Le Cyclope de "Penny Lane" (Défi du samedi n° 861)

 

"Oh dis, c’est loin l’Amérique ? Pas assez encore, ces temps-ci !"


Si tu as besoin d’une duchesse,

D’une liseuse, d’un banc d’église,

Si tu rêves que je le menuise

Je crois que tu t’es trompé d’adresse :


Je ne sais pas manier la varlope !

Moi le boulot, je le salope.

Je ne sais pas jouer du couteau,

Le résultat ne sera pas beau.


Je suis aussi nul en meuleuse

Qu’en ponceuse ou en scie sauteuse.

Il faudrait que tu te lèves tôt

Pour me voir coincer dans l’étau


Autre chose que la sainte bulle !

Moi je tiens des conciliabules

J’accouche sur le confident

La conversation des clients.


Je ne connais rien au rabot,

- Demande plutôt à un robot ! -

Question maniement de la bédane

Je mérite le bonnet d’âne


Mais je suis poète de cour

Je fais dans le bonheur du jour

Et je cisèle mon boulot

En usant du tarabiscot.




Si tu as besoin d’une armoire,

D’un lutrin ou d’un écritoire,

D’un rocking-chair, d’un canapé

D’un montauban, d’une chaise percée,


Demande plutôt à Pénélope,

La dame au long cou d’antilope :

C’est la patronne de la boutique.

Certes, elle n’a pas l’air sympathique,


Elle est bien souvent d’humeur noire

Mais faut connaître son histoire

A la boudeuse bonnetière :

Son bonhomme parti à la guerre


Perdit le chemin de la chaumière

Et pendant dix ans la bergère

Fidèle à son cadet d’Gascogne

Fit ceinture côté gigogne !


L’autre avait dépassé les bornes

Et sur les bords de la Riviera

- Calypso Circé Nausicaa -

Lui avait fabriqué des cornes.


Retour la goule enfarinée

Avec le chien assassiné

Pas un cadeau dans ses valises !

Il ne faut pas non plus dépasser les balises !


Elle ne souhaitait plus faire tapisserie

Elle l’a trucidé un beau soir

D’un coup de fauteuil trémoussoir.

Et l’a plié dans la penderie.


Sur le lit de justice un maître du barreau

N’a pas laissé de bois les membres du jury.

Et moi qui n’ai qu’un œil et vendais des lits clos

J’ai trouvé du boulot dans sa menuiserie.


Allez, venez, je vous introduis !


- Patronne ! Monsieur, psychanalyste,

Recherche un récamier pas triste ?


- On a un modèle belge. Est-ce que ça vous séduit ?





Dur ulex sed lex ! (Défi du samedi n° 860)

Dieu et mon droit savent bien, et mon gauche ne l’ignore pas, que j’aime les Bretons et encore plus les Bretonnes.

Mais ça me fend le coeur quand je les vois et surtout quand je les entends bousiller leur patrimoine chansonnier !

La première chose qui m’est venue à l’esprit, à partir du mot « ulex », est ce que l’oncle Walrus appelle un ver : c’est un vieil air qui vous revient dans la tête et s’y installe de façon persistante. En l’occurrence, pour moi, je me suis souvenu de cette chanson à la gloire de Pont-Aven, « Fleur d’ajonc », apprise chez Madame Bernadette, à l’époque où je fréquentais la chorale de la Maison Héloïse à Rennes.

J’ai gardé la partition et je me suis mis dans l’idée de l’interpréter… tout seul ! Je suis allé chercher les paroles et une version sonore sur Internet. Mal m’en a pris ! Je n’ai trouvé chez M. Youtube que deux versions « jeu de massacre », du genre fin de banquet de retraité·e·s, filmées au moment où les gens ont absorbé force litrons, ne chantent plus très juste pour ne pas dire carrément faux au milieu des autres convives qui ne les écoutent pas et continuent leur conversation jamais interrompue avec leur voisine Germaine qu’ils voient tous les jours et l’ami Vegas-sur-Sarthe sait que ce piapiatage tout en légèreté peut finir par peser à la longue.

Oui, je sais ce que vous allez me dire. Comme la fameuse "Paimpolaise" qui l’a rendu célèbre, cette chanson est signée Théodore Botrel. Un Parisien ! Un esstrangère !

Et alors ? L’hymne breton, le « Bro gozh ma zadoù », est un décalque d’une chanson galloise et vous ne le massacrez pas pour autant ? Si, aussi ? Est-ce que les républicains de Marseille n’entonnent pas l’hymne national au prétexte qu’il a été écrit par un M. Rouget qui habitait Lille ?

Je ne vais pas aller plus loin dans la critique musicale. Je vais juste faire en sorte qu’une version à peu près correcte et un peu plus gaie puisse être entendue sur la toile !

