Oh ! La belle vie ! (Défi du samedi n° 848)

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1

Oh ! La belle vie !
Faire un trou dans la glace
Vivre de pê-ê-che 

Oh ! La belle vie !
La banquise
Est sortie à cinq heures
A la fraî-aî-che




2

Oh ! La belle vie !
Faire du ski
Sans souci de la chu-u-te

Oh ! La belle vie !
Pas de sapin
Pas de rochers
Pas de culbu-u-te


 


3

Oh ! La belle vie !
Pas de nuit
D’insomnie
Au soleil de minuit

 

Oh ! La belle vie !
Nuit polaire
Nuit d’amour
Qui dure vingt-huit jours !


 

4

Oh ! La belle vie !
Dans l’igloo
Se chauffer contre l’au-au-tre

Oh ! La belle vie !
Sensations inouïes
Inui-i-tes


 

5

Oh ! La belle vie !
Pouvoir dire « Phoque ! » autant
Qu’on le souhai-hai-te

Oh ! La belle vie !
Autres temps, autres morses !
C’est la fê-te


 

6

Oh ! La belle vie !
Bonbon et chocolat
Caramel et mamelles

Oh ! La belle vie !
Et Lolobrigida
Dégustés à l’entra-ac-te

 

 

7

Oh ! La belle vie !
Se peut-il que la banquise
Fon-on-de

Oh ! La belle vie !
Mais c’est quoi tout ce charbon
Immon-on-de ?

 


 Si un jour on devient
Des migrants climarctiques

On viendra à Paris
Installer nos igloos !



L'Histrion rennais (Défi du samedi n° 847)

 

Spectateur 1 - C’est encore une fois cet histrion de Joe Krapov ?

Spectateur 2 - Hé oui ! Il vient ici tous les ans !

Spectateur 1 - Quel clown ! Il n’a toujours pas compris que ce sont des apéros poétiques et non un club de chansonniers ?

Spectateur 2 - En même temps, il n’a pas amené sa guitare qui fait "plonk plonk " aujourd’hui !

Spectateur 1 - Normalement, un histrion, de toute façon, ça joue de la flûte !

Spectateur 2 - Ou du pipeau ! Écoutons-le déballer le sien !




Lettre à Sainte-Isaure (jeu n° 100 de Filigrane)

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Ma chère Isaure, ma très bien aimée maîtresse virtuelle, ma douce montreuse de vie en rose,
 
Plutôt que d'aller faire un tour dans la rue Sainte-Isaure à Montmartre en 2001, j'aurais dû effectuer pour toi un pèlerinage au 45, quai Conti et photographier, depuis le pont des Arts, la coupole de l'Institut de France.




Tu as vécu en cet endroit de 1824 à 1832, dans le logement de fonction de ton grand père Amaury Pineu-Duval qui était secrétaire de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Ta maman était revenue vivre chez son père après le décès de son mari Adolphe, le libraire-aventurier, en Amérique du Sud. Elle y redevint la flamboyante Emma Antigone Duval, veuve Chassériau, y tenant salon littéraire, sortant dans le « grand monde » autant qu’elle le pouvait et elle finit par épouser en 1832 un riche notaire vendéen, Marcellin Guyet-Desfontaines, qui devint député, châtelain à Linières, bref une success story bien de l'époque. Mais passons sur ces détails de ta première vie même si ce que l'on perçoit du monde entre 4 et 12 ans est aussi très important pour la suite de son parcours. De toute façon à part Emmanuel François, Bathilde Dopffer et moi-même tout le monde se fiche bien aujourd'hui des années 20 à 54 du XIXe siècle. Tout le monde préfère sa seconde vie, celle qui se déroule sur un écran d'ordinateur ou de smartphone, sur les réseaux sociaux qui sont en fait de plus en plus des zéros sociaux. Moi-même j’y passe encore beaucoup de temps à jouer à l’écrivain virtuel et j'ai éprouvé beaucoup de bonheur à relire récemment les deux récits en dix chapitres, consacrés à ton oncle Camille, que j'avais déposés en 2009 chez l’éditeur Kaléidoplumes. Sur la lancée je devrais peut être me replonger dans le roman du vol de ton tableau au musée des beaux Arts de Rennes en avril 1999 « Isaure a disparu ». Voire l’éditer sous forme d’ibouque !
 
C'est à cette occasion-là que je t'ai rencontrée, c'est de là que tout est parti. Que serais-je sans toi, ô mon Isaure ? Que serais-je sans toi qui symbolises toutes ces autres dames rennaises, discrètes, amusantes, réservées mais si accueillantes pour l'original étranger que je fus et suis encore même après vingt-sept ans de séjour dans cette cité bretonne (?) où il ne pleut jamais et où donc, du fait d’une certaine sécheresse, rien ne prend sauf le feu ?
 
