Pas tout à fait encore amnésique. 13, Jaune

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C'est entendu, nous sommes tous des hommes - et des femmes - de couleurs. Il y a des peaux-rouges, des xanthodermes - si, si, c'est ainsi-si qu'on appelle celles et ceux qui ont la peau jaune -, des noirs qu'il ne faut surtout pas appeler nègres, des Mexicains basanés, des bronzés qui font du ski ou pas, des blancs qui ne le sont jamais tout à fait et si Elon Musk va sur Mars, nul doute qu'il y rencontrera des petits hommes verts.

Les xanthodermes, pour ne parler que d'eux, nous en font voir de toutes les couleurs. Leur peau est jaune mais le petit livre des Chinois est rouge  comme l'Orient de leur premier satellite et pour les Japonais c'est le rond sur fond blanc de leur drapeau qui flamboie.

On a beau vivre en France ou en Belgique, c'est à dire quand même assez loin de l'Asie, on en trouve partout, des xanthodermes. Il y en a dans "Le Lotus bleu", un album d'aventures dessinées d'un célèbre petit reporter belge et aussi dans "Tintin au Tibet". Celui-là est devenu célèbre et s'appelle Tchang. On connaît aussi bien sûr les blanchisseurs dans le Far-West de Lucky Luke ainsi que, dans le journal de Tintin, l'honorable Taka Takata.


Les Japonaises les plus connues s'appellent toutes Yoko : Yoko Tsuno, Yoko Ono, Yokohama... Je dois être le seul Beatlemaniaque sur la place de Rennes à avoir acheté, au siècle dernier, les disques de la deuxième, artiste performeuse bien givrée et compagne de John Lennon. Son album "Mother" est pratiquement inaudible, je ne l'écoute jamais mais je tiens à le conserver jusqu'au bout comme étant la chose la plus moche de ma collection. L'album "Live in Toronto" où elle ne fait que gémir et crier cachée sous un drap pendant que les autres chantent est du même acabit mais j'adore les deux albums  où elle est accompagnée par les musiciens du groupe "Elephant's memory", surtout le double, "Approximately infinite universe". Sur la pochette de "Feeling the space", son visage a remplacé celui du sphinx de Gizeh. Encore plus pyramidale que M. Pei du Louvre Paris, la dame !




Doit-on déduire de l'existence de ce personnage incroyable que tous les xanthodermes sont terrifiants ? Les gardes rouges, la révolution culturelle, le maoïsme, les supplices chinois, les sudoku, takuzu et autres kemaru sur lesquels, par pur masochisme intellectuel, je me précipite le dimanche matin en sont-ils la preuve effective dans la réalité ?

Dans la littérature nous avons aussi été très gâtés avec le Fu Manchu de Sax Rohmer, L'Ombre jaune et Miss Ylang Ylang dans Bob Morane (Henri Vernes) et il faudrait que je relise ou revoie "Les Tribulations d'un Chinois en Chine" de Jules Verne parce qu'on ne se souvient plus que de la présence de Jean-Paul Belmondo dans ce film-là.
 


Si l'Asie est devenue l'usine du monde et nous approvisionne en toutes ces sortes de technologies qui facilitent nos échanges - ordinateurs, téléphones, appareils photos, trottinettes, sauce de soja, nems et nuoc mam - n'oublions pas que nous lui devons aussi  l'échappée en solitaire de Raymond Covid, dossard n° 19, au sommet du col de Wuhan en 2020, Gengis Khan et Tamerlan, Bruce Lee et son kung-fu, Jackie Chan, Albator et consorts dans la télé de Dorothée, Mishima et son empire de l'indécence, la grippe asiatique, le casse-tête chinois, le haïku, les origamis, l'ikebana ainsi que les très peu drôles kamikaze, hara-kiri et yakuza. Il n'y a pas de yin sans yang si j'ai bien tout compris, de même qu'il y a des magasins Japanim partout, que les dernières lectures des jeunes gens d'aujourd'hui s'appellent des mangas et qu'ils sont tellement pressés de connaître la fin qu'ils commencent par lire la dernière page du livre !

Pour terminer ce billet sur une (autre) note xénophobe - c'est très bien vu par ici, la xénophobie, ces temps-ci ! - et bien que je ne sois pas là pour raconter ma vie, je vous apprendrai que depuis plusieurs années nos voisines du dessous sont des étudiantes chinoises qui restent une année à Rennes et repartent une fois leur cursus terminé. Je ne sais pas pourquoi elles viennent faire leurs études en France vu qu'elles ne parlent qu'en anglais et que, c'est vrai, toutes les enseignes de Rennes portent des noms anglais. En même temps c'est tellement dur de traverser la Manche et les affairistes français ont si peu à coeur d'aimer leur propre pays et leur propre langue que l'impérialisme britannique a emprunté le tunnel et continue de sévir ici plutôt qu'à Pékin : les cours de la "Rennes school of Business" sont dispensés à 100%  en anglais.

Pô grave, tout ça. Tiens le disque de Ray Ventura est terminé, je m'en vais retourner le vinyle !



N.B. Je m'aperçois que j'ai oublié de mentionner des gens à peau jaune qui ne sont pas asiatiques : Jaunisse Guitarsse, Jaunisse Weissmüllersse, Jaunisse Hallydaysse, Bob L'éponge, Les Simpson, "Le Chien jaune" de Georges Simenon, "Les Amours jaunes" de Tristan Corbière et que j'aurais pu vous chanter"  Nuits de Chine", "La Baya" ou "La Petite Tonkinoise". Ce sera pour une autre fois !

99 dragons : exercices de style. 82, Jargon échiquéen

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- Bien sûr, si tu veux monter une attaque Saint-Georges il faut que ton adversaire qui a les noirs ait développé son fou en fianchetto.
 

- ??? 

- Il faut qu'il ait avancé son pion en g6 et mis son fou en g7 pour contrôler la grande diagonale a1-h8. Cela se produit quand il applique la défense Pirc ou yougoslave, la défense moderne ou bien évidemment la variante du dragon de la Sicilienne.

