Que sont devenus Quick et Pfluke ? (Défi du samedi n° 839)

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« Quand on a rien à dire et du mal à se taire
On peut toujours aller gueuler dans un bistrot,
Parler de son voisin qui n'a pas fait la guerre,
Parler de Quick et Pfluke et de l'oncle Julio ! »

Si les trois premiers vers sont de Bernard Dimey le quatrième est une plaisanterie, une zwanze d'un non-Bruxellois.


Mais qu'est-ce que ça veut dire, maintenant que nous vivons dans le village mondial, un gentilé comme "Bruxellois" ? Qu'il n'y a plus d'universel ? Qu'il y a un humour juif new-yorkais, des cafougnettes ch'ties, des Pagnolades provençales, des zwanzes ? Que le nombril du monde est à Pougne-Hérisson, en Vendée ? Que nous sommes condamnés à agir ou réagir localement face aux horreurs de ce monde ? Ce n'est plus l'Homme qui rit ? C’est un imbécile heureux qui est né quelque part ?

 

Et donc ce serait une utopie que ce Tintin, l'homme qui vient à bout de tous les méchants de la planète non par sa force et son courage mais parce qu'il est entouré de farfelus notoires dont un capitaine alcoolique et confectionneur d'injures gratinées à ses heures ? 

Je connais trop peu la Belgique pour savoir ce que représente réellement ce concept de zwanze mais j'imagine très bien que la présence constante du Manneken-Pis dans la capitale des institutions européennes relève certainement de cet esprit, de cette vision des choses ou attitude-là.



Le gamin qui montre sa quéquette à tous les passants, qui pisse et laisse pisser les querelles des adultes à la Commission où Dame Ursula VDL et Sir Thierry B. se chiffonnèrent, c'est - toutes proportions gardées ! ;-) - comme ces marins du port d'Amsterdam qui pissent comme je pleure sur les femmes infidèles. On est bien encore dans la Belgitude, là, non ?

Eh bien sortons-en, non sans évoquer une autre chanson de Jacques Brel, "Les Bourgeois" ! Car ils ont grandi, Quick et Flupke ! Si le premier est devenu célèbre avec sa chaîne de magasins où l'on vend des burgers, le deuxième semble s’être perdu dans l'anonymat des adultes qui font leurs petites affaires avec leur petite auto. En fait pas du tout ! Le deuxième « crapuleux de ma strotje » continue de jouer les plaisantins mais, maintenant, dans le domaine de la littérature. Il est devenu écrivain et s'est fait connaître sous le nom de Julio Cortazar.


 


Dans celui de ses livres que je lis actuellement il raconte l'histoire d'un Argentin de Carcassonne à la voix bandonéante, émigré à Paris dans les années 1960. Cela s'appelle « Marelle » et c'est le bouquin le plus original, au moins pour sa façon d'être lu, que j'ai jamais eu à parcourir.

 

Je vous livre son mode d'emploi :

A sa façon, ce livre est plusieurs livres mais en particulier deux livres. Le lecteur est invité à choisir entre les deux possibilités suivantes :

 Le premier livre se lit comme se lisent les livres d’habitude et il finit au chapitre 56, là où trois jolies petites étoiles équivalent au mot « fin ». Après quoi le lecteur peut laisser tomber sans remords ce qui suit.

 Le deuxième livre se lit en commençant au chapitre 73 et en continuant la lecture dans l’ordre indiqué à la fin de chaque chapitre. En cas d’incertitude ou d’oubli, il suffira de consulter la liste ci-dessous.

 

73 - 1 - 2 -116 - 3 - 84 - 4 - 71 - 5 - 81 - 74 - 6 - 7 - 8 - 93 - 68 - 9 - 104 - 10 - 65 - 11 - 136 - 12 - 106 - 13 - 115 - 14 - 114 - 117 - 15 - 120 - 16 - 137 - 17 - 97 - 18 - 153 - 19 - 90 - 20 - 126 - 21 - 79 - 22 - 62 - 23 - 124 - 128 - 24 - 134 - 25 - 141 - 60 - 26 - 109 - 27 - 28 - 130 - 151- 152 - 143 - 100 - 76 - 101 - 144 - 92 - 103 - 108 - 64 - 155 - 123 - 145 - 122 - 112 - 154 - 85 - 150 - 95 - 146 - 29 - 107 - 113 - 30 - 57 - 70 - 147 - 31 - 32 - 132 - 61 - 33 - 67 - 83 - 142 - 34 - 87 - 105 - 96 - 94 - 91 - 82 - 99 - 35 - 121 - 36 - 37 - 98 - 38 - 39 - 86 - 78 - 40 - 59 - 41 - 48 - 42 - 75 - 43 - 125 - 44 - 102 - 45 - 80 - 46 - 47 - 110 - 48 - 111 - 49 - 118 - 50 - 119 - 51 - 69 - 52 - 89 - 53 - 66 - 149 - 54 - 129 - 139 - 133 - 140 - 138 - 127 - 56 - 135 - 63 - 88 - 72 - 77 - 131 - 58 - 131

