidèle à son cadet d’Gascogne

Fit ceinture côté gigogne !


L’autre avait dépassé les bornes

Et sur les bords de la Riviera

- Calypso Circé Nausicaa -

Lui avait fabriqué des cornes.


Retour la goule enfarinée

Avec le chien assassiné

Pas un cadeau dans ses valises !

Il ne faut pas non plus dépasser les balises !


Elle ne souhaitait plus faire tapisserie

Elle l’a trucidé un beau soir

D’un coup de fauteuil trémoussoir.

Et l’a plié dans la penderie.


Sur le lit de justice un maître du barreau

N’a pas laissé de bois les membres du jury.

Et moi qui n’ai qu’un œil et vendais des lits clos

J’ai trouvé du boulot dans sa menuiserie.


Allez, venez, je vous introduis !


- Patronne ! Monsieur, psychanalyste,

Recherche un récamier pas triste ?


- On a un modèle belge. Est-ce que ça vous séduit ?





Dur ulex sed lex ! (Défi du samedi n° 860)

Dieu et mon droit savent bien, et mon gauche ne l’ignore pas, que j’aime les Bretons et encore plus les Bretonnes.

Mais ça me fend le coeur quand je les vois et surtout quand je les entends bousiller leur patrimoine chansonnier !

La première chose qui m’est venue à l’esprit, à partir du mot « ulex », est ce que l’oncle Walrus appelle un ver : c’est un vieil air qui vous revient dans la tête et s’y installe de façon persistante. En l’occurrence, pour moi, je me suis souvenu de cette chanson à la gloire de Pont-Aven, « Fleur d’ajonc », apprise chez Madame Bernadette, à l’époque où je fréquentais la chorale de la Maison Héloïse à Rennes.

J’ai gardé la partition et je me suis mis dans l’idée de l’interpréter… tout seul ! Je suis allé chercher les paroles et une version sonore sur Internet. Mal m’en a pris ! Je n’ai trouvé chez M. Youtube que deux versions « jeu de massacre », du genre fin de banquet de retraité·e·s, filmées au moment où les gens ont absorbé force litrons, ne chantent plus très juste pour ne pas dire carrément faux au milieu des autres convives qui ne les écoutent pas et continuent leur conversation jamais interrompue avec leur voisine Germaine qu’ils voient tous les jours et l’ami Vegas-sur-Sarthe sait que ce piapiatage tout en légèreté peut finir par peser à la longue.

Oui, je sais ce que vous allez me dire. Comme la fameuse "Paimpolaise" qui l’a rendu célèbre, cette chanson est signée Théodore Botrel. Un Parisien ! Un esstrangère !

Et alors ? L’hymne breton, le « Bro gozh ma zadoù », est un décalque d’une chanson galloise et vous ne le massacrez pas pour autant ? Si, aussi ? Est-ce que les républicains de Marseille n’entonnent pas l’hymne national au prétexte qu’il a été écrit par un M. Rouget qui habitait Lille ?

Je ne vais pas aller plus loin dans la critique musicale. Je vais juste faire en sorte qu’une version à peu près correcte et un peu plus gaie puisse être entendue sur la toile !

Je suis comme ça, moi ! Qui s’y frotte s’y pique ! Ma bêtise et moi, rien ne peut nous détourner de ce que nous envisajonc ! Dur ulex sed lex !








Looney tune (Défi du samedi n° 859)



Celui qui n’a pas trop de thune
Et pétune à Béthune sous le clair de la lune
N’écopera pas d’un coup de tabac
A Tacoma.



Celui qui n’a pas de fortune
Et jardine à Bray-Dunes
Ne rêve pas d’être capitaine
D’industrie ou de brigantine
A Washington.

Et tous les deux ça les étonne
Que les rois de la chevrotine
Aux milliards comptés par centaines
S’obstinent à conquérir Mars,
Veuillent s’en aller voir sur Neptune
Ou désirent boire du Cinzano sur Saturne.



Quand on a des tonnes de platine,
Une centaine d’Aston Martin,
Quand l’écu sonne dans la piscine
De l’onc’Picsou,
Sont-elles inopportunes,
Les vacances en Toscane,
Les roulettes de Cannes,
Les pampas d’Argentine ?



La Terre est trop mesquine
Pour les rois du tungstène ?

Et puis après tout qu’ils y aillent,
Courir la prétentaine aux planètes lointaines,
Et qu’ils s’y ratatinent,
Ces titans du titane !
Ces nouveaux zélateurs de la guillotine pour l’État nous importunent !