- ??? 

- La variante du dragon de la défense sicilienne (1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 g6) a été nommée ainsi en raison de sa férocité et de sa ressemblance avec la constellation du dragon. Son code ECO est B7X : très analysée, elle occupe à elle seule les références B70 à B79, soit une cinquantaine de pages de l'Encyclopédie des ouvertures d'échecs (quatrième édition). La variante du dragon semble être l'une des plus vieilles variantes de la défense sicilienne ouverte. Elle aurait été baptisée variante du dragon en 1901 à Kiev par le maître russe Fiodor Douz-Khotimirski qui s'intéressait beaucoup à l'astronomie et trouvait que la structure de pions d6-e7-f7-g6-h7 avait quelque ressemblance avec la constellation du  dragon. 

- ???


- Oui, tu as raison, revenons à l'attaque Saint-Georges. Dans son livre "Une boussole sur l'échiquier" l'entraîneur Xavier Parmentier l'a baptisée "attaque sourire de bébé" tellement elle est naturelle et simple à mettre en pratique. On peut la trouver aussi sous le nom d'attaque yougoslave ou d'attaque Saint-Georges en référence au martyr chrétien du même nom représenté en train de terrasser un dragon. Dans la sicilienne c'est le fou en fianchetto qui fait office de cracheur de feu. Elle aurait tout aussi bien pu porter le nom de Bobby Fischer tant le champion américain en avait fait une arme terrible. Une de ses formules est restée dans les annales. Avec une telle attaque, même un enfant de 10 ans pourrait battre un grand maître. Il suffit de jouer h4-h5, toc, toc, et c'est mat.

- ???

- Bien sûr, il faut tenir compte de la pendule et veiller à ne pas se retrouver en zeitnot ou en zugzwang dans la finale surtout si tu joues en blitz ou dans un départage en armageddon. C'est quoi ton classement ELO ?

- ???

- Mais tu bites vraiment rien au roi des jeux, toi, hein ? Pourquoi tu t'es incrusté pour kibitzer l'analyse post-mortem ? T'as une question à poser, petit Hans ?

- Oui. Je voudrais savoir où on peut s'acheter un plug anal pour pouvoir tricher dans un tournoi ? 

- Un tournoi d'échecs ? 

- Non, de belote.


 

N.B. La plus grande partie de ce dialogue est tirée de l'article "Variante du dragon" de  Wikipedia et du livre "Mon premier répertoire d'ouvertures avec les blancs" de Vincent Moret (Montpellier : Editions Olibris, 2016).

Se battre contre son grenier (Défi du samedi n° 835)


Lui, je l’ai reconnu tout de suite : le beffroi de Bruges ! 

Je me suis souvenu de lui sous un autre éclairage et pour cause : c’était la nuit et c’était après la pluie. Sur ma photo les lampadaires fabriquent d’étonnantes étoiles et c’est peut-être ça aussi la photographie : écrire avec de la lumière le monde autrement qu’il n’est vraiment, arrêter le temps sous forme d’une image rien qu’en déclenchant.



Sur une autre de mes photos le beffroi apparaît plus blanc mais bon, c’était il y a trente et un ans et la pluie ne fait pas que laver les bâtiments. Même si elle ne tombe que très peu en Bretagne, elle n’est utile qu’aux jardins. Elle ne saura pas m’expliquer, cette noyeuse de François Hollande et gâcheuse de cérémonie d’ouverture, pourquoi j’ai retrouvé au grenier, dans mon dossier « Dix sonnets à la gloire de Bruges », des tirages photographiques sur papier couleurs d’après diapos que j’ai dû reproduire à nouveau pour mon projet : les photos en question ne sont pas dans les quatre boîtes de diapositives que j’ai scannées et étaient donc absentes de mon disque dur ! D'où sortent-elles ? 

Mais je ne suis pas là pour raconter ma vie, la combat de Saint-Georges contre son dragon, celui de Joe Krapov contre son grenier… Quoique ! Cette dernière proposition d’écriture de l’été de l’oncle Walrus aura eu un effet positif et pour moi et pour vous : j’ai retrouvé des textes d’une époque où je n’étais que poète, photographe et aquarelliste ! 

J’en ai fait un joli « zibouque » dont je vous fais cadeau tout en lançant bien fort à nouveau mon fameux cri d’amour fou : « Vive la Belle gigue ! ». 

A vos tablettes !

 

https://www.mediafire.com/file/llre45liqthznab/Joe+Krapov+-+Dix+sonnets+à+la+gloire+de+Bruges.pdf/file

See Emily play (Défi du samedi n° 834)

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Il y en a une qui est limonade et l’autre qui est plutôt Coca ?

Laquelle préfère la salade de tomates aux macaronis assaisonnés de bon pesto ?



Il y en a une qui est banane et l’autre préfère l’ananas ?

L’une aime le judo – bienheureux tatami ! - et l’autre le dada – encore un tour de manège ! - ?

 

Laquelle est agile ? Laquelle est véloce ? Toutes deux vives et malines ? Toujours prêtes à rire et à voyager ?

Il y en a une qui préfère lire et l’autre qui aime mieux aller au ciné ?

 


Laquelle appelle le plus souvent Grand-père pour qu’il lui serve de taxi ?

Ont-elles vu « Pépé le Moko » ? «Ont-elles lu « Nana » de Zola ? « Lolita » de Nabokov ? « Madame Bovary » ? Ou ne lisent-elles qu’Amélie N. ? Astérix, Obélix et Idéfix les font-ils rire de façon égale toutes deux ? Ont-elles aimé « Charade » de Stanley Donen avec Audrey Hepburn et Cary Grant ? Ont-elles été choquées par la Cène sur la Seine aux J.O. de Paris ?

 

Voudront-elles, plus tard, un mari, des bébés, une Maserati, un palace, avoir un jet privé ou mener une vie simple et normale ? Leurs goûts sont-ils plus modérés que ceux d’Elon Musk ?