Je suis comme ça, moi ! Qui s’y frotte s’y pique ! Ma bêtise et moi, rien ne peut nous détourner de ce que nous envisajonc ! Dur ulex sed lex !








Looney tune (Défi du samedi n° 859)



Celui qui n’a pas trop de thune
Et pétune à Béthune sous le clair de la lune
N’écopera pas d’un coup de tabac
A Tacoma.



Celui qui n’a pas de fortune
Et jardine à Bray-Dunes
Ne rêve pas d’être capitaine
D’industrie ou de brigantine
A Washington.

Et tous les deux ça les étonne
Que les rois de la chevrotine
Aux milliards comptés par centaines
S’obstinent à conquérir Mars,
Veuillent s’en aller voir sur Neptune
Ou désirent boire du Cinzano sur Saturne.



Quand on a des tonnes de platine,
Une centaine d’Aston Martin,
Quand l’écu sonne dans la piscine
De l’onc’Picsou,
Sont-elles inopportunes,
Les vacances en Toscane,
Les roulettes de Cannes,
Les pampas d’Argentine ?



La Terre est trop mesquine
Pour les rois du tungstène ?

Et puis après tout qu’ils y aillent,
Courir la prétentaine aux planètes lointaines,
Et qu’ils s’y ratatinent,
Ces titans du titane !
Ces nouveaux zélateurs de la guillotine pour l’État nous importunent !

Même si ce vieux monde patine,
Les autochtones de Bray-Dunes,
De Béthune, de Catane,
Qu’ils s’empoisonnent de nicotine
Ou qu’ils cultivent l’églantine,
Savent boire l’eau des fontaines,
Camper l’été dans leur guitoune,
Faire défiler sous leurs bottines
Les sentiers des landes bretonnes,
Le pavé des rues bisontines.

Ils aiment les coups de Tramontane,
La musique des Rolling Stones,
Mylène qui chante « Libertine »
Dans les nuits de white satin,
Quelques fables de La Fontaine
Et même parfois Lamartine !

Ils suivent Rimbaud à Charlestown,
Admirent l’étoile matutine,
Adorent voir danser la Gitane.

Et quand revient l’automne,
Lorsque le ciel moutonne,
Ils ne trouvent jamais monotone
De se pelotonner contre leur Valentine,
La mutine qui les lutine à matines,
De se payer, dans leur routine libertine,
Une tranche napolitaine.

Comme ils sont peu soucieux des César de Suétone
Quand ils en ont a plein la rétine
Et que sur leur âme cartonne
Leur Aliénor d’Aquitaine !

Et lorsque la radio entonne
La litanie cire-tatanes
Des croquemitaines qui nous gouvernent
Et feuilletonne les idioties de ces badernes,

Ces clandestines sans thune
Et ces taciturnes teignes...
L’éteignent !

De nos jours, même la plèbe
- Mironton Mironton Mitontaine ! -
Est hautaine !






Au taliban d’infâmie (Défi du samedi n° 858)


Effaré, le bedeau Rémi !
Dieu, si facile à adorer,
Voilà qu’en de certains pays
Ses zélateurs se servent de lui
Pour interdire à tour de bras
La pratique de la musique !


Jouer de la sacqueboute en train,
Jouer du trombone en coulisse,
Jouer du tambour en machine à laver,
Jouer de la harpe dans les ajoncs, dans les lagons,
Jouer du piano dans les cuisines,
Jouer de l’harmonica du Nicaragua,
Jouer du violon dans les prisons,
Jouer du cor au pied des montagnes,
Jouer du balafon la caisse,
Jouer de la balalaïka dans l’espace,
Jouer du bandonéon en état d’érection,
Jouer des chansons de route sur un banjoliveur,
Jouer de la basse même doucement,
Jouer du bâton de pluie les jours de grand soleil,
Jouer de la bombarde et du biniou en position de bagarde-à-vous 
– mais ça c’est plus compréhensible -
Jouer « Mirza » de Nino Ferrer sur un bouzouki « l’est passé ce clebs ? »,
Jouer « Hey bulldog » des Beatles sur une clarinette de basset,
Jouer du bugle à Bègles et du triangle à Wingles (Nord),
Jouer du chalumeau sans même être plombier,
Jouer du clavecin t’esprit et la kora pro nobis,
Jouer de la contrebassine de linge sale en famille,
Jouer du cromorne à Waterloo – la coupe est plaine ! -,
Jouer sur une contrefaçon de contrebasson,
Chanter « Nénesse d’Epinal » de Bourvil en s’accompagnant à l’épinette des Vosges,
Chanter « Les Haricots » de Bourvil accompagné par un joueur de flageolet,
Souffler comme un crétin dans un vieil hélicon ou une trompette bouchée,
Jouer du luth gréco-romain, de la viole de nuit pour vieillard ingambe, de la lyre entre les lignes,
Jouer du mirliton à l’envers,
Jouer de l’ocarina sans Anna,
Tout cela est INTERDIT ! PROHIBÉ ! DÉFENDU !