Même si ce vieux monde patine,
Les autochtones de Bray-Dunes,
De Béthune, de Catane,
Qu’ils s’empoisonnent de nicotine
Ou qu’ils cultivent l’églantine,
Savent boire l’eau des fontaines,
Camper l’été dans leur guitoune,
Faire défiler sous leurs bottines
Les sentiers des landes bretonnes,
Le pavé des rues bisontines.

Ils aiment les coups de Tramontane,
La musique des Rolling Stones,
Mylène qui chante « Libertine »
Dans les nuits de white satin,
Quelques fables de La Fontaine
Et même parfois Lamartine !

Ils suivent Rimbaud à Charlestown,
Admirent l’étoile matutine,
Adorent voir danser la Gitane.

Et quand revient l’automne,
Lorsque le ciel moutonne,
Ils ne trouvent jamais monotone
De se pelotonner contre leur Valentine,
La mutine qui les lutine à matines,
De se payer, dans leur routine libertine,
Une tranche napolitaine.

Comme ils sont peu soucieux des César de Suétone
Quand ils en ont a plein la rétine
Et que sur leur âme cartonne
Leur Aliénor d’Aquitaine !

Et lorsque la radio entonne
La litanie cire-tatanes
Des croquemitaines qui nous gouvernent
Et feuilletonne les idioties de ces badernes,

Ces clandestines sans thune
Et ces taciturnes teignes...
L’éteignent !

De nos jours, même la plèbe
- Mironton Mironton Mitontaine ! -
Est hautaine !






Au taliban d’infâmie (Défi du samedi n° 858)


Effaré, le bedeau Rémi !
Dieu, si facile à adorer,
Voilà qu’en de certains pays
Ses zélateurs se servent de lui
Pour interdire à tour de bras
La pratique de la musique !


Jouer de la sacqueboute en train,
Jouer du trombone en coulisse,
Jouer du tambour en machine à laver,
Jouer de la harpe dans les ajoncs, dans les lagons,
Jouer du piano dans les cuisines,
Jouer de l’harmonica du Nicaragua,
Jouer du violon dans les prisons,
Jouer du cor au pied des montagnes,
Jouer du balafon la caisse,
Jouer de la balalaïka dans l’espace,
Jouer du bandonéon en état d’érection,
Jouer des chansons de route sur un banjoliveur,
Jouer de la basse même doucement,
Jouer du bâton de pluie les jours de grand soleil,
Jouer de la bombarde et du biniou en position de bagarde-à-vous 
– mais ça c’est plus compréhensible -
Jouer « Mirza » de Nino Ferrer sur un bouzouki « l’est passé ce clebs ? »,
Jouer « Hey bulldog » des Beatles sur une clarinette de basset,
Jouer du bugle à Bègles et du triangle à Wingles (Nord),
Jouer du chalumeau sans même être plombier,
Jouer du clavecin t’esprit et la kora pro nobis,
Jouer de la contrebassine de linge sale en famille,
Jouer du cromorne à Waterloo – la coupe est plaine ! -,
Jouer sur une contrefaçon de contrebasson,
Chanter « Nénesse d’Epinal » de Bourvil en s’accompagnant à l’épinette des Vosges,
Chanter « Les Haricots » de Bourvil accompagné par un joueur de flageolet,
Souffler comme un crétin dans un vieil hélicon ou une trompette bouchée,
Jouer du luth gréco-romain, de la viole de nuit pour vieillard ingambe, de la lyre entre les lignes,
Jouer du mirliton à l’envers,
Jouer de l’ocarina sans Anna,
Tout cela est INTERDIT ! PROHIBÉ ! DÉFENDU !

Chez les adorateurs de ce Dieu mélophobe
Le discours c’est :
« Rendons aphones les saxophones,
Les sarrussophones,
Les métallophones,
Les xylophones,
Et les après-midi d’un faune !

Plus de mellotrons, plus de trompettes et de trombones !
Finis, les altos, les guitares
Et les accordéons trop dia(blement)-toniques !
Pas de tympanon dans nos tympans !
Pas d’Eddy Louiss pour nos ouïes !
L’orgue, c’est la barbarie !
Halte aux mélodica-cariens et aux marimbas-ldiens !
Plus rien dans vos musettes !
Fin du pipeau et du power to the people !
Jouez des flûtes dans les hauts bois, musiciens !

- En même temps, dit le bedeau
En tirant sur son pétard,
Moi non plus je n’aime pas le rap
Mais je n’interdis rien :
Grand bien leur fasse aux fesses
Aux éructeurs de ma banlieue
Tant que je peux faire sonner
Mes vieilles cloches tubulaires
Dans mon domicile adoré
Qui est si facile à cirer !


(Si vous êtes pressé·e, les cloches tubulaires sont à 7')