Ont-elles, dans leur « dressing » ou plutôt «garde-robe », un kimono, un boléro, un caraco, un domino, des mini-jupes, des robes de bal, un pyjama rose bonbon ou du Chanel n° 5 de chez la Dame Coco ?

 

Iront-elles à Venise, à Megève, à Sète, à Madère, à Pise, à Tunis, sur la Côte d’Azur, sur la Côte d’Opale où Saint-Valery pique un somme ? Voir le lac Balaton ou le Colorado ? Escalader l’Himalaya ? Visiter la Lozère ? Y songent-elles parfois à leur bilan carbone ?

 

Laquelle des deux se couchera longtemps de bonne heure pour faire des rêves plus jolis ?

Est-ce que l’autre s’endormira mieux si elle cherche, comme Julio Cortazar et moi-même ce jour, des mots dans lesquels les consonnes alternent régulièrement avec les voyelles ?

 

L’une d’elles prendra-t-elle la relève pour animer un jour le Défi du samedi ?

Ont-elles déjà croisé sur la plage de Trestel un rigolo qui joue sur un ukulélé de plastique rose une chanson qui parle de petite-cousinade virtuelle ?

 


Je n’ai pas de réponse à toutes ces questions mais ce qui est plié comme un origami c’est que dans le coeur des parents comme dans celui des grands-parents aucune n’a la préférence, quelles que que soient leurs différences. Elles sont leur vitamine et leur fierté et c’est très bien ainsi, je vous en donne ma parole d’honneur de gars qui a élevé deux queniaux* !

 

* vocable utilisé pour « enfançon » dans la Sarthe, pas très loin de La Suze, verse m’en encore une, Roger **!

 

**« See Emily play » est un des premiers tubes du groupe Pink Floyd et est signée Roger Keith, dit Syd, Barrett à qui on doit aussi, sur son album solo le titre « Baby Lemonade ».



99 dragons : exercices de style. 81, Sévèrement siglé

 


-  S.O.S. ! S.O.S. ! Convoquez une A.G. ! Rameutez la BAC ! Appelez les C.R.S. ! Alertez le P.C. de Rosny-sous-Boa ! Prévenez le Q.G. ! La D.R.H. sur le pont ! Le P.D.G. au rapport !

- Qu'est-ce qui se passe encore, père Mathurin ?

- La S.D.F. est de retour !

- Encore cette Saleté de Dragon Fumant ? Nous sommes maudits ou quoi ? C'est inscrit dans son A.D.N. de revenir périodiquement nous emmerder à celui-là ? Il croit peut-être qu'il va avoir droit à une H.L.M., des A.P.L. et qu'il aura droit aux allocs de la C.A.F. ? Pourquoi pas un P.E.L. pendant qu'on y est ?

***

Bien évidemment, comme le dragon revient pour la 81e fois, le processus de déroute administrative est constaté avec un certain flegme par S.A.S. le régent du royaume de Lybie, Mohamed Ben Selakata, dit MBS.

C'est son premier ministre ou plutôt son grand vizir, Damir "Siouper" Kheutar, dit D.S.K., qui lui fait le point sur la situation :

- La moitié de la soldatesque est en R.T.T., l'autre moitié est en stage au F.B.I. et la troisième participe aux manoeuvres de la C.I.A (Confédération Interarmées Africaine). Le reste de l'effectif est H.S. à la suite du surcroît de boulot encaissé pendant les J.O.

- Il va donc falloir encore une fois faire appel à la I.N.R.I. Company ?

- Elle a changé de nom. Maintenant c'est la S.N.C.F., Société Novatrice de Christianisme Forcené.

- Ca va nous coûter bonbon et ils vont encore nous envoyer une fiotte B.C.B.G. habillée en Y.S.L. !

Depuis le temps que tout va mal dans son royaume Mohamed Ben Selakata est devenu un sultan insultant du genre Joe Biden ou Donald Trump : bon pour l'E.H.P.A.D., mûr pour l'H.P. !

- Désolé, Votre Majesté, mais les fois précédentes ils nous ont toujours bien tirés d'affaire. Sauf que cette fois nous n'avons plus un rond en caisse : notre C.B. est bloquée et j'ai perdu leur R.I.B. ! Même si je voulais verser ne serait-ce qu'un franc C.F.A. sur leur C.C.P. je ne pourrais pas. On n'a plus que trois mille milliards de dettes et nos yeux pour pleurer.

- Nous serions donc les inventeurs du S.P.D.P., le Service Public Défaillant Partout ? Cette S.D.F., LGBTQIA+...

- Plaît-il ?

- ... La Gueule de Bois Tordue Qui s'Invite A nos tables, c'est vraiment une plaie. Appelez leur S.A.V. aux cathos et dîtes leur que nous capitulons, que nous allons accepter cette fois de nous convertir à leur boniment.

- Nous y sommes hélas bien forcés ! Leur chevalier Saint-Georges a un C.V. d'enfer. C.A.P. de lanceur alerte de javelot, D.U.T. de pieds dans le P.A.F, C.A.P.E.S d'étrangleur de monstres au berceau obtenu dès son plus jeune âge contre l'Hydre de Lerne...

- Hola, D.S.K. ! Vous ne confondriez pas la Cène et le Banquet des dieux, d'un seul coup d'un seul ? Je crois savoir, du reste, qu'il ne s'agissait que de deux serpents !


***

S'ensuivent alors les habituels échanges d'injures, dignes de la B.D. "Le Concombre masqué" de Nikita Mandryka, entre Saint-Georges et le dragon :

- Ben dis-donc, la bête à Q.I. proche de 0, vas-tu encore longtemps venir nous polluer la V.M.C. de ton haleine pestilentielle ? C'est chez nous ici alors si tu tiens à tes os tu vas dégager ta Z.A.D. vite fait bien fait !

- T'as trop fumé de L.S.D., de C.B.D. ou trop pris d'E.P.O., San Giorgio ! Tu n'es pas de taille, jeunot ! Tu as encore du lait U.H.T. au bout de ton nez !