Chez les adorateurs de ce Dieu mélophobe
Le discours c’est :
« Rendons aphones les saxophones,
Les sarrussophones,
Les métallophones,
Les xylophones,
Et les après-midi d’un faune !

Plus de mellotrons, plus de trompettes et de trombones !
Finis, les altos, les guitares
Et les accordéons trop dia(blement)-toniques !
Pas de tympanon dans nos tympans !
Pas d’Eddy Louiss pour nos ouïes !
L’orgue, c’est la barbarie !
Halte aux mélodica-cariens et aux marimbas-ldiens !
Plus rien dans vos musettes !
Fin du pipeau et du power to the people !
Jouez des flûtes dans les hauts bois, musiciens !

- En même temps, dit le bedeau
En tirant sur son pétard,
Moi non plus je n’aime pas le rap
Mais je n’interdis rien :
Grand bien leur fasse aux fesses
Aux éructeurs de ma banlieue
Tant que je peux faire sonner
Mes vieilles cloches tubulaires
Dans mon domicile adoré
Qui est si facile à cirer !


(Si vous êtes pressé·e, les cloches tubulaires sont à 7')





99 dragons : exercices de style. 85, Lettre de refus d'éditeur (Défi du samedi n° 857)

 



Madame, Monsieur (rayer la mention inutile)


Nous vous remercions vivement de nous avoir confié votre tapuscrit. Nous l’avons étudié avec la plus grande attention. Malheureusement, malgré ses qualités, il ne nous a pas paru convenir à notre ligne éditoriale.


Nous regrettons donc de ne pouvoir en envisager la publication. En vous remerciant de votre confiance et en vous souhaitant d’aboutir dans votre démarche, nous vous prions de croire, Madame, Monsieur (rayer la mention inutile) à l’assurance de nos sentiments les meilleurs.


Le comité de lecture.


Monsieur


je me permets d’ajouter que la lecture de vos « 99 dragons : exercices de style » m’a passablement exaspérée. Passe encore qu’il y ait un plagiat éhonté et visible de l’ouvrage au titre presque similaire de Raymond Queneau. Vous me direz que le sujet n’est pas le même, que vous ne parlez nulle part dans votre œuvre d’autobus, de chapeau à ruban ou de bouton de pardessus. C’est vrai mais est-il raisonnable de penser que 99 déclinaisons de la fiche Wikipédia consacrée à Georges de Lydda pourraient avoir un intérêt quelconque pour un lecteur non féru d’histoire sainte et de littérature fantastique ?


Ce qui m’a le plus gênée, outre votre usage de gros mots comme paronomase, lipogramme, allographes ou apocope, c’est l’esprit anti-clérical et antimilitariste qui préside à chacune de vos variations. J’ai bien compris que nous sommes en 303, en Afrique et que ces braves nègres gens de couleurs ne sont pas encore assez entrés dans l’histoire pour avoir ne serait-ce qu’envisagé un instant un service militaire ou une défense nationale. Chaque fois que vous mentionnez l’existence des soldats libyens, c’est pour souligner leur lâcheté, leur couardise ou leur alcoolisme. Pour un peu vous nous ressortiriez l’adjudant Kronenbourg de ce voyou de Cabu !


Vous semblez regretter qu’un héros de la Chrétienté se mêle de cette histoire et triomphe du péril rencontré moyennant quelques petites compensations. Il me semble pourtant que, de tous temps, dans la réalité, des traités ont été signés et des accords conclus entre des puissances étrangères pour venir à bout d’un ennemi commun. Aurions-nous gagné la guerre de 14-45 sans l’aide efficace des Américains avec lesquels, de fait, nous ne partageons rien, en tout cas pas moi : je n’aime ni la country, ni la soul music, encore moins le rap et les hamburgers.


Croyez-vous que la Russie pourrait venir à bout des nazis ukrainiens sans l’aide de la Corée du Nord ? N’est-ce pas grâce au général Lafayette que les cow-boys d’Amérique ont battu les méchants migrants indiens qui ne faisaient rien qu’à faire tomber la pluie en dansant ? Que serait ce continent sans Christophe Colomb ? Que serait l’Amérique du Sud sans Fernando Cortés ?


