Rennes, le 10 juillet 2026
Cher Docteur Zigmund
Nous voici revenus sains et saufs du Festival des Affranchis à La Flèche. Il n’y a pas eu d’accident. Juste une tentative de meurtre. Certains bas du front ont en effet décidé d’assassiner ce festival de théâtre de rue en retirant plus de 50 000 euros de subventions à l’association organisatrice des événements culturels de cette petite ville de la Sarthe.C’était la 33e édition – un bel âge pour mourir de canicule ! - et elle a été écrasée de soleil. Même si gratuites, les places à l’ombre étaient encore plus chères que le Loir qui traverse la ville. Oui, ici même le Loir est cher aux yeux des nouveaux édiles !
Côté spectacles nous avons vu une excellente version du « Cendrillon » de Joël Pommerat, un duo de clowns grimés en shérifs américains assez désopilant, de la danse, des marionnettes géantes, des acrobates, du théâtre d’objets...
Mais la joie a déserté les rues où, de nouveau, circulaient les voitures et il y a eu des choses encore plus attristantes. Même en votre absence nous avons pris soin de réserver une table dans notre restaurant préféré, celui où, une fois par an nous devisons d’ophtalmologie, de botanique et de jeu d’échecs avec vous-même et la belle Gabrielle, votre compagne, votre – j’ai trouvé ça juste cette semaine - « dame du lac » ! ;-)
Las, le dimanche midi nous avons trouvé porte close et un message sur le téléphone annonçant que le restaurant était fermé. Le sympathique patron de cette échoppe était peut-être aussi souffrant que le festival ou déprimé par le vote récent des Fléchois ? Zut alors ! Si le retour aux bonnes vieilles traditions franchouillardesçaises fait qu’on ne peut plus se nourrir de couscous à La Flèche, où va-t-on ?
J’abrège en vue de lister les aspects les plus scandaleux de ce séjour. Le spectacle de l’acrobate Marta Matovelle s’intitulait « Broken ». Si on a cassé notre jouet, son trapèze a elle lui a joué des tours et elle s’est retrouvée… sur la corde raide. C’était très beau mais hélas aussi très symbolique.
Quatre gamins ont circulé à vélo dans les rues de la ville effectuant force freinages et dérapages et poussant des cris de bestiaux au lieu d’aller se poser devant les spectacles pour s’ouvrir un peu l’esprit à autre chose que le trio bistrot-burger-ballon rond.
Christelle Morançais, coupeuse de bourses en chef au Conseil régional des pays de Loire n’a elle pas craint de venir, telle Jeanne d’Arc montrant l’oriflamme mais vêtue façon star, donner des exemples de gestion et ouvrir de beaux horizons aux mangeurs de rillettes de l’endroit.
Pendant la conférence de la famille Goldini, on a entendu le comédien se moquer ouvertement de la vénération de François Fillon pour Milton Friedman, de son mépris des fonctionnaires qui ne l’a cependant pas empêcher de faire engager sur un poste d’assistante parlementaire son épouse Pénélope qui n’y a, paraît-il, fait que tapisserie.
La compagnie Tétrofort s’est ouvertement gaussée des spectacles du Puy-du-Fou.
Le trio de musiciens Gadjé mundi a enflammé le parc des Carmes avec Trans Balkan express, rien que de la musique de voleurs de poules, allant jusqu’à faire l’éloge de la kalachnikov !
Enfin, agélaste butte note liste, le mercredi suivant, Marine Le Pen en personne est venue réécrire les décisions prises par la justice à son égard sur la place du Marché au blé !
Une chose est sûre : devant ce défilé de délinquantes et délinquants de tous poils, moi, si j’étais Fléchois, je n’hésiterais pas ! A la prochaine présidentielle, je voterais pour l’extrême-droite !
Bel été à vous deux !
Très amicalement
Joe K. et Marina B.
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