Je suis admiratif de cette plaisanterie structurelle ou structuraliste. J’ai quand même un regret. La prose de Julio Pfluke est très poétique, très mystérieuse, envoûtante même, mais à part le chapitre 23 où le personnage principal raccompagne chez elle une Castafiore de banlieue tout le reste du bouquin est assez intello et, parfois, horriblement chiant !

 C'est pourquoi j'attends avec impatience les contributions "made in Belgium" de ce Défi du samedi. Elles au moins ne seront dépourvues nid de légèreté, nid d'ironie, nid d'hirondelle et je ne corrige pas, dans cette dernière phrase, l'orthographe de Monsieur Dictation.io à qui j'ai confié ce texte !

Pas tout à fait encore amnésique. 14, Bateaux


A l'heure où je tape ces lignes, mon ordinateur habituel est chez le réparateur qui officie un peu plus loin sur le trottoir d'en face. Mon radeau de la Méduse a été remis en état mais mes fichiers de travail ont peut-être disparu. Le mécanicien recherche les naufragés. 

Voilà. Arraisonné par un pirate, mis en quarantaine par un méchant virus, je ne puis surfer sur Internet et sur les flots que sur un ordi-tablette pas vraiment fait pour ça. C'est la galère. 

Tous ces flottements, ces tentatives de sauvetage de ma cargaison de photos et de chansons ne m'ont laissé que peu de temps pour évoquer mes souvenirs de navigation. Car j'en ai quelques uns, même s'ils sont très peu avouables car très communs. J'ai beau connaître un large répertoire de chants de marins, je ne suis jamais monté sur une goélette, une frégate, un paquebot, un porte-avions, une baleinière, un trois-mâts barque, dans un hors-bord, sur une yole, un yacht ni même une gondole ou un bateau-mouche. 

Si ma mémoire est encombrée par des noms de navires de ce fait bien inutiles, le Pequod du capitaine Achab, le Tirpitz (coulez-le !), le Koursk (coulé !), le cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein, le Nautilus du capitaine Nemo, la Santa Maria, la Pinta et la Nina de Christophe Colomb, La Cacahuète de Pepito, le Sovereign of the seas, le Queen Elizabeth II, le France, le Belem, la Calypso du commandant Cousteau, le Pen Duick d'Eric Tabarly, L'Hermione de Lafayette, l'Arche de Noé, le Yellow submarine des Beatles, le Karaboudjan du capitaine Haddock et la Licorne de son ancêtre, le Polarlys et la Providence de Georges Simenon, le Mayflower, l'Exodus, les catastrophiques Titanic, Costa Concordia et Pourquoi pas ? du commandant Charcot, je reste personnellement un marin au très petit pied. C'est que, trouillard de nature, je ne suis pas encore sûr que ô maman, les petits bateaux ont des jambes pour y enfiler leur slip de même marque. 

Ma dernière traversée fut celle du lac de Vassivière - dix minutes sur un petit rafiot sans nom. En 2017 j'ai fait une grande croisière... sur la Meuse mais j'ai zappé le clair de lune à Maubeuge ! J'ai pris le bateau pour les îles bretonnes et autres : Groix, Belle-Île, Bréhat, Sein, Ré, Batz, l'île aux Moines, Jersey, Guernesey, Chausey et je suis même allé à Chioggia en passant par le bout du monde. La pire traversée fut celle vers l'île d'Yeu où nous étions assis près de la poubelle où l'on venait jeter les sacs de vomi ! On a tenu bon, godillé sans dégobiller ! 

Mon bateau préféré reste le vaporetto de Venise, surtout celui qui parcourt le Grand Canal (le 1 ?) et le "circolare" (le 5 ?) qui fait le tour de la ville en passant par l'Arsenal.

A part cela j'adore photographier les bateaux dans les ports où je vais et les barques et péniches sur les rivières que je longe.