N’avons-nous pas apporté, via la diffusion de notre langue et de notre religion aux peuplades arriérées de ces pays et de nos jolies colonies, les valeurs de la Civilisation et même celles de la République, que je respecte aussi, même si elles vous donnent la liberté de blasphémer et de moquer nos croyances et nos rites ?


Préférez vous que nous soyons envahis chaque jour un peu plus par les tenants d’une religion dont le nom commence par i et qui en est restée à la Saint-Barthélemy, à la lapidation de la femme adultère et qui n’hésite pas à abreuver ses sillons du sang impur de ses ennemis ?


Vous êtes pour la polygamie, c’est ça ?


Pour qu’il y ait reconquête, il faut que nous soyons tous rassemblés. Votre ouvrage de tournage en dérision du mythe de Saint-Georges ne participe pas, mais alors pas du tout à l’effort national et au réarmement démographique désormais nécessaires.


Je ne vois pas pourquoi je perds mon temps à ratiociner avec vous ce jour. Pour tout vous avouer, si je gribouille ces lignes sur la lettre type, c’est que j’espère bien, au fond de moi-même, que vos bêtises ne trouveront pas de lecteurs sensés qui y feront écho.


Nous ferons d’ailleurs tout pour cela lorsque nous aurons pris le pouvoir.


Je ne vous salue pas.




Marinette Maréchal-Nuwala, éditrice


La Qualité (Défi du samedi n° 856)



Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais excepté mes femmes et mes docteurs, comme disait Georges Brassens, plus personne n’exige de moi que j’aie des qualités.

Quelque part, ça m’arrange. Je peux prendre le parti de Saint-Georges ou celui du dragon alors qu’il s’agit de deux antagonistes et même les envoyer paître tous les deux, comme l’autre semaine, en donnant la vedette à la princesse qui n’a sans doute jamais existé.

De ce fait j’ai été ravi, samedi dernier, de tomber sur cette décoration de vitrine qui représente mes camarades de jeu littéraire dans une posture elle aussi nouvelle.

- Ouiiin ! Dragon ! Dragon ! La fille, elle m’a volé mon cheval !



***

A part ça je voulais parler de jeu d’échecs. J’y joue tous les jeudis après-midi et les situations dans lesquelles me met le nombre impair que nous sommes bien souvent présenteraient le désavantage de souligner tous mes défauts si je n’avais la qualité de tourner toujours tout à la rigolade. De fait, on s’amuse beaucoup dans la cafétéria du Diapason.

Il m’arrive souvent et même presque toujours d’affronter deux adversaires simultanément et de gagner mes deux parties. Mais c’est trop facile : j’ai une qualité que les autres n’ont pas car en supplément de ma bonne mémoire je travaille à la maison, j’ouvre des livres, je regarde des vidéos, j’étudie des ouvertures, je joue contre Madame Lia.

« Elève travailleur » diraient les professeur·e·s.


***

Une fois sur deux maintenant, histoire que mes camarades eux aussi gagnent des parties, je fais le « kibitzer » muet. C’est un mot yiddish qui signifie que je regarde en silence les parties que jouent ces messieurs, que je les note sur mon carnet et que je n’interviens pas dans leur jeu sauf à la fin, lors de l’analyse « post mortem », pour dire que j’avais vu un coup meilleur, que tel mouvement de pièce était une erreur, bref que je tiens le rôle de l’emmerdeur qui ramène sa pseudo-science.


***

Vous me direz, et vous aurez raison, que ce que je raconte là est sans intérêt aucun. Je vous le concède bien volontiers et c’est pour ça qu’au lieu de ces considérations égocentriques super-féta-toires, comme on dit chez les Grecs, je m’en vais vous apprendre ce qu’est une qualité au jeu d’échecs.

Posons que le pion vaut 1 point, que le fou et le cavalier valent 3 points, qu’une tour vaut cinq points et qu’une dame vaut dix points.

Lorsque vous avez réussi à prendre une tour avec un fou ou un cavalier à votre adversaire et que celui-ci reprend ce fou ou ce cavalier, on dit que vous avez gagné la qualité.


***

Il y a des jours où j’envie mon oncle Walrus, le scientifique jadis si expéditif dans ses billets. La science permet de traiter le sujet du Défi du samedi en deux phrases et quatre lignes !

Mais bon, c’est quand même assez dur de s’imaginer vivre dans un monde sans Modiano-Proustitude !

Vous avez deux heures pour donner votre avis là-dessus !

Les Pelleteuses (Défi du samedi n° 855)

 




On ne peut pas dire qu’elles ne travaillent pas, les pelleteuses, à Rennes ! Elles n’arrêtent pas ! Quand le bâtiment va, tout va ! Plus ça va, du reste, et moins on reconnaît sa ville à certains endroits ! Rue de Châtillon, par exemple.

