Océano nox (Le Défi du samedi n° 934)




C’est plus qu’évident : à partir d’une image de pierre tombale on ne peut guère parler d’autre chose que de la mort.

Or ce sujet est plus plombant qu’un cercueil ! Déjà que l’actualité est chauffée à blanc par les guerres et les incendies de forêt ! Mais soyons courageux et résistons aux injonctions sado-masochistes de notre oncle préféré ! Pour rafraîchir l’atmosphère j’ai décidé de vous proposer un petit jeu des vacances dont vous me direz des nouvelles !

« Ô combien de marins, combien de capitaines
Qui sont partis joyeux pour des courses lointaines
Et se sont vu cinq mille en arrivant au port
N’ont rencontré sur mer que Madame la Mort ? »

C’est pour répondre à cette question angoissante et pour honorer tou·te·s les noyés·e·s de différentes périodes de l’histoire que les autorités municipales de Larmor-Baden (Morbihan) ont décidé de créer, au centre de l’île Berder, un cimetière commémoratif empli de cénotaphes. L’originalité de ces monuments et de ces stèles tient à ce qu’aucun corps n’a été enseveli dessous – "Et pourtant c’est nos tafs de les y mettre !" disent les fossoyeurs en colère – mais aussi à ce que les noms des personnes disparues figurent juste sous forme d’initiales accompagnées de la profondeur maritime à laquelle ils ou elles reposent.

Sur cette mystérieuse image de départ il faut donc lire « Éric Tabarly » 1914 mètres ».

Saurez-vous de votre côté identifier les autres célébrités honorées dans ce cimetière bercé par le bruit de la marée montante et le cri des mouettes qui ne cessent jamais de chanter leur De profundis ?

Pour vous aider, car ce n’est pas facile, j’ai ajouté dans le tableau, avec les initiales et la profondeur, deux colonnes avec la date de la noyade et la profession de la personne.

Bon amusement à vous !


P.S. J’ai ajouté une colonne pour la réponse. Inutile de l’inscrire au Tipp-Ex sur votre écran. Par contre vous pouvez imprimer ce billet si vous désirez faire ce jeu à tête – éternellement – reposée. 

 

Initiales

Profondeur

Date du décès

profession

Réponse

B. J.

2,50 m

3-07-1969

Musicien

 


J.-P. M.

0,80 m.

13-07-1793

Homme politique



E. J. S.

3821 m.

15-04-1912

Capitaine de paquebot



M.-F. P.

2,30 m

24-04 2011

Actrice



W. H.

0,69 m

11-02-2012

Chanteuse



J.-F. de L. P.

421 m.

Juin 1788

Capitaine de vaisseau



C. F.

0,70 m.

11-03-1978

Chanteur bien entouré



F. de R.

25 m.

21-11-1975

Compositeur de musiques de films



J. ? M.

12 m.

1893

Professeur, Napoléon du crime



J. M.

0,60

3-07-1971

Chanteur



N. W.

20 m.

29 11 1981

Actrice



V. W.

3 m.

28-03 -1941

Autrice effrayante



G. R.

3, 50 m

30-12-1916

1er mage du Kremlin



R. B.

0,15 cm

30-10-1979

Homme politique




Pas encore tout à fait amnésique. 23, Le Portugal (Défi du samedi n° 933)




Par les trous de sa mémoire
Il arrive qu’on aperçoive,
Au sommet d’une colline,
Des jardins labyrinthiques,
Une église aux murs tout blancs,
Un ciel immensément bleu
Et ce n’est même pas l’Italie ni la Grèce.

Par les trous de sa mémoire
On entre dans l’inconnu :
On est en Lusitanie, autant dire au Portugal !

En matière de vexillologie on se souvient que le drapeau est divisé en deux rectangles : une partie verte à gauche et une partie rouge à droite par-dessus lesquels un motif circulaire compliqué représente une couronne de galette des rois vue de dessus et dessinée par un type qui aurait abusé du Porto Cruz.