- Djeunns toi-même ! Retourne dans ta Z.U.P. réviser pour ton B.E.P.C. ! Profites-en pour revoir la législation sur le droit du sol, eh, affreuse chose ! C'est pas ton R.U. ici et tu n'as ni permis de séjour, ni carte du C.R.O.U.S.

- LOL ! MDR ! Un recalé de l'ENA reconverti en vigile de la S.N.C.F. qui se prend pour un émissaire de l'O.T.A.N. ! Va donc, eh, BHL en mort cérébrale ! Légionnaire romain de Petibonum ! SPQR code illisible ! Marge d'erreur de l'IPSOS ! Gros naze de la NASA ! Mets-la toi ou je pense ton OQTL (Obligation de Quitter le Territoire Lybien) ! 

- Allez, replie ton C.D.D. de mire de l'O.R.T.F. ! On n'en a pas besoin des M.S.T. ambulantes de ton espèce ! Rebranche ton G.P.S. et va faire ton A.V.C. ailleurs ! Remballe ton O.P.A. sur le troupeau d'ovins du père Mathurin. Nos AOP et AOC ne sont pas pour ton vilain museau, eh, mocheté S.G.D.G. !

***

Ensuite c'est, encore et toujours, le même vieux CD de la même vieille B.O. de ce nanar en DVD de la M.G.M. en V.F., cette suite d'onomatopées dans l'oeil, de coups d'estoc et de taille, de  lâcher de flammes olympiques jusqu'à ce que la bête se retrouve K.O. technique, complètement chocolat, charpie marronnasse juste bonne à fourrer dans des chocos BN pour kids n'ayant R.A.B. de l'histoire sainte et des exercices de style s'y référant.

Cruauté ultime, il n'y a aucune âme charitable pour l'emmener au C.H.U. passer une I.R.M. ou voir un O.R.L.. Mais enfin, que fait la S.P.A. ? Il y a urgence :  il se pourrait bien, comme on dit chez Claude Chabrol, que la bête meure !

Alors, percée jusques au fond du coeur d'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle la saleté de dragon arrête de fumer et s'écroule.

Du cadavre de la bête, du flot de sang qui s'en est écoulé naît alors une fleur, une rose qui, comme dans la chanson de Françoise Hardy, courbe un peu la tête devant le dieu qui l'a faite.

- En vérité, je vous le dis, commente Saint-Georges pas peu fier de ce miracle-là, c'est ici le premier O.G.M. (Organisme Génuflexionnairement Modifié) de l'histoire !

CQFD !





Le Couvreur (Défi du samedi n° 832)

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Il vient d’arriver une tuile au Couvreur.

La tuile en question a la forme d’un courrier officiel de la ville de Colmar. Son contenu est déstabilisant au possible pour tout individu doté d’un minimum de sens esthétique. C’est un peu comme si Léonard De Vinci recevait ce message :

« Monsieur, 

En raison des jets de concentré de tomate de plus en plus fréquents sur les tableaux de notre musée, nous avons pris la décision de recouvrir de pâte à pizza la vitre qui protège votre portrait de Mona Lisa dite La Joconde.

Cordialement »

La formule d’impolitesse montre que la missive est un e-mail. Si Leonard avait donné son 06, il eût reçu un SMS et ce n’eût pas été mieux.

***

Il vient d’arriver une tuile au Couvreur.

Notre couvreur s’appelle Sébastien Mast. A vrai dire il est plus architecte et artiste plasticien que couvreur. C’est sa belle-mère, Solange Odonte, qui le surnomme ainsi, « Le Couvreur ».

C’est à la suite d’une longue réflexion à partir des sols de la basilique Saint-Marc à Venise que Sébastien Mast a imaginé de disposer artistiquement les tuiles sur les bâtiments qu’il conçoit. Tous les courants de l’histoire de la peinture se retrouvent dans ses réalisations. Il y a des toits « Lascaux », des toits impressionnistes, des toits fauves, des toits cubistes… Son chef-d’oeuvre absolu reste néanmoins son « Festin des dieux en bord de Seine », réalisé sur le toit plat du 9 quai de la Mégisserie à Paris. 

- Il est idiot ou quoi, ton mari ? a demandé un jour Solange Odonte à sa fille. A quoi ça sert de réaliser des œuvres d’art que personne ne peut voir si ce n’est les oiseaux ? Et tout le monde sait, depuis Chaval, que les oiseaux sont des cons !

- Mais enfin, Maman ! Il y a des photos, des objets dérivés, des maquettes, des posters ! C’est ça qui se vend aujourd’hui une fois qu’on a fait le buzz ! Regarde le succès en librairie de « La Terre vue du ciel » de Yann Arthus-Bertrand ! Et avec les drones, rien de plus facile que de réaliser des dévédés !

Solange n’a pas voulu bousculer plus sa fille Béatrice. En son for intérieur elle n’en pense pas moins que la dernière œuvre de Sébastien, « 99+1 » est de la foutaise. Elle se souvient du dernier repas de famille au cours duquel « Le Couvreur » a expliqué s’être inspiré de la salle des fêtes de Faux-la-Montagne dans la Creuse.

- Qu’est-ce qu’elle a de plus que les autres, cette salle polyvalente « qui sert à tout qui ne sert à rien » ? a demandé M. Odonte père qui entretient des rapports plus bienveillants avec son gendre.

- Elle a 99 fauteuils noirs et un fauteuil blanc !

- Quel intérêt ? a demandé Solange.

- Mais, Belle-Maman ! En déplaçant le fauteuil blanc, j’obtiens cent motifs de toiture différents ! D’un seul coup j’ajoute cent pages à mon catalogue. Et je multiplie cela par le nombre de couleurs de tuiles dont je dispose ! « 99+1 rouge et noir », « 99+1 jaune et vert », « 99+1 jaune et blanc »…

- Reprenez donc de ma tarte au citron meringuée, les enfants ! a éludé Solange.

***

Il vient d’arriver une tuile au Couvreur.