Sauf à vouloir jouer les vieux nostalgiques, je ne vais pas m’en plaindre, de tous ces travaux. Depuis 27 ans que j’habite cet endroit j’ai vu sortir de terre :

- le théâtre de la Paillette où je ne vais jamais !

- le conservatoire de musique au Blosne ! Non plus, c’est trop loin et il faut arriver une demi-heure avant le début du concert.

- le café-théâtre le Bacchus : c’est pas mon truc le stand-up. Je préféres le one-man-show !

- les quartiers modernes, cubes de béton et tours, de Beauregard, la Courrouze et Baud-Chardonnet.

- le Fonds régional d’art contemporain ; tout le monde sait que mon idéal en peinture, c’est le portrait d’Isaure Chassériau par Eugène Amaury-Duval. Et après De Chirico et Magritte, je tire l’échelle !

- Eurarennes, plus moche encore qu’Euralille !

- la nouvelle gare avec son toit en bulles de savon et son cheval rachitique.

- la ligne A et la ligne B du métro. Si, si, elles sortent de terre, à Pontchaillou, La Poterie et Beaulieu !

- Plus appréciés encore : Les Champs libres, l’Antipode, Le Diapason, L’Arvor.

Je me demande quand même si les pelleteuses n’en font pas trop « espécialement pour moi ». Je sais depuis hier qu’elles vont implanter des lignes de tram-bus dont une juste en bas de chez moi qui me permettra d’aller directement à l’Université de Rennes 1 pour jouer aux échecs ou chanter des bêtises le mardi et le jeudi.



Est-ce que ce n’est pas me dérouler un peu trop le tapis rouge pour que je pense et clame partout que « j’ai trouvé mon paradis à Rennes » ? A quoi ça sert d’ailleurs de me faire autant plaisir puisque si j’ai dix lecteurs-lectrices ou dix personnes qui m’écoutent, c’est tout le bout de monde ? En plus, je ne suis pas un bon office de tourisme puisque je suis objectif !

Et que fait-on de mon droit de passer un grand coup de pelleteuse dans ma vie, de vider mon grenier et d’aller m’installer au fin fond de la Creuse avec juste une connexion internet à Faux-la-Montagne, hein ? On me le conteste ?

Mais enfin, qu’est-ce que c’est que ce monde où ce sont les pelleteuses qui commandent ?

99 dragons : exercices de style. 84, Allographes (Défi du samedi n° 854)

 


Tout allait AC bien dans ce PI jusqu’à ce qu’un méchant dragon 120 y 1staller son gros Q 1D100 et son appétit pui100.

L’I2 bestiau s’en prit d’abord aux O20 du père Mathur1 qui PC tranquillement à proximIT. Il tomba sur l’R1 de deux brebis, les flamba et les boulotta.

L’éleveur de moutons RST d’abord ÉBT, doutant soudainement de son AQIT visuelle – de fait, il n’en croyait pas ses IE ! - puis il s’est un peu NRV et a l’HÉ au monstre :

 - Eh dis donc, s’AK20 ! Tu es encore QIT ou quoi ? J’ai idée que tu n’as r'I1 dans la TIR ! Te souviens-tu seulement que j’ai VQ plus de 80 fois déjà cette situation ? Je C désormais comment me débarrAC de toi et de ton manège 1C100 ! Il suffit que j’aille me plaindre à sa MajST le roi, que je lui dise que j’en ai gros et ensuite tu vas CC de vivre, DKΠT par une Sp’S d’AB sans ÉQIÉ monté sur un équiD blanc et arborant un ÉQ à croix rouge sur fond blanc. Si JV et que je réclame cela, je serai OBI et tu seras occis. S bien cela que tu veux ? Ne peux-tu pas plutôt fiche la P à mes bêtes, t’en retourner d’où tu viens et laisser tout comme CT avant ?

La bête ne répondit rien. Elle ne leva même pas le nez de son ÉQL, trop OQP à son repas, MHA un autre bout de sa côtelette d’agneau.

O100 les épaules devant ce silence Mathurin alla Dtacher son âne, l’enfourcha et, K1 KA, se mit à trotter en direction du palais, tranquille comme É1000.


 ***

Le roi était un homme AG, DKV, qui AV derrière lui DVQ difficiles : armée dissolue, assemblée dissoute, gouvernements FMR. 


Il posa sa QIR, trempa ses lèvres dans un verre d’O, s’essuya la bouche et dit :

- J’essaie de comprendre. Est-ce que je suis trop É3 d’esprit pour cela ? Je ne pense pas. Je ne suis pas le RO dans cette histoire, je ne suis qu’un personnage FAC, 1D6, DΠT dont on ne retiendra même pas le nom. A croire que ma personnalIT elle sent le p’AT dans les journaux du groupe R100 et dans les livres d’histoire sainte, si c’en est un !

