Un Farceur à contre-emploi (Défi du samedi n° 840)

 

Depuis plus de quarante ans que je fréquente la Bretagne, le marqueur ultime de l'automne est pour moi la foire teillouse de Redon. C'est une foire aux marrons, en fait aux châtaignes, enrobée de concours de chants, de sonneurs (les joueurs de biniou et bombarde du genre d'Assurancetourix), de coups de cidre ou de bière à la taverne des marins et dans les bars, de concerts ici et là, de festou-noz etc. On appelle cela aussi la Bogue.

C'est d'abord un rendez-vous familial annuel et j'ai pris l'habitude d'aller présenter, au grenier à sel local où se déroule une scène ouverte nommée "Apéros poétiques", mon travail de poète-chansonnier.

On m'attend au tournant là-bas parce que, comme je l'ai fait ici souvent, j'amène des choses déjantées ou drolatiques.

Cette année, je vais leur faire une farce. Une farce au 36e degré. Je vais leur chanter "Pensées des morts", un poème d'Alphonse de Lamartine mis en musique par Georges Brassens. C'est drôle, non ?




Pas encore tout à fait amnésique. 8, Je viens du Sud (Défi du samedi n° 783)

 26 août 2023


Pas encore tout à fait amnésique. 8, Je viens du Sud (Joe Krapov)


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Au Sud de la Loire, est-ce déjà l’Afrique ? Ou bien les gens là-bas ne sont-ils tous que des fadas ?


Notre bistrot-mémoire de la semaine sera consacré aux habitants de ces régions où l’eau est si rare que c’est criminel de boucher les sources et que c’est un délit de jouer comme sur cette photo à l’arroseur arrosé (un film des Frères Lumière, natifs de Besançon donc hors sujet !). Amusons-nous avec les gens venus du Sud !


A tout seigneur tout honneur, je viens de rendre hommage sur le site Filigrane à Marcel Pagnol dont j’ai redécouvert « L’Eau des collines » grâce à Jacques Ferrandez, bédéaste bath. Je connaissais les deux films de Claude Berri et surtout la trilogie « Marius » « Fanny » « César » avec son « Tu me fends le coeur ! » de la célèbre partie de cartes. Je peux ajouter les célèbres "moutonsses" de Louis Jouvet dans « Topaze » mais je ne sais pas trop ce que c’est que le « Schpountz » ni qui est « Merlusse ».


Un autre zélateur de la Provence, Monsieur Alphonse Daudet, est né à Nîmes. On connaît bien les lettres de son moulin, sa chèvre de Monsieur Seguin, son curé de Cucugnan, bien plus que le hussard sur le toit – quelle idée de monter là-haut par 38° ! - de M. Giono dont je n’ai rien lu. Je zapperai également M. René Char de L’Isle-sur-la-Sorgue dont les oeuvres poétiques ne figurent pas sur ma table de chevet.


Mais je n’oublierai pas en chemin Alibert et Darcelys, leur Petit cabanon et leur Partie de pétanque ni Fernandel avec son répertoire plus parisien et plus coquin : Félicie aussi, L’Ami Bidasse, La Caissière du grand café, Barnabé, Ignace, La Bouillabaisse.


Parmi les figures marseillaises plus récentes que Marius et Olive et que la sardine qui bouche l’entrée du port et fait jaser sur la Cane Cane Canebière, il y a bien sûr Robert Guédiguian et sa bande, Ariane Ascaride, Jean-Pierre Darroussin, Gérard Meylan (Marius et Jeannette) et aussi Emmanuel Mouret (Caprice, L’Art d’aimer, Changement d’adresse) qui prolonge au cinéma l’art de Marivaux et la veine d’Eric Rohmer.


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Décalons-nous un peu à l’Ouest. Arrêtons-nous à Sète et avouons que nous connaissons plus de chansons de Georges Brassens que de poèmes de Paul Valéry. Rappelons-nous le séjour que nous y fîmes, la visite du cimetière marin, de Bouzigues et le vent qui aurait emporté le chapeau de Mireille (Mathieu?) le dernier jour. Tramontane et Mistral ne tournent pas la tête aux gens au nord de la Loire : ici les vents n’ont pas de nom.


A Narbonne est né le fou chantant, Charles Trénet. « Douce France », « Boum », « L’Âme des poètes », « Le Jardin extraordinaire », « Le soleil qui a rendez-vous avec la lune » et la bonne qui se donne du plaisir avec une passoire. Encore un joli fada, dites donc !


Castelnaudary nous a donné Pierre Perret qui ne nous fait plus vraiment rire avec ses dernières provocations mais dont nous avons aimé « Lily », « Le Café du canal », « Blanche », « Le Facteur », « Quand le soleil entre dans ma maison » et « Donnez-nous des jardins ». Toutes ses gauloiseries, « Estelle », « C’est le printemps » ou « Le Zizi » furent bien nécessaires et appréciées à l’époque opaque où elles sortirent mais sont redevenues taboues aujourd’hui où le monde l’est (à bout, le monde est à bout).


Chez les Piscénois, à Pézenas nous avons hérité de Boby Lapointe, sa Maman des poissons, ses avanies, ses framboises, ses virées en Aragon et en Castille avec un sentimental bourreau, son père et ses verres, sa méli-mélodie. Un personnage unique en son genre, admirable en tout.


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A Lagrasse est né Charles Cros, auteur du "Hareng saur" et des délicieux poèmes du "Collier de griffes" et du "Coffret de santal" ainsi que du « Sidonie a plus d’un amant » de Brigitte Bardot.