Le courrier de la ville de Colmar le met en demeure de repeindre en blanc toutes les toitures qu’il a réalisées dans cette riante commune d’Alsace.


« Par souci écologique et pro-planétaire de lutte contre le réchauffement climatique, le Conseil municipal de Colmar, en sa réunion plénière du 3 juillet 2024 a arrêté que tous les bâtiments de la ville seraient repeints en blanc, y compris et avant tout les toitures. ».

- Bravo ! a pesté Sébastien. Le grand remplacement de la France colorée par la Casbah d’Alger !

Et puis comme le Couvreur n’est pas du genre à se laisser abattre il a téléphoné à son imprimeur.

- Monsieur Brodin-Taupard ? Sébastien Mast à l’appareil ! Vous pouvez encore changer le titre de mon catalogue 2025 ? Oui ? Très bonne nouvelle ! Vous ajoutez juste « Collection Malevitch, semaine du blanc ! »

 

Tout bien réfléchi la tuile n’en est pas une. Elle va satisfaire Beau-Papa qui vote vert et faire taire Belle-Maman qui ne trouve rien à redire au port de l’uniforme par les hussards sur les toits !

Le Festival de Sainte-Blanche-Neige (Joe Krapov)



C'est dommage ! Le 27 juillet on aura quitté le Vendômois ! Sans cela on aurait pu aller à la 20e fête du cochon de Tréhet. C'est dans le Loir-et-Cher. On aurait profité de concours amusants tels que le cri du cochon, le mangeur de boudin et le lancer de queue de cochon. On aurait vu aussi l'équipe spéciale des sapeurs-pompiers du Rhône dans leur spectacle artistique unique mêlant acrobaties, gymnastique, humour et discipline. On aurait entendu une banda, assisté à un repas dansant avec orchestre et à un feu d'artifice final.

Mais bon, on sera plus au Sud, à Faux-la-Montagne dans la Creuse, pour assister au Festival de Sainte-Blanche-Neige.

C'est un peu plus relevé qu'à Tréhet comme niveau mais guère plus. Sur la patinoire de plastique vert il y aura, par exemple, le concours du plus beau gadin en souvenir de la Blanche. En théorie on n'a aucune raison de tomber : le sol n'est pas glissant, il est sans aucune déclivité, les skis ne sont pas fartés, il n'y a ni glace, ni neige, même artificielles, parce qu'on est en juillet ; les chaussures pèsent deux fois le poids de celui ou celle qui a enfermé ses petits petons dedans. Mais les nombreux candidats défilent tous en même temps dans le tout petit espace et on leur a fait croire que l'objectif du combat était de rester seul debout sur la piste alors ils essaient de faire chuter les autres. Bien sûr, il y a des règles : les coups de bâtons au-dessus des épaules sont interdits, notamment ceux donnés dans les yeux avec la pointe mais ni les coups d'épaule ni les coups de boule dans le thorax ne sont empêchés.

Plus loin, dans la cour de l'école de ce petit village d'habitude très tranquille, l'ambiance est plus studieuse. Il y a d'abord le bistrot-mémoire, beaucoup moins compétitif et beaucoup plus coopératif. On y recherche en commun "les effets du dérèglement climatique sur le vocabulaire et la notion même de sports d'hiver".

De fait la disparition des chutes de neige de la liste des phénomènes climatiques décelables sous nos climats va faire tomber en désuétude un certain nombre de personnalités, de lieux et de vocables relatifs à ces jeux et loisirs pratiqués jadis à la montagne.

Nos enfants et petits-enfants sauront-ils encore demain ce que signifient les termes suivants ?

Les spatules en avant ! Faute de carre ! Pour tourner, faites le chasse-neige ! Stem !Christiania !

Ne vous élancez pas tout schuss sur cette piste noire, elle mène directement au ravin de la Sorcière !

Qu'est ce qu'un avis de menace d'Avalanche ?

Que représentera pour eux un Saint-Bernard avec un tonneau de rhum sous le menton ?

De nos jours, déjà, qui se souvient  des soeurs Goitschel, de Jean-Claude Killy, Guy Périllat, Luc Alfand, Bob Sleigh, Samivel, Roger Frison-Roche ?

Que faire en hiver pour ne pas s'emmerder désormais à Berchtesgaden, L'Alpe d'Huez, Galmich-Partenkirchen, Kitzbühl, Saint-Gervais, Tignes, Les Arcs, Bourg Saint-Maurice, La Clusaz, Super-Besse ?

C'est quoi un critérium des neiges ? Une descente aux flambeaux ? Quelle est la différence entre un slalom spécial, un slalom géant et une descente ? Comment peut-on rater une porte à l'extérieur alors qu'il y avait une fenêtre pour mettre un but dans la lucarne ?

Rafael Nadal est-il le roi de la promenade en raquettes ? Henri IV celui de la conversion ? Quand Louis XV a dit "Après-moi des luges", de quoi parlait-il ? Que veut dire Victor Hugo quand il écrit "Il  neigeait. L'aigle était vaincu par sa conquête" ? Qu'est-ce qu'une troïka ? Un chasse-neige ? Un goulag ? Un snowboard ? Un crampon ? Un pneu à clous ? A quoi elles servaient, ces chaînes, Papy ? C'est où l'Engadine, Monsieur Modiano ? Est-ce qu'il y a des téléphériques ailleurs qu'à Brest ? Est-ce que le remonte-pente, le tire-fesses, la fondue savoyarde, la tartiflette et la dameuse sont des positions méconnues du kamasutra ? Pourquoi disait-on LA congère et LE Connecticut ? Que signifie le proverbe "Qu'importe le flocon pourvu qu'on ait l'ivresse des cîmes" ? Peut-on être élégant avec un fuseau bleu, un anorak jaune, des après-ski marron et des moufles vertes quand on a le nez rouge de froid ? Le perce-neige  est-il un outil du genre pic à glace dans "Basic instincts" ? La chasse au dahu est-elle l'activité principale des chasseurs alpins ? Que comprendre à l'expression "Eleska c'est téléski" ! ? 