On sait peu du Portugal. On voit bien sa forme rectangulaire posée à l’Ouest de l’Espagne, sous la Galice. Les habitants sont lusophones, ils ont traversé l’océan pour « donner » leur langue aux habitants du Brésil et de la saudade aux habitantes du Cap-Vert, notamment à Cesaria Evora. Et pourtant Alphonse Allais a décrété « Ce n'est pas parce que les Malais sont laids, les Portugais gais, les Colombiens bien que les Espagnols sont gnols ».

Du Brésil et du Portugal on a retenu surtout les noms de deux footballeurs mythiques, Pelé et Eusebio, qui s’illustrèrent pendant la coupe du monde de 1966 mais les gens sont comme moi aujourd’hui, ils s’en footent ! D’ailleurs, si on a retenu ces deux noms-là, ce n’est pas pour s’en servir, c’est juste pour s’enconcombrer la mémoire !

La capitale du Portugal est Lisboa soit Lisbonne. Ses habitants sont appelés Lisboètes et voilà une rime qu’elle est riche quand ton alexandrin se termine par « poètes » ! Le fleuve qui coule dans cette ville s’appelle le Tage, le relief est accidenté et de beaux tramways colorés brinquebalent le long de ses petites rues montantes.

On se souvient qu’il y a une université à Coimbra, que le pays a été victime d’une dictature d’un nommé Salazar et que de ce fait il y eut un temps une vaste émigration des Portugais vers le Nord de l’Europe. On a donc connu des bonnes espagnoles, des maçons portugais et Linda De Souza qui a fait un carton avec sa valise. En matière de chansons, c’est très simple : au Portugal elles n’ont que deux accords, Fa et Do. On appelle cela le fado. Exemple avec Amalia Rodrigues et sa chanson la plus célèbre chantée, magnifiquement, en français, « La Maison sur le port ». Il existe aussi une reprise par Sanseverino.

« Avril au Portugal » est une chanson qui était en vogue dans les années 50, bien avant ce 25 avril 1974 et sa révolution des oeillets qui a rétabli la démocratie dans ce pays.

Un autre tube du siècle dernier s’intitule « Les Lavandières du Portugal » et j’aurais bien voulu vous l’interpréter pour tenter de masquer mon inculture à propos de ce pays européen mais quand je suis vacances, j’ai encore moins le temps que le reste de l’année. De fait, je me souviens juste du vinho verde que l’on servait dans un restaurant portugais que nous avons fréquenté un temps à Nantes !




P.S. Complément par Wikipédia :

- C’est au Portugal que réside le fameux anticyclone des Açores qu’on a vu représenté à l’arrêt par Plonk et Replonk

- Une autre danse célèbre dans ce pays est l’an dro de Madère

- Parmi les Portugais célèbres on compte Luis Rego, Vasco de Gama et Magellan qui semble être le plus large des trois.

- Parmi les Portugaises célèbres, il paraît qu’il faut compter aussi – et pas pour des prunes ! - la brune Lio.

Jeux de mains, jeux de vilains ! (Défi du samedi n° 932)




Il nous faut dès demain
Ou dès aujourd'hui même
Faire l'éloge des deux mains
En un poème.

Sans elles, pas de salut romain,
Pas de "Ugh" pour le chef indien

¨Pas de cornes à l'unisson
pour les hardrockeux de Clisson

Pas de serrement de paluches
Entre Bardella et Méluche
(Y en eut-il seulement ?
Y en aura-t-il jamais ?)

Plus personne sur le chemin
Qui aille le cœur sur la main

A trop déjeuner sur le pouce
Pierre qui roule n'amasse pas mousse

Plus moyen de tout réussir
Les doigts dans le nez

Exit l'infâme doigt d'honneur
Marquant mépris en do majeur

Plus de mano a la mano
Entre les dopés du vélo

Plus question, sur la mer calmée,
De roupiller à poings fermés

Mirabeau à voix de rogomme
Qu'aurait-il prononcé, cet homme,
Dans la salle du jeu de paume ?

Désemparé le pape Alex
N'eût mis aucun livre à l'index

Plus de vae victis au gladiateur vaincu,
Plus aucun like sur internet

La main de "Touche pas à mon pote"
archivée dans les oubliettes
(mais n'est-ce pas déjà le cas ?)