Mais au sortir de la très pluvieuse Ballade avec Brassens à Rennes, j'avoue que mon embarcation favorite a pour nom "Les Copains d'abord" ! 

Moyennant quoi je vous gratifierai, pour terminer du "Petit bateau de pêche" emprunté à Paul Misraki.



Pas tout à fait encore amnésique. 13, Jaune

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C'est entendu, nous sommes tous des hommes - et des femmes - de couleurs. Il y a des peaux-rouges, des xanthodermes - si, si, c'est ainsi-si qu'on appelle celles et ceux qui ont la peau jaune -, des noirs qu'il ne faut surtout pas appeler nègres, des Mexicains basanés, des bronzés qui font du ski ou pas, des blancs qui ne le sont jamais tout à fait et si Elon Musk va sur Mars, nul doute qu'il y rencontrera des petits hommes verts.

Les xanthodermes, pour ne parler que d'eux, nous en font voir de toutes les couleurs. Leur peau est jaune mais le petit livre des Chinois est rouge  comme l'Orient de leur premier satellite et pour les Japonais c'est le rond sur fond blanc de leur drapeau qui flamboie.

On a beau vivre en France ou en Belgique, c'est à dire quand même assez loin de l'Asie, on en trouve partout, des xanthodermes. Il y en a dans "Le Lotus bleu", un album d'aventures dessinées d'un célèbre petit reporter belge et aussi dans "Tintin au Tibet". Celui-là est devenu célèbre et s'appelle Tchang. On connaît aussi bien sûr les blanchisseurs dans le Far-West de Lucky Luke ainsi que, dans le journal de Tintin, l'honorable Taka Takata.


Les Japonaises les plus connues s'appellent toutes Yoko : Yoko Tsuno, Yoko Ono, Yokohama... Je dois être le seul Beatlemaniaque sur la place de Rennes à avoir acheté, au siècle dernier, les disques de la deuxième, artiste performeuse bien givrée et compagne de John Lennon. Son album "Mother" est pratiquement inaudible, je ne l'écoute jamais mais je tiens à le conserver jusqu'au bout comme étant la chose la plus moche de ma collection. L'album "Live in Toronto" où elle ne fait que gémir et crier cachée sous un drap pendant que les autres chantent est du même acabit mais j'adore les deux albums  où elle est accompagnée par les musiciens du groupe "Elephant's memory", surtout le double, "Approximately infinite universe". Sur la pochette de "Feeling the space", son visage a remplacé celui du sphinx de Gizeh. Encore plus pyramidale que M. Pei du Louvre Paris, la dame !




Doit-on déduire de l'existence de ce personnage incroyable que tous les xanthodermes sont terrifiants ? Les gardes rouges, la révolution culturelle, le maoïsme, les supplices chinois, les sudoku, takuzu et autres kemaru sur lesquels, par pur masochisme intellectuel, je me précipite le dimanche matin en sont-ils la preuve effective dans la réalité ?

Dans la littérature nous avons aussi été très gâtés avec le Fu Manchu de Sax Rohmer, L'Ombre jaune et Miss Ylang Ylang dans Bob Morane (Henri Vernes) et il faudrait que je relise ou revoie "Les Tribulations d'un Chinois en Chine" de Jules Verne parce qu'on ne se souvient plus que de la présence de Jean-Paul Belmondo dans ce film-là.
 


Si l'Asie est devenue l'usine du monde et nous approvisionne en toutes ces sortes de technologies qui facilitent nos échanges - ordinateurs, téléphones, appareils photos, trottinettes, sauce de soja, nems et nuoc mam - n'oublions pas que nous lui devons aussi  l'échappée en solitaire de Raymond Covid, dossard n° 19, au sommet du col de Wuhan en 2020, Gengis Khan et Tamerlan, Bruce Lee et son kung-fu, Jackie Chan, Albator et consorts dans la télé de Dorothée, Mishima et son empire de l'indécence, la grippe asiatique, le casse-tête chinois, le haïku, les origamis, l'ikebana ainsi que les très peu drôles kamikaze, hara-kiri et yakuza. Il n'y a pas de yin sans yang si j'ai bien tout compris, de même qu'il y a des magasins Japanim partout, que les dernières lectures des jeunes gens d'aujourd'hui s'appellent des mangas et qu'ils sont tellement pressés de connaître la fin qu'ils commencent par lire la dernière page du livre !

