Encore un truc effrayant ! (Le Défi du samedi n° 935)





Sur la route de Rennes à Redon, traversant le ciel blanc au milieu d’un triangle rouge, le cerf volant participe du présent en attirant notre attention sur le danger de la situation : s’il vient l’idée mirobolante à l’animal sauvage de se sortir du bois pour venir se mettre en travers de ton chemin, sois prudent, ne reste pas les bras ballants ! Évite de t’empaler sur le volant en pilant : ce serait drôlement chiant de finir en fauteuil roulant à cause d’un accident… avec un cerf volant !

***

La langue française est affolante, horripilante, exaspérante. Excellant parfois dans son maniement, j’ai trouvé excellent ce jour, le 6 du mois courant, de pousser le participe présent dans ses retranchements.

Le participe présent est un temps de verbe dont on trouve un exemple en écoutant un mec collant et peu galant, Michel Sardou, qui s’illustra un temps dans la goualante du pauvre Jean en chantant cette chanson qui porte le titre « En chantant ».

Il se trouve que ce temps de verbe, bien que du genre invariable, est passablement mutant.

1)

Il peut à l’occasion devenir un adjectif ; on le nomme alors adjectif participe. Il s’accorde alors en genre et en nombre.

Qui de vous n’a jamais appelé l’horloge parlante pour écouter les trois taupes ?

Quel OVNI êtes-vous si vous n’avez jamais entendu parler de soucoupes volantes ?

Charles Trénet et Jacques Higelin n’étaient ils pas des fous chantants (ou des fous chantant dans une langue chantante ?)

Votre villa flambant neuve au Cap Ferret est-elle devenue un château branlant ?

Combien y avait-il de moutons bêlants dans le troupeau de Panurge ?

Qui ne connaît pas le tableau nommé « Impression soleil levant » ? Passez la Monet ! Et notez qu’on peut dire aussi « pont-levis » mais pas « soleil couchis » !

Qui ignore encore les marais salants de Guérande, les Étoiles filantes des Cow-boys fringants, les drôles d’oiseaux que sont les chats-huants, les fromages puants, les nœuds coulants, les cités riantes, les erreurs criantes, les situations chiantes, les résultats brillants, le pays du soleil levant, les crèmes bronzantes, les récits poilants, la revue « Métal hurlant », les portes coulissantes, les textes hilarants, un mec chaud bouillant, les trucs époustouflants, les Pieds nickelés épatants, le cinéma parlant ?

2)

Le participe présent peut aussi être utilisé comme un nom commun. Voici quelques exemples relevés dans le langage courant (mais sur place!) : nettoyant, anesthésiant, encombrant, enseignant·e, étudiant·e, gueulante, tournante, démêlant, militant, exécutant, excitant, tenants, aboutissants.

Assez bizarrement on a aussi le commandant, le lieutenant et l’adjudant alors qu’il n’existe pas de verbe « lieutener » et « adjuder ».

Pourquoi dans ces conditions écrit-on « le précédent » et le « président » alors que « précéder » et « présider » existent ? Est-ce un incident, un accident, un antécédent fâcheux ? Est-ce pour cela que j’hésite toujours sur l’orthographe de résident/ résidant ?

3)

Le participe présent peut aussi, mais très rarement, être utilisé comme nom propre, surtout s’il s’est lavé les mains :

Jacques Faisant
Jeanne Calmant
L’Agonie de la Sémillante

On m’objectera que Jacques Faizant s’écrit avec z, Jeanne Calment s’écrit avec un e et que le verbe « sémiller » n’existe pas. J’objecterai que si, je viens de l’inventer. Il signifie « hausser les épaules et secouer la tête horizontalement, très vite, en gardant le silence et levant les yeux au ciel pour signifier « Votre question (ou remarque) est vraiment trop bête ! » ».

Exemple :

« Si on vous demande qui a peint l’Angelus, sémillez ! »

***

Notez bien que Michel Vaillant, Magellan (même en se flagellant), Jacqueline Maillan, le chevalier de Pardaillan, François-René de Chateaubriand n’ont aucun rapport avec le participe présent. Ils et elle sont d’ailleurs passé·e·s de mode.

Le yatagan, le catogan, le chambellan, les Uhlans, le brelan, les ortolans et les deux ronds de flan ? Pas plus !

On n’a jamais vu Bob Dylan dealant près du menhir du Champ Dolent dans un costume seyant de troubadour foléyant. C’eût pourtant été amusant !

Ce qui nous amène à cet autre mystère orthographique : l’étendard est sanglant et levé mais le verbe sangler n’a rien à voir du tout avec le sang impur qui abreuve nos microsillons.

L’ennemi est sanguinolent et non sanguinolant parce que le verbe « sanguinoler » n’existe pas (j’ai eu la flemme de l’inventer !)

Mais alors expliquez-moi pourquoi, en bout de lecture de ce texte, vous semblez somnolent·e et non somnolant·e alors que le verbe « somnoler » existe ?


P.S.   Sigmund Freud s’est rendu célèbre en bâtissant toute une théorie à partir de l’inconscient. Était-il conscient de ce que cela avait de sciant et surtout de chiant pour les astrologues d’Évian qui ne buvaient que du vin et qui du coup passèrent pour des devins déviants ?

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