Montpellier nous a donné Léo Malet, le créateur de Nestor Burma. Toulouse a vu naître et chanter Claude Nougaro ("Je suis sous sous sous sous ton balcon", « Cécile ma fille », « Ô Toulouse », « Le Coq et la pendule », « Le Jazz et la java », « Armstrong »)


Montcuq fut le dernier refuge de Nino Ferrer et de sa Mirza. Il y habitait la maison près de la fontaine, dans le Sud de la ville et oublia toujours – quel cornichon ! - son parapluie quand il partait en pique-nique.


Bergerac nous a donné Cyrano mais la célébrité de ce Savinien lunatique est surtout due à la plume d’Edmond Rostand, autre Marseillais notoire.


L’Auvergne nous a donné Fernand Raynaud sans lequel la blogosphère belge ne serait pas ce qu’elle est !


Le Limousin nous a fait cadeau de Raymond Poulidor, la Vendée de Yannick Jaulin et Saint-Etienne a sorti de son chaudron magique un Bernard Lavilliers aux mains d’or.


Tchic a tchic a tchic aïe aïe aïe ! J’ai failli oublier le pays basque et Luis Mariano, sa Belle de Cadix, son Mexico et son Rossignol de ses amours !


De même que Tino Rossi (Catarinetta bella tchi tchi !), i Muvrini et « L’Affaire corse », une enquête de Jack Palmer par René Pétillon. 



Je sais que François Mauriac est associé à Bordeaux mais je m’en fiche ! Sa littérature n’est pas ma tasse de thé et Thérèse Desqueyroux, si elle ne me sert pas des grands crus qui font des petites cuites ou même le petit Bordeaux clairet de la supérette voisine, elle ne m’intéresse pas !


Je ne franchirai pas les Pyrénées d’où j’aurais pu ramener Salvador Dali et Carlos Nunez. Je ferai l’impasse sur l’Italie qui mérite un chapitre à part ! Des Grecs et des Pieds-noirs, je sauve pour terminer Angélique Ionatos et Georges Moustaki, Guy Bedos, Jean-Pierre Bacri, Georges Wolinski et surtout Enrico Macias qui a si bien chanté… les gens du Nord … de la Loire !




Que sont devenus Quick et Pfluke ? (Défi du samedi n° 839)

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« Quand on a rien à dire et du mal à se taire
On peut toujours aller gueuler dans un bistrot,
Parler de son voisin qui n'a pas fait la guerre,
Parler de Quick et Pfluke et de l'oncle Julio ! »

Si les trois premiers vers sont de Bernard Dimey le quatrième est une plaisanterie, une zwanze d'un non-Bruxellois.


Mais qu'est-ce que ça veut dire, maintenant que nous vivons dans le village mondial, un gentilé comme "Bruxellois" ? Qu'il n'y a plus d'universel ? Qu'il y a un humour juif new-yorkais, des cafougnettes ch'ties, des Pagnolades provençales, des zwanzes ? Que le nombril du monde est à Pougne-Hérisson, en Vendée ? Que nous sommes condamnés à agir ou réagir localement face aux horreurs de ce monde ? Ce n'est plus l'Homme qui rit ? C’est un imbécile heureux qui est né quelque part ?

 

Et donc ce serait une utopie que ce Tintin, l'homme qui vient à bout de tous les méchants de la planète non par sa force et son courage mais parce qu'il est entouré de farfelus notoires dont un capitaine alcoolique et confectionneur d'injures gratinées à ses heures ? 

Je connais trop peu la Belgique pour savoir ce que représente réellement ce concept de zwanze mais j'imagine très bien que la présence constante du Manneken-Pis dans la capitale des institutions européennes relève certainement de cet esprit, de cette vision des choses ou attitude-là.



Le gamin qui montre sa quéquette à tous les passants, qui pisse et laisse pisser les querelles des adultes à la Commission où Dame Ursula VDL et Sir Thierry B. se chiffonnèrent, c'est - toutes proportions gardées ! ;-) - comme ces marins du port d'Amsterdam qui pissent comme je pleure sur les femmes infidèles. On est bien encore dans la Belgitude, là, non ?

Eh bien sortons-en, non sans évoquer une autre chanson de Jacques Brel, "Les Bourgeois" ! Car ils ont grandi, Quick et Flupke ! Si le premier est devenu célèbre avec sa chaîne de magasins où l'on vend des burgers, le deuxième semble s’être perdu dans l'anonymat des adultes qui font leurs petites affaires avec leur petite auto. En fait pas du tout ! Le deuxième « crapuleux de ma strotje » continue de jouer les plaisantins mais, maintenant, dans le domaine de la littérature. Il est devenu écrivain et s'est fait connaître sous le nom de Julio Cortazar.


 


Dans celui de ses livres que je lis actuellement il raconte l'histoire d'un Argentin de Carcassonne à la voix bandonéante, émigré à Paris dans les années 1960. Cela s'appelle « Marelle » et c'est le bouquin le plus original, au moins pour sa façon d'être lu, que j'ai jamais eu à parcourir.

 

Je vous livre son mode d'emploi :

A sa façon, ce livre est plusieurs livres mais en particulier deux livres. Le lecteur est invité à choisir entre les deux possibilités suivantes :

 Le premier livre se lit comme se lisent les livres d’habitude et il finit au chapitre 56, là où trois jolies petites étoiles équivalent au mot « fin ». Après quoi le lecteur peut laisser tomber sans remords ce qui suit.

 Le deuxième livre se lit en commençant au chapitre 73 et en continuant la lecture dans