Pour terminer ce billet sur une (autre) note xénophobe - c'est très bien vu par ici, la xénophobie, ces temps-ci ! - et bien que je ne sois pas là pour raconter ma vie, je vous apprendrai que depuis plusieurs années nos voisines du dessous sont des étudiantes chinoises qui restent une année à Rennes et repartent une fois leur cursus terminé. Je ne sais pas pourquoi elles viennent faire leurs études en France vu qu'elles ne parlent qu'en anglais et que, c'est vrai, toutes les enseignes de Rennes portent des noms anglais. En même temps c'est tellement dur de traverser la Manche et les affairistes français ont si peu à coeur d'aimer leur propre pays et leur propre langue que l'impérialisme britannique a emprunté le tunnel et continue de sévir ici plutôt qu'à Pékin : les cours de la "Rennes school of Business" sont dispensés à 100%  en anglais.

Pô grave, tout ça. Tiens le disque de Ray Ventura est terminé, je m'en vais retourner le vinyle !



N.B. Je m'aperçois que j'ai oublié de mentionner des gens à peau jaune qui ne sont pas asiatiques : Jaunisse Guitarsse, Jaunisse Weissmüllersse, Jaunisse Hallydaysse, Bob L'éponge, Les Simpson, "Le Chien jaune" de Georges Simenon, "Les Amours jaunes" de Tristan Corbière et que j'aurais pu vous chanter"  Nuits de Chine", "La Baya" ou "La Petite Tonkinoise". Ce sera pour une autre fois !

99 dragons : exercices de style. 82, Jargon échiquéen

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- Bien sûr, si tu veux monter une attaque Saint-Georges il faut que ton adversaire qui a les noirs ait développé son fou en fianchetto.
 

- ??? 

- Il faut qu'il ait avancé son pion en g6 et mis son fou en g7 pour contrôler la grande diagonale a1-h8. Cela se produit quand il applique la défense Pirc ou yougoslave, la défense moderne ou bien évidemment la variante du dragon de la Sicilienne.

- ??? 

- La variante du dragon de la défense sicilienne (1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 g6) a été nommée ainsi en raison de sa férocité et de sa ressemblance avec la constellation du dragon. Son code ECO est B7X : très analysée, elle occupe à elle seule les références B70 à B79, soit une cinquantaine de pages de l'Encyclopédie des ouvertures d'échecs (quatrième édition). La variante du dragon semble être l'une des plus vieilles variantes de la défense sicilienne ouverte. Elle aurait été baptisée variante du dragon en 1901 à Kiev par le maître russe Fiodor Douz-Khotimirski qui s'intéressait beaucoup à l'astronomie et trouvait que la structure de pions d6-e7-f7-g6-h7 avait quelque ressemblance avec la constellation du  dragon. 

- ???


- Oui, tu as raison, revenons à l'attaque Saint-Georges. Dans son livre "Une boussole sur l'échiquier" l'entraîneur Xavier Parmentier l'a baptisée "attaque sourire de bébé" tellement elle est naturelle et simple à mettre en pratique. On peut la trouver aussi sous le nom d'attaque yougoslave ou d'attaque Saint-Georges en référence au martyr chrétien du même nom représenté en train de terrasser un dragon. Dans la sicilienne c'est le fou en fianchetto qui fait office de cracheur de feu. Elle aurait tout aussi bien pu porter le nom de Bobby Fischer tant le champion américain en avait fait une arme terrible. Une de ses formules est restée dans les annales. Avec une telle attaque, même un enfant de 10 ans pourrait battre un grand maître. Il suffit de jouer h4-h5, toc, toc, et c'est mat.

- ???

- Bien sûr, il faut tenir compte de la pendule et veiller à ne pas se retrouver en zeitnot ou en zugzwang dans la finale surtout si tu joues en blitz ou dans un départage en armageddon. C'est quoi ton classement ELO ?

- ???

- Mais tu bites vraiment rien au roi des jeux, toi, hein ? Pourquoi tu t'es incrusté pour kibitzer l'analyse post-mortem ? T'as une question à poser, petit Hans ?

- Oui. Je voudrais savoir où on peut s'acheter un plug anal pour pouvoir tricher dans un tournoi ? 

- Un tournoi d'échecs ? 

- Non, de belote.


 

N.B. La plus grande partie de ce dialogue est tirée de l'article "Variante du dragon" de  Wikipedia et du livre "Mon premier répertoire d'ouvertures avec les blancs" de Vincent Moret (Montpellier : Editions Olibris, 2016).