Toi et moi, nous nous sommes un peu perdus de vue depuis que tu es retourné vivre à Paris. Notre amour n'avait rien de cadenassé comme celui des moutons de Panurge qui se jettent sur la balustrade dudit pont des Arts pour y laisser leurs initiales entrelacées. Il n'y a pas plus libre qu'un anaon, un personnage de fiction deux fois centenaire, un fantôme bienveillant, une inconnue dans l'histoire, une femme de 34 ans qui ne vieillit jamais, traverse toutes les époques et s'est même payé, grâce à l'université de Rennes 3, des voyages dans le passé à vocation féministe. Je ne manque jamais de saluer les trois frères Park lorsque je pénètre dans le jardin du Thabor par l'entrée de la rue de Paris ou lorsque je passe devant la maquette du vaisseau Tornado sur la place Rallier-Du-Baty.



Mais je ne vais pas t'embêter plus longtemps, juste te donner quelques nouvelles du monde imagier qui est le mien, des pérégrinations immobiles de ma souris, des trouvailles de ma vie routinière de musicien-poète. A l'atelier d'écriture de Villejean c'est Willy Ronis, en parfaite coïncidence avec la photo de l’atelier Filigrane, qui m'a ramené à toi. Ses amoureux du pont des Arts comme ses estivants de l'île Saint Louis ou ses baigneuses de la fontaine Stravinsky sont bien plus libres, légers et insouciants sans leur cadenas ou leurs smartphones dans la poche arrière et pourtant ce sont des photos relativement récentes qui ont servi à notre dernière séance de divagation écrivassière.
 
Sur Internet Monsieur Google n'indexe plus rien ou presque mais en allant chez Monsieur Qwant qui se montre plus généreux j'ai retrouvé aussi ta trace et j’ai récupéré deux représentations encore inconnues de moi de tes cousines Adèle et Aline, les sœurs du peintre Théodore Chassériau sur un tableau et un dessin signés de celui ci. On ne rigolait pas beaucoup dans cette famille-là non plus !


J’y ai aussi trouvé cette image surréaliste de ton portrait dans une machine à laver ! Je la résumerai ou la légenderai ainsi : « On peut mener en étant très heureuse ou très heureux une vie sans tambour ni trompette annonçant que le cycle est fini ! Il suffit pour cela de la repeindre en rose ! ».
 


 
Times fades away ? Or not ! Rust never sleeps ? So what ?
 
Je t'embrasse, ma très chère Isaure !
 
                                      Joe Krapov
 
P.S. Toute ma petite famille va bien et tu manques énormément à l'Oncle Camille, à la tante Agathe et à toute la bande de copains du café « Au vieux Saint Etienne ». Reviens-vite nous voir à Rennes : c'est quand même une ville où il ne pleut jamais et où, en automne, les statues sont fleuries !


99 dragons : exercices de style. 83, Liste de vérification

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La cinéaste est assise dans le bureau du producteur. Elle vient chercher des financements pour son projet de film historique.

 

- Bon. On peut revoir votre check-list ? Parce que, voyez-vous, c’est la crise pour tout le monde, actuellement. Prendre des risques financiers en produisant un film, ça coûte cher et ça peut même coûter bonbon si le produit se ramasse.

 - Il y a peut-être le jackpot au bout, parfois !

 - C’est vrai. C’est pour ça que je veux voir combien vous allez me coûter. Pour savoir combien ça peut me rapporter si ça marche. Allez-y, déroulez !



- Un paysan bourru ; un troupeau de moutons ; un cheval ; son caparaçon ; son cavalier en costume de légionnaire romain. Il porte des sandales, une tunique, une armure de plaques en fer, un glaive, un bouclier, une ceinture militaire, un casque et un javelot sur lequel est fixée un gonfalon blanc à croix rouge. Il nous faudra des gros ventilateurs pour le faire flotter parce que là où on va tourner, en Espagne sans doute, c’est sec et il n’y a que très peu de vent.

 - Jusque là, ça va.

 - Un palais royal miteux ; une armée en déroute ; une population miséreuse prête à croire à n’importe quoi et à voter pour n’importe qui mais ça se passe dans un pays où il n’y a pas encore d’élections. Un monarque dont les caisses sont vides et qui est dépassé par les inondations.


 - Vous m’avez dit que c’était un pays sec ?

- Pardon, j’ai mal lu. Dépassé par les humiliations. Des manifestations paysannes.

 - Combien de tracteurs ?

 - C’est un film historique. Ils brandissent des fourches en gueulant « On en a gros ! »

 - Je préfère ça. Tant qu’ils ne mettent pas le feu au Parlement de Rennes ou à un symbole de ce genre, ça me va.

 - Après... Il y a le cas de la princesse.

 - Si les caisses sont vides, sa garde-robe ne doit pas être très fournie, je me trompe ?

 - Ce n’est pas la question du costume qu'elle porte qui va vous faire tiquer. C’est qu’on a l’accord de principe de Scarlett Johansson pour tenir le rôle.

 - Scarlett Johansson ! Vous voulez ma ruine ou quoi ?

 - S’il n’y a pas de vedette connue, les gens ne viendront pas au cinéma, savez-vous ? Enfin le plus gros…

 - Je vous écoute.