Lorsque le bistrot mémoire est terminé on enchaîne sur le logorallye des neiges. Il faut inclure tous ces mots ainsi que les prénoms des sept nains de Blanche-Neige dans une nouvelle policière. Le personnage principal en est l'inspecteur Télésiège. Il enquête sur la disparition des canons à neige du musée d'artillerie de Chamonix.

Il ne faut pas rater non plus le grand karaoké de clôture au cours duquel on chante uniquement ces titres-ci

- "Tombe la neige" d'Adamo ;

- "Les Neiges du Kilimanjaro" de Guy Mardel ;

- "Etoile des neiges" et "Ma cabane au Canada" de Line Renaud ;

-  les chansons des films de Walt Disney "Blanche-Neige" et "La Reine des neiges".

Vous pensez que c'est peu mais de fait le karaoké dure toute la nuit car on chante ces titres dans toutes les langues possibles et imaginables dans lesquelles ils ont été traduits.

Les titres et les langues sont tirés au hasard et imposés aux candidats. De grands moments de solitude et de fou-rire en perpective ! Qui n'a jamais entendu chanter "Jingle bells" en swahili a vraiment manqué quelque chose dans sa vie !

Il y a plein d'autres propositions du même (dés)ordre dans les jardins des habitants de Faux-la-Montagne. Ca s'appelle le Festival de Sainte-Blanche-Neige, cela a lieu du dimanche 28 au mardi 30 juillet. Si vous passez par-là vous m'y trouverez. Je suis facile à reconnaître. Je suis le seul qui se promène sous le soleil par 30° avec un bonnet de laine rose à pompon rouge * sur la tête et je traîne derrière moi un traîneau d'enfant sur lequel est écrit "Rosebud".


 *"Toi ma p'tite folie

Toi ma p'tite folie

Mon p'tit grain (ou brin) de fantaisie..."

Cette autre chanson de Line Renaud me rappelle qu'on appelait "folie", dans mon pays natal, un tel bonnet affublé d'un pompon. Quelqu'un(e) de là-haut ou d'ailleurs pour confirmer cet usage nordique ?

L'ÉTÉ MEURTRIER

Lorsque les frères Montecciari descendaient sur la place, sur le coup de six heures, faire leur partie de pétanque, c’était à chaque fois comme si le village engourdi par le chant des cigales se réveillait d’une trop longue sieste estivale.

Des volets s’ouvraient, des gens sortaient de chez eux et venaient s’agglutiner à l’ombre des platanes, les caquetages des commères reprenaient mais c’étaient surtout les porteurs de gapettes et de marcels, les individus de sexe masculin qui venaient assister à la joute boulistique.



Ce n’était pas parce que Pin-Pon, Mickey ou Bou-Bou jouaient comme des chefs qu’on prenait une heure de son temps pour suivre les évolutions de huit boules et d’un cochonnet sur le gravier. C’est surtout que le garagiste-pompier, l’aîné, Florimond, qu'on surnommait Pin-Pon, venait de se marier avec Celle-là, une estrangère de vingt ans d’âge, jolie comme un coeur, le coeur sur la main et qui faisait copain comme cochon avec tous et toutes, même avec Mademoiselle Dieu l’austère institutrice qui regardait tout le monde de haut. Mais chez nous en Provence, pour peu qu’on soit élevé ne serait-ce que d’un peu au-dessus du niveau de la mer on toise tout le monde. Les femmes savent très vite par exemple qu’il ne faut attendre que des crudités de la part des hommes, au mieux des parties de jambons et donc que les gars ne valent pas tripette. Elles se font dévorer des yeux, accordent une danse au bal, une sérénade au lit et puis après on leur demande de faire bouillir la marmite toute une vie durant, de faire des ratatouilles, des aïolis, des mioches, d’acheter le Nutella qui va avec et le « Télé sept poches » pour connaître les films qui passent à la télé.

Qu’attendre d’autre de ces médiocres nés au village, ayant trouvé du travail au village et qui mourront au village en ayant rêvé toute leur vie qui de gagner la course cycliste de Digne et de devenir un Eddy Merckx de sous-préfecture, qui de transplanter un moteur de Jaguar dans une carcasse de Delahaye, qui de toucher un héritage supposé d’une tante grippe-sous soupçonnée de cacher des trésors dans un vieux poêle en fonte qui ne sert plus qu’à ça ? Mais elles, les pauvresses, qu’avaient-elles fait depuis leur titre de Miss Camping-Caravaning 1974 ou leur CAP de coiffure pour dames ?

Bref tout baignait dans la normalité giscardienne de ce qu’on nommerait plus tard les Seventies ou la fin des trente glorieuses, une période qu'aujourd’hui, du reste, va comprendre, Charles, on regrette presque ! 

De fait c’est bien Eliane ou Elle ou Celle-là, la greluche de Pin-Pon, que l’on venait admirer. Elle non plus ne jouait pas si bien que ça, pour la bonne raison, seule chose très bien cachée du reste chez elle, qu’elle était myope comme une taupe. Mais au jeu de boules il y a deux cas de figure : ou bien tu sais jouer, plomber, faire rouler, évaluer le terrain, donner des effets, placer, ou bien tu as du cul.

Le croirez-vous ? Eliane avait du cul, et pas qu’un peu ! On se souviendra toujours de cette partie où ,treize fois d’affilée, elle a fait soit un carreau sur la boule collée au petit soit un roulé-emporté au dernier tir, sa boule traînant avec elle le bibi loin du cercle où s’étaient amassées les boules des autres.

- Bon, ben les gars, a dit Henri IV, le patron du garage où bossait Pin-Pon, il ne vous reste plus qu’à embrasser le cul de Fanny !

- Oui, c’est bon, on la paie, la tournée d’apéros ! ont concédé Mickey le cycliste à casquette rouge et Bou-Bou le lycéen qui arborait le tee-shirt à l’effigie de sa belle-sœur que Celle-là lui avait offert. 