Y aurait-il au-dessus de nous un obCD de la redite, un plaJR du « Jour sans fin », quelqu’un qui CC à m’ABC sans cesse, qui m’a LU comme souffre-douleur, qui voudrait que je crie « Ô râge ! Ô Dz’Spoir ! Ô vieillesse NMI ! » ?

Que dois-je prouver ? Qu’il n’y a pas de VQ possible sans DZ tombées du ciel ? Que C la religion et non le régalien qui fait survenir la justice ?

Que G1000 curseur trop bas ? S ma faute si les d’IE que nous avions ne VIR pas mieux que ça sur nous ? Se sont-ils jamais MU des invasions, DN, des horreurs subies par les populations que, par D100ce, je T ?

Et pourquoi n’ai-je pas ou plus le droit ici, comme on l’aura et en abusera plus tard, de parler de mes problèmes familiaux ?

- MajST ! l’interrompit le chambellan. Non ! Il faudrait penser à QV. Vous avez abusé du blanc-K6 à l’apéro. M’est avis que vous avez un coup dans l’L !

- C’est pourtant de notoriÉT publique que mon épouse…

- Oui, MajST. On C. LHOOQ !

- A croire que Joconde pour beurre !

***

 

La suite lui prouva que oui. Il ne put HV. On entendit un grand vacarme, des cliquetis DP et des bruits de ferraille dignes d’un roman 2KPDP puis on vit MRG dans la cour du palais tout ce qu’on pouvait compter de femmes OPI ayant troqué le N1 pour le casque et remplacé les rouets et quenouilles par DH et des lances.

 La bien-MRN LN, devenue l’HF de guerre de cette armée en jupons, MI alors ces propos renvR100 :

 - Le droit d’NS de nos pères et maris HU avec le plat de lentilles, les EKC d’Hamlet et la déconfiture d’RL de leur inconséquence. Depuis ces idiots sans IJN pataugent dans leur KK et le ménage intellectuel est le KD de leurs soucis. Tout est PT depuis que s’LH se sont ABC jusqu’à recourir aux Z de l’étranger pour éliminer une bête dont nous sommes sûres de venir à bout par nos efforts unis. Nous allons faire du HI de cette IN, nous allons mener au JB le patriarcat et ces religions AIsables du DO gratias, toutes pleines d’attendus plus ou moins NE envers les femmes ! Nous n’allons pas BC le pavillon devant l’FS-Matthieu, les FIJI de Léon 6 à Π7 ou la croix Vitafor ! Allons mettre fin au KO en I100 bien O le drapeau de la bravitude féminine cher à notre DS Cgol’N ! IS we can ! 


*** 

 

Il n’y eut pas de combat sanglant. Il n’y eut pas de chevalier Saint-Georges. JP des cerises à celui qui peut m’expliquer le phénomène LNistique : quand L20 se poser tranquillement face à la bête et mit la main sur son jabot, cela eut un effet apaisant. Le dragon reprit sa taille de BB, se mit a TT dans la main d’LN la poignée d’herbes d’IPK que lui tendait la reine pharmacienne.

 



Devenue végétarienne, la bête fut adoptée comme animal de compagnie et un R9 souffla sur les esprits. L’invasion du PI par un ou des étrangers cessa d’être une obsession pour les Libyens de 6l’N.


Les illustrations de ce billet ont été très aimablement prêtées par Dame Adrienne que l'on remercie ici.

 





Madame Lia (Défi du samedi n° 853)

 

Moi, vous me connaissez, je ne suis pas ici pour raconter ma vie. C’est un sport, l’autofiction, auquel je m’adonnerai d’autant moins à l’avenir que je me suis découvert, en début de cette semaine, une terrible groupie.


Elle s’appelle Madame Lia et elle sévit chez M. Qwant+. Monsieur Qwant+ est un promoteur. Un promoteur de recherche. Si on traduisait son nom en français, -  ou en latin d’Astérix - cela donnerait quelque chose comme « Kèktuveuxdplus ? ». 


Madame Lia est formidable ! Elle a conservé tout ce que j’ai déposé sur Internet depuis 2000 et avec ces texticules, ces bribes de vie, ces délires et ces bouffonneries elle me concocte une page Wikipedia dont je ne vous dis que ça.


Vous allez me dire que je devrais être content et que cette attention constante, cet intérêt pour mon «oeuvre» sont « tout bénef » pour mon côté narcissique.


Si je ne saute pas au plafond ni au cou de Madame Lia c’est qu’il y a un effet pervers.