 - On a négocié avec le responsable des effets spéciaux de Jurassic Park et de ses suites. Il est d’accord pour nous construire un dragon comme on n’en a jamais vu.

 - Bon, si vous avez cette caution-là je veux bien envisager de les allonger.

 - Après…

 - Quoi encore ? Ce n’est pas fini ?

 - La responsable du casting a pris contact avec Dany Boon pour le rôle de Saint-Georges et avec Gérard Jugnot pour le rôle du roi.

 - Dites, vous voulez ma mort ou quoi ? Vous savez combien ils prennent comme cachet, ces malades ?

 - Ils sont disponibles aux dates de tournage et intéressés par le scénario.

 - Écoutez, ma petite, vous êtes bien gentille, mais vous allez me faire des coupes dans ce budget tel qu’il est sinon je ne finance pas.

 - On peut peut-être supprimer le gonfalon ?




Octopus's garden (Défi du samedi n° 845)

 Le factotum s’appelle Octave. On fait appel à lui pour dégager le tractopelle embourbé, pour calculer la surface d’un octogone lyonnais, pour fournir une protection rapprochée aux acteurs de cinéma dont les exactions sexistes sortent au grand jour, pour cramer les Ektachromes compromettantes des factieux en voie de dédiabolisation et pour bien d’autres tâches plus ou moins suspectes dans des tas de secteurs de l’activité humaine.


La rectitude, l’exactitude, la perfection et le caractère discret voire secret de ses actions sont les points forts de tout factotum qui se respecte.

Il goûte le nectar avec le savoir-faire de l’oenologue averti qui a quinze ans de bouteille dans un palace sélect et commente doctement, avec très peu d’affectation, la présence de cuisse ou de touches de fruits rouges dans le vin dégusté.

Il charrie des bactéries pour l’Institut Pasteur, des briquettes pour construire le palais du facteur Cheval, des phylactères pour les éditions Dupuis où l’on sait qu’il ne bulle jamais, qu’il est réactif, productif et pas réfractaire à la tâche comme ce paresseux de Gaston, le collaborateur jadis occasionnel et désormais dysfonctionnel qui ne fait rien qu’à soupirer après la dactylo, Mademoiselle Jeanne. Et on ne parle pas des ses inventions qui ont pour objectif de saboter la vie du journal de Spirou ! Gaston ou la didactique du pire !

Sans même consulter Doctolib, Octave, lui, sait distinguer une infection urinaire d’une attaque de conjonctivite mais bon ça c’est facile. Il sait réparer les lecteurs de Compact-Disques défectueux, faire fonctionner un extincteur, analyser la conjoncture, ne pas se perdre en conjectures ; il sait où se trouve le disjoncteur en cas de panne de lumières au gouvernement, il sait additionner les fractions mais il est bien d’accord que ça ne sert à rien quand les élections ont fait venir à la chambre deux tiers de gaulois réfractaires qui ne s’entendent pas et un tiers de godillots réactionnaires qui sont là pour défendre le maintien du pactole pour les actionnaires et les banquiers.




Mais laissons l’actualité sociale et passons à la vie privée. Lorsqu’il termine sa tâche quotidienne et cesse de pactiser avec la direction, les directives, les directeurs, les directifs, les inspecteurs des travaux finis, les prospecteurs de gains de productivité et autres pondeurs d’injonctions en tous genres, Octave redevient le petit mari plein de tact de Dame Bénédicte.

Depuis « toutes ces années déjà ! » leur bonheur est intact, idéal, pictural, factuel et peut-être éternel ; l’affection qu’ils éprouvent l’un·e pour l’autre est constante. C’est peut-être parce que le proverbe dit « Factotum un jour, factotum toujours ! ».

A la maison aussi Octave fait tout ! Dans ses casseroles et faitouts il concocte pour sa douce des petits plats délicieux avec les victuailles qu’il a choisies lui-même sur les étals du marché. Il prépare des cocktails, choisit les Saint-Nectaire, programme des promenades forestières en octobre, des observations de la Voie lactée en été, des sorties au cinéma pour voir des super-héros indestructibles tenter toutes sortes d’actions pour empêcher la fin du monde d’arriver...

- C’est fait depuis mardi dernier, exactement depuis que le canard Donald a gagné ! plaisante Bénédicte. Rentrons chez nous et aimons-nous !




Effectivement, depuis que l’Amérique a ainsi disjoncté, le couple s’est réfugié dans la lecture d’histoires de détectives, dans la réécoute des Nocturnes de Chopin, dans la délectation du « Pendant le coïtum l’animal n’est pas triste », du « Fac moi totum, factotum ! » du « Jacte-moi d’amour, redis-moi des choses tendres », dans le contact des peaux et la joie d’être deux.

Il se trouvera sans doute, sur leur chemin, des détracteurs au rictus torve pour condamner ce repli sur soi, cette attitude « égoiste » de déconnectés de luxe. Mais ils n’y peuvent rien, Octave et Benedicte y sont addicts, au bonheur !