Pour ce qui est d’embrasser du regard celui d’Eliane qui débordait gracieusement de son petit bikini rouge tout le monde avait déjà officié et rêverait la nuit de plus d'affinités encore.


Tout cet été-là Éliane leur a tué la partie comme ça. C’est pour ça et à cause de la sécheresse et des incendies de forêt dans la région qu’on l’a appelé "l’été meurtrier", celui de 1976.

Et puis le 31 du mois d’août, sans même que se pointât à l’horizon une frégate d’Angleterre, elle a perdu la boule. Elle a couru derrière, elle a disparu, il paraît qu’elle court toujours après le point. On ne l’a jamais retrouvée, la belle.

- Dès qu’elle se repointe je tire ! déclare Pin-Pon tous les soirs au bistrot. Ce fou a scié le canon de son fusil à deux coups et attend, décidé à faire un carton sur celle qui a fait les siens.

Nous, même si on était tous jaloux de sa chance, si elle se repointe je ne sais pas si on rêvera encore de la tirer.

C’est vrai que ce ne sont pas des façons de mettre les adjas. Ni bonjour, ni au revoir, tout un village allumé façon Poupoupidou par une vamp Marilynesque puis laissé en plan sans prévenir! Voilà comment ça commence la désertification des campagnes !

C’est comme un long dimanche de fiançailles et puis, juste avant la noce, une fille qui disparaît dans une auto avec des lunettes et un fusil. Adieu, les amis !

Et d’ailleurs, il y a quelque chose de bizarre dans cette histoire. Très peu de temps après, l’institutrice, mademoiselle Dieu, a quitté elle aussi le village. Mais elle, malgré ses seins volumineux, à cause de son côté infante hommasse et de son teint olivâtre, elle ne faisait fantasmer personne.

UNE ARDOISE MONS-TRUEUSE !


 

Pour que je me tienne sage comme une image, c’est très simple. Je suis comme les enfants des écoles de jadis, je fonctionne à la satisfaction. Un bon point, un bon point, un bon point, une image et je suis content.

 

Tous les étés mon oncle Walrus m’en offre une à la fin de la semaine. Celle-ci, j’ai mis du temps à la contempler et puis, comme tous les bons élèves curieux de tout, je me suis demandé : « Où c’que c’est donc c’est-y qu’il y a de si jolis clochers ? »

 

Les premiers résultats de M. Google-Images m’ont mené chez M. G. F., mêtreur [sic]-prescripteur dont le profil sur Linkedin.com est orné d’un avatar en 3 D très sérieux voire inquiétant et d’une photo d’un centre de radiologie voisin d’un cabinet de cardiologie ORL. De quoi s’occupe-t-on, dans la cardiologie ORL ? Uniquement des oreillettes, pas des ventricules ?

 

 

Étant quelque peu iatrophobe, j’ai rebroussé chemin et j’ai repris l’enquête d’identification du clocher à zéro. J’ai redessiné grâce à un calque sur mon logiciel de graphisme le contour du bâtiment figurant sur l’ardoise. Cette fois j’ai touché au but (avant de toucher le fond… de la bouteille !).

 

J’étais rendu sur le site https://www.gin-de-mons.be/ avec l’accroche « Gin d’Mons » et l’avis suivant « ON NAIT GIN D'MONS OU ON N'L'EST NIE ». 

 

 

J’en ai déduit qu’en wallon on ne prononçait pas gin « Djinn » comme dans « blue-jean » mais « gin » comme dans « frangin ». Ça m’a fait penser aux vers holorimes d’Alphonse Allais que je connais par coeur :

 

"Par les bois du djinn où s’entasse de l’effroi
Parle, et bois du gin ou cent tasses de lait froid !"

 

Il y a quelques petites choses amusantes sur le site de ce marchand d’alcool.

 

- La mention "CONCU A MONS" m’a bien fait rire. A quoi ça sert de se décarcasser à retenir que le C cédille majuscule s’obstient par l’appui sur la touche alt et, simultanément, par la frappe consécutive des touches 1,2 et 8 ? Il n’y a que moi qui pratique ce sport-là ? Ou alors ça veut dire autre chose, "Concu" à Mons ?

 

 

- Les trois barbus de BROTHERHOOD SPIRIT CONCEPT ont sans doute été posés-là afin d’assurer une continuité entre le jeu 1 et le jeu 2 de l’été du Défi du samedi !
- Les groseilles à maquereaux m’ont rappelé le jardin de mon grand-père où quelques arbustes producteurs de ces fruits étaient plantés entre des poiriers. On appelait ça des crots d’poux ! En fait il s’agit de croquepoux ou croque-poux.

 

- On fabrique aussi dans cette distillerie un rhum appelé « Broken spear ». Sur l’étiquette figure bien sûr le fameux Doudou de Mons, à savoir Saint-Georges combattant le dragon. Avant même de l’utiliser pour une des versions à venir de mes « 99 dragons : exercices de style » je la publie ici ainsi qu’une version décalée rencontrée place du Champ de Mars à Rennes (Oui, je sais, on dit "Esplanade Charles de Gaulle » mais c’est d’un commun, de l’appeler comme ça, depuis que Léon Blum se retourne dans sa tombe !).

 

 

 

 

Et donc, en guise de conclusion, cette décoration d’ardoise représente bel et bien le beffroi de la ville de Mons. Bravo Sherlock Petit-Pied !

 

Et que peux-tu nous dire à partir de cela, vieux Défiant du samedi à la loupe infaillible ?

Ceci : je n’ai pas laissé d’ardoise à Mons ni ailleurs. Je bois très peu au bistrot et j’y paie ce que je consomme ; je n’achète pas à crédit, je ne dois d’argent à personne mais si je devais passer en jugement devant Brigitte Bardot, "L214 éthique et animaux" ou la reine rouge d’Alice, je mets ma tête à couper que ces dames et cette association réclameraient qu’on me coupe la tête !