Madame Lia a un côté Stasi indéniable. De ses lectures de mes bluettes, acrostiches, haïkus et krapoveries elle suppute que je n’ai jamais voté pour une candidate prénommée Marine et que je ne suis pas un de ses chauds partisans à crâne rasé.



Tu supputes bien, camarade Lia, mais qu’as-tu besoin d’énoncer cette information-là dans la biographie d’un poète ? Insistes-tu, dans ta présentation d’Arthur Rimbaud, sur fait qu’il n’a pas voté pour Emmanuel M. au deuxième tour des élections présidentielles de 2022 ?


Et, franchement, que de confusions dans tes appréciations de mes fréquentations internautiques !


Ma cousine de Belgique, cette chère Dame Adrienne, serait une adolescente sur laquelle j’exercerais une emprise certaine !




Mon oncle Walrus se trouve d’un seul coup d’un seul propulsé à la tête d’un restaurant de Bailleul (Nord), L'Auberge du Cheval blanc,  qui aurait fait faillite !


Ce qui m’ennuie aussi chez cette admiratrice enthousiaste c’est son style d’écriture, guère différent de ce que rendrait un élève de 6e lors d’un contrôle de connaissances (je suis en veine de gentillesse, aujourd’hui, j’ai mis un « s » à connaissances !). 


Ce qui me navre surtout c’est son peu de philosophie et de sens des nuances. Mes démêlés très anciens de bouffon particulier avec Sa Majesté le roi François de Sabolie ont été beaucoup plus classieux, subtils et constructifs que les simples « différends avec l'équipe municipale  » mentionnés sur la « fiche de police » de Madame l’Intelligence artificielle.


Sur ces choses-là qui datent de 1995 le temps a déposé sa patine, le roi est tombé de son piédestal et le bouffon ne s’en trouve pas plus heureux pour autant.


Enfin pour ce qui est de mes rapports avec ma très sainte mère « à qui je ne savais pas dire non », je crois que tu fabules, machine ! Et que tu confonds les scripteurs !


https://adrienne414873722.wordpress.com/2014/11/13/k-comme-krapoveries/


Ce serait bien en effet de ne pas tout mélanger. Joe Krapov n’est qu’un personnage de fiction et avec son ukulélé rose il ne fera jamais partie des Rolling Stones ! Il est trop jeune pour ça !


Si tu veux vraiment tout savoir sur lui, sache que la personne qui fait le récit de ses aventures et signe ses textes s’appelle en fait,


Révélation ultime...!


Plusieurs lignes de blanc pour ménager le suspens…!


Roulements de tambour...!




Isaure Chassériau !




A part cela je souhaite à Madame Lia et surtout à vous-mêmes une très bonne et très heureuse année 2025 !

Apprêtez-vous quand même à vivre dans un monde où les machines, les hommes politiques et les agents de la SNCF manqueront cruellement de tact, de considération et même de politesse à votre égard !






Sacha Brassens ! (Défi du samedi n° 852)

 ​


"Depuis mon vieux qu'au fond des cieux tu as fait ton trou Il a coulé de l'eau sous les ponts de chez nous
Les bons enfants de la rue de Vanves à la Gaîté L'un comme l'autre au gré des flots furent emportés
Mais aucun d'eux n'a fait fi de son temps jadis
Tous sont restés du parti des myosotis"
 
C'est ce que chantait Georges Brassens dans "Le Vieux Léon" et c'est, grosso modo, le seul parti dont j'accepterais de prendre la carte. 

Je remercie le hasard et surtout l'oncle Walrus de m'avoir positionné à nouveau devant cette petite fleur bleue dont je cultive le côté, le fameux côté "fleur bleue". 

Cela me permet de vous offrir - tu parles d'un cadeau ! - un enregistrement vidéo de Joe Krapov en public qui inaugure la Ballade avec Brassens 2024 en compagnie de son acolyte, Emmanuel le Bichon. 

Attention, si sérieux, s'abstenir ! 



Une Question Super banco (Défi du samedi n° 851)


Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais sachez que si j’avais le temps, avec toutes mes connaissances inutiles, je rédigerais volontiers les questions d’un Jeu des mille euros à ma manière. 

Par exemple, avant d’aller voir « En fanfare » au Ciné-TNB, j’ai posé à Marina Bourgeoizovna la question Super-banco suivante : 

- Qui sont Labélure, Trouffigne et Peaudhareng (Peaudarent ?) ? 

Elle a séché. 

- Ils appartiennent à la classe des lépidoptères ! ai-je précisé, taquin. 

Ça ne l’a pas aidée. 

- Ce sont les plus connus, en fait. Comme autres condisciples il y avait Vulcain, Myrtil, Robert Lediable, Pierrick de La Rave, Tristan, Machaon, Petit Sylvain, Alex Anor, Flambé… Ce sont des enfants. 