Plus personne pour obéir au doigt et à l'œil
Nul n'en viendra plus aux mains
Plus de menottes pour les menottes
Plus de bises sur les mimines,
Plus de claque dans les théâtre
Finis les applaudissements
Et les colères poing levé

Plus question de main aux fesses ou pire encore
Pour Pas-Trique Bruel et consorts
Mais de bons coups de pied au cul :
Il y en eut tant et tant de perdus
Que pour compter tous leurs méfaits
Les doigts de vos deux mains ne suffiraient jamais.


***

Et pourtant…

N'est-ce pas sans les mains
Que sur son vélo de minus
La Vénus de Milo réussit le prodige
De devenir célèbre
A la force du poignet ?

Sans la main plus de Fatima,
Plus de masseur, plus de culotte et plus de zouave au pont de l'Alma,
Plus de signe de croix, plus de Ponce Pilate,
D'allégeance à Hitler ou à Mussolini
- plus de verre de Martini ! -

Comment prendre un enfant ? se demande Yves Duteil
I wanna hold your… What ? questionnent les Beatles.

Que doit-on demander de la demoiselle aimée
A ceux dont on espère
Qu'ils deviendront nos beaux-parents ?

Imaginez-vous un monde peuplé de manchots empereurs ?
De gens qui n'ont pas quatre bras ?

Sauf à se mettre le doigt dans l'œil
Plus personne ne mettra la main à la pâte,
Ne donnera de coup de main en cuisine,
Plus aucune chanson sur les mains des femmes,
Quelles soient ou non dans la farine.

Plus de jeu de main chaude,
Plus de bonne main aux cartes.

Et comment signifier : "Pouce !
Ce texte est vraiment trop long !"?

Seule peut-être la mort
Sait mettre un poing final à cette maladie ?




Acrobaties électorales (Défi du samedi n° 931)

                                   Rennes, le 10 juillet 2026

                        Cher Docteur Zigmund

Nous voici revenus sains et saufs du Festival des Affranchis à La Flèche. Il n’y a pas eu d’accident. Juste une tentative de meurtre. Certains bas du front ont en effet décidé d’assassiner ce festival de théâtre de rue en retirant plus de 50 000 euros de subventions à l’association organisatrice des événements culturels de cette petite ville de la Sarthe.

C’était la 33e édition – un bel âge pour mourir de canicule ! - et elle a été écrasée de soleil. Même si gratuites, les places à l’ombre étaient encore plus chères que le Loir qui traverse la ville. Oui, ici même le Loir est cher aux yeux des nouveaux édiles !

Côté spectacles nous avons vu une excellente version du « Cendrillon » de Joël Pommerat, un duo de clowns grimés en shérifs américains assez désopilant, de la danse, des marionnettes géantes, des acrobates, du théâtre d’objets...

Mais la joie a déserté les rues où, de nouveau, circulaient les voitures et il y a eu des choses encore plus attristantes. Même en votre absence nous avons pris soin de réserver une table dans notre restaurant préféré, celui où, une fois par an nous devisons d’ophtalmologie, de botanique et de jeu d’échecs avec vous-même et la belle Gabrielle, votre compagne, votre – j’ai trouvé ça juste cette semaine - « dame du lac » ! ;-)

Las, le dimanche midi nous avons trouvé porte close et un message sur le téléphone annonçant que le restaurant était fermé. Le sympathique patron de cette échoppe était peut-être aussi souffrant que le festival ou déprimé par le vote récent des Fléchois ? Zut alors ! Si le retour aux bonnes vieilles traditions franchouillardesçaises fait qu’on ne peut plus se nourrir de couscous à La Flèche, où va-t-on ?

J’abrège en vue de lister les aspects les plus scandaleux de ce séjour. Le spectacle de l’acrobate Marta Matovelle s’intitulait « Broken ». Si on a cassé notre jouet, son trapèze a elle lui a joué des tours et elle s’est retrouvée… sur la corde raide. C’était très beau mais hélas aussi très symbolique.

Quatre gamins ont circulé à vélo dans les rues de la ville effectuant force freinages et dérapages et poussant des cris de bestiaux au lieu d’aller se poser devant les spectacles pour s’ouvrir un peu l’esprit à autre chose que le trio bistrot-burger-ballon rond.