 

En effet, la dernière fois que j’ai approché les ardoises de mon propre beffroi, c’est à dire mon grenier, c’était pour y passer l’aspirateur, pour le débarrasser d’un certain nombre de vieilles croûtes entreposées là-haut, des toiles qu’avaient tissées depuis un certain temps de fines Pénélope appelées araignées et dont certaines sont parties avec leur piège à mouches dans le sac de la machine.

 

Me pardonnerez-vous jamais, Mesdames ? J’ai commis un écocide monstrueux !

 

Patron, mettez-le sur mon ardoise !

Pas encore tout à fait amnésique. 12, Les Barbus

Mais pourquoi tant de haine dans un monde déjà si cruel ? Si « le premier est un marin, toujours le verre à la main, la bouteille sur la table » je conçois qu’on le traite de misérable et qu’on ne désire pas lui accorder sa main.


Mais le deuxième « qui est un barbu, par-devant et par derrière », ne fait rien que laisser parler la nature. Il se trouve d’aventure que le poil naturellement pousse au menton du garçon. Que les lames Gilette n’existaient pas à l’époque de l’homme de Cro-Magnon. Que le rasage n’est pas obligatoire.


Que faire ? demandait le barbichu Lénine (Vladimir Il’itch Oulianov) : à la lecture de Marcel Proust certains se rasent, d’autres pas. Cette liberté dans le vague à la lame nous a valu finalement, au fil de l’Histoire et au retour de notre escapade à La Flèche, un beau bistrot-mémoire sur le thème des barbus célèbres.


Il y a bien sûr, côté musique, « ce roi barbu qui s’avance, bu qui s’avance » et ce n’est pas de Carlos ou des ZZ Top que je parle mais d’Agamemnon « Aga Aga memnon » (« La Belle Hélène » d’Offenbach qui lui portait des favoris).


On doit à France-Gall – dont le nom me fait du reste penser au rugbyman Sébastien Chabal ! - l’évocation d’un empereur à la barbe fleurie, ce sacré Charlemagne « qui a eu cette idée folle un jour d’inventer l’école ». L’ont suivi toute une lignée de rois plutôt du genre imberbe que du genre à barbe à l’exception de Charles IX, Henri II, III et IV et François 1er. Notons que la barbiche fut portée par Louis XIII et Napoléon III et qu’elle demande sans doute plus d’entretien car il faut la tailler finement comme la bavette chez le boucher en attendant d’être servi (par l’Histoire qui paraît-il, ne repasse pas les plats).


Les Rois d’un jeu de cartes usuel (David, Charles, Alexandre et César) n’auraient pas déparé – une fois à poil ! - le festival de Woodstock ni cette période des années 70 où John Lennon, Phil Collins, Robert Wyatt, Anthony Phillips et Neil Young composèrent dans leur barbe fournie - à l’époque de « Hair » - certains des tubes musicaux que je reconnais dès les premières notes.


Le disque de Rick Wakeman, claviériste du groupe Yes, «The Six wives of Henry VIII » pose une question assez terrible : le port de la barbe ne s’accompagnerait-il pas d’une tendance à la cruauté ? On connaît le cas de Barbe-Bleue qui mettait les femmes au placard, celui de Landru qui militait pour la femme au foyer. Il faut y ajouter le cas de Conchita Wurst qui transforme le concours de l’Eurovision en compétition de n’importe quoi ! Et justement, la barbe n’est elle pas plutôt un signe de contestation des systèmes politiques en vigueur ? Karl Max, Che Guevara et Fidel Castro en portaient une. Philip K. Dick aussi.


Mais revenons à l’école et à la cour de récréation. Les images non animées que nous, désormais dénommés vieilles barbes, chérissions à l’époque représentaient des porteurs de barbe pleins de sagesse : le druide Panoramix chez Uderzo, le grand Schtroumpf chez Peyo, les savants de Tintin chez Hergé, le professeur Mathenstock, le professeur Pipe et le Père Passe-Passe chez Jean Cézard, le juge de Lucky Luke dans l’album éponyme de Morris et Goscinny.


Mais la barbe caractérise aussi quelques irascibles : je grand vizir Iznogoud, Prunelle et son collier de barbe chez Franquin, le capitaine Haddock et ses célèbres insultes.


Je n’ai pas beaucoup fréquenté Blake et Mortimer, le Vieux Nick et Barbe Noire, Tif et Tondu – je crois savoir que c’est Tondu qui est le barbu du duo ! - mais je me souviens d’Hägar Dünor et, dans la même série des navigateurs, de Barbe-Rouge de Charlier et Hubinon et bien entendu de sa parodie dans Astérix sous forme des fameux pirates qui assez souvent mergiturent plutôt que de fluctuer.



Du côté du cinéma, la photo proposée cette semaine évoquerait plutôt « Les Barbouzes » de Georges Lautner, pas tant les acteurs que le fait de jouer double jeu et de s’avancer masqué. On pourrait penser aussi à Louis De Funès dans "Rabbi Jacob" mais je n’ai pas vu ce film-là. Orson Welles portait la barbe et un faux nez dans le film de Claude Chabrol « La Décade prodigieuse », pas vu lui non plus mais bien relaté et caricaturé par Marcel Gotlib dans la Rubrique-à-brac.


Le XIXe siècle et le début du XXe nous ont fait cadeau de célébrités entrant dans la catégorie : Anton Tchekhov, Antonin Dvořák, Camille Saint-Saëns, Louis Pasteur, Alfred de Musset, Victor Hugo, le président américain Abraham Lincoln, Jean Jaurès, Ernest Hemingway...


Les peintres de l’École de Barbizon en arboraient-ils une ? Si j’avais eu le temps, vous aurais-je chanté à ma façon « Le Barbier de Belleville » de Serge Reggiani ? Est-ce que tout ce laïus est encore trop capillotracté ? Rasoir ? Barbant ? Allez-vous me traiter de blaireau ?



Quoi qu’il en soit, après avoir lu ce court article sur le rasage, si la barbe est réellement un signe de virilité et de sagesse, je suis bien mal parti : je me suis encore coupé en me rasant ce matin !