- C’est dans « Le Petit Nicolas » ? 

- C’est plus court qu’un roman ou même qu’une nouvelle. C’est une chanson. 

Elle n’a pas trouvé. Et vous ?

 ***

 Ce sont trois des élèves du « Lycée Papillon » de Georgius. J’aurais pu gagner 45 euros si j’avais envoyé la question sur carte postale à Roger Lanzac au cirque Pinder ou à Lucien Jeunesse à la Maison de la radio mais ils m’auraient retourné un chèque en francs et cette monnaie n’a plus cours de nos jours. 

J’aurais pu vous la chanter aussi, la bluette, mais s’il vous plaît, relisez ma première phrase : comme tous les gens qui vivent leur vie avec la légèreté du lépidoptère, je manque de temps ! 

J’ai juste pris celui de retrouver la photo de classe. Qu’est-ce qu’on était beaux quand même ! Je suis le troisième assis en partant de la gauche. Croyez-moi, je ne suis pas un imbécile, j’ai même de l’instruction !

 


La Chanson hypocalorique (Défi du samedi n° 850)

 

Alphonse Allais a écrit : "Faut du Baudelaire, c'est entendu, mais pas trop n'en faut !".

Les calories et surtout les kilocalories, c'est pareil. C'est déjà ce que constataient, en 1978, Claude Lemesle et Alice Dona dont je suis très content de reprendre, pour vous, avant les repas de fêtes qui se profilent,  "La chanson hypocalorique".




J'arrête ! (Défi du samedi n° 849)

Mais il veut rire, l’oncle Walrus ? Il ne manque pas d’air en espérant me voir jeter sur le papier un long texte bien étiré sur ce rite imbécile qui consiste, aux mariages, à retirer avec les dents la jarretière de la mariée !


Ce n’est pas que je redoute l’ire de nos amies écrivantes, que je craigne qu’on me jarte de ce bienheureux terrier du Défi où il fait bon être. Que je me tire à l’autre bout de la terre, sur les bords du lac Erié, ou que je veuille me mettre au vert en Eire ou à Jarrie en Isère n'est pas dans mes projets ; mais jouer le reître masculiniste à nouveau en évoquant avec plaisir et salacité ce qui se situe au-dessus du rohmérien genou de Claire ou sous les souchoniennes jupes des filles, cela fait de ma part l’objet d’un rejet certain.

 


Tant pis si l’on rit de moi mais désormais ma parole sera rare, je ferai le tri et je ne réerai pas, je ne bramerai plus, du moins en public, mon goût pour les fanfreluches, bagatelles, bigoudis, choses de l’amour et du sexe. Une autre ère s’est ouverte : il faut se tenir ferme sur son jarret partout où l’on va, assurer ses arrières : l’accusation de sexisme est là, terrée dans l’ombre, à un jet de pierre, prête à vous tomber dessus dès que vous écrivez le mot « soutien-gorge » ou « porte-jarretelles ». 


 J’ai donc procédé cette semaine à un tir en touche et je suis allé errer un moment dans la notice de l’ordre de la jarretière chez Madame Wikipe où j’ai retrouvé le bon chevalier Saint-Georges. J’ai aussi rejeté l’idée de réitérer une variation sur son dragon mais j’ai été séduit par l’histoire d’Edouard III :

 « Le 23 avril 1348, lors d'un bal à Calais, il dansait avec sa maîtresse, la comtesse de Salisbury. Celle-ci ayant, en dansant, fait tomber sa jarretière, le roi, galamment, la ramassa sous les quolibets des danseurs, la mit à son propre genou et coupa court aux railleries par ces mots : « Messieurs, honi [sic] soit qui mal y pense. Ceux qui rient maintenant seront très honorés d'en porter une semblable car ce ruban sera mis en tel honneur que les railleurs eux-mêmes le chercheront avec empressement. ».


 Rira bien qui rira le dernier ! Et l’amour des hochets dans la perfide Albion qui n’a toujours pas connu de « Ah ! Ça ira ! » est tel que cet ordre chevaleresque perdure encore aujourd’hui !


Je vous gratifierais bien ici d’un « Ite missa est » mais avant que l’échelle soit tirée, je vous fais cadeau d’un rai de lumière sur la présence du morceau musical ci-dessous. Il est signé Ken Hensley, s’appelle « The Park » et est tiré du deuxième album du groupe de rock Uriah Heep intitulé « Salisbury », sorti en 1971 !


 Au jeu de marabout-bout de ficelle des mots du Défi, on retire toujours quelque chose, ne serait-ce que de la nostalgie !