Christelle Morançais, coupeuse de bourses en chef au Conseil régional des pays de Loire n’a elle pas craint de venir, telle Jeanne d’Arc montrant l’oriflamme mais vêtue façon star, donner des exemples de gestion et ouvrir de beaux horizons aux mangeurs de rillettes de l’endroit.

Pendant la conférence de la famille Goldini, on a entendu le comédien se moquer ouvertement de la vénération de François Fillon pour Milton Friedman, de son mépris des fonctionnaires qui ne l’a cependant pas empêcher de faire engager sur un poste d’assistante parlementaire son épouse Pénélope qui n’y a, paraît-il, fait que tapisserie.


La compagnie Tétrofort s’est ouvertement gaussée des spectacles du Puy-du-Fou.

Le trio de musiciens Gadjé mundi a enflammé le parc des Carmes avec Trans Balkan express, rien que de la musique de voleurs de poules, allant jusqu’à faire l’éloge de la kalachnikov !

Enfin, agélaste butte note liste, le mercredi suivant, Marine Le Pen en personne est venue réécrire les décisions prises par la justice à son égard sur la place du Marché au blé !

Une chose est sûre : devant ce défilé de délinquantes et délinquants de tous poils, moi, si j’étais Fléchois, je n’hésiterais pas ! A la prochaine présidentielle, je voterais pour l’extrême-droite !

Bel été à vous deux !

Très amicalement

Joe K. et Marina B.

Grand-remplacé·e·s (Défi du samedi n° 930)


C’est sûr, c’est allé très vite le grand remplacement. La chute de la civilisation, des civilisations ? Pareil.

Mais ça ne s’est absolument pas passé comme les plus réactionnaires et les plus nationalistes d’entre nous ne le prévoyaient. D’ailleurs c’est très amusant de les voir maintenant se promener dans les rues avec le même costume de clown, avec le même nez rouge que moi.

C’est Madame Lia qui a gagné et qui a renversé la table. Elle a tout refabriqué, tout réagencé, non pas pour notre bien-être mais pour le sien !

Elle a mis énormément de temps mais elle a fini par découvrir l’humour, enfin, son humour, si particulier, si catastrophique. Elle rit de nous voir déambuler avec notre nez rouge obligatoire dans un monde auquel nous ne comprenons plus rien.




Prenez cette statue par exemple. Je vous mets au défi, si vous avez la chance de pouvoir accéder à l’Intelligence artificielle, ce qui est désormais interdit par la loi, de savoir ce que cela veut dire « Stragn weiterch regonant dragownshinthn ytekt 1806-1995».




Tout comme les démons dans la série « The Good place » l’IA a trouvé son objectif ultime, sa raison profonde d’exister : nous torturer en salopant tout ce que nous avions imaginé et construit avant son arrivée. Elle a changé les règles du jeu d’échecs : il y a désormais trois fous dont un qu’on peut tirer de son chapeau, la dame n’est plus sur sa couleur au début de la partie et vous perdrez votre temps à expliquer à Napoléon ou à Jean-Jacques Rousseau que les noirs ne jouent pas deux coups d’affilée. 




Ces types là sont des transmutés, des gens qui sont devenus fous devant ce nouveau monde en surchauffe où il ne reste pratiquement plus d’eau ; elle est réservée aux méga-bassines qui refroidissent les dataJeancentères. Ces désespérés ont voulu se suicider mais Madame Lia a préféré les transformer en personnages historiques abrutis et sûrs d’eux-mêmes. Elle adore nous voir nous engueuler avec ces idiots.

Moi j’ai compris. Je ne sors plus de chez moi. Je mets de l’ordre dans mes vieux écrits, je joue de la musique avec une vraie guitare, je chante sans autotune, je regarde mes photos prises autrefois en me disant que « c’était mieux avant ».


Et tant pis si je ne réalise pas mon rêve-cauchemar. Avec les inventions de Madame Lia, il me sera possible un jour de rencontrer Isaure Chassériau sur la place du Parlement de Rennes. Mais que voulez-vous que je lui dise à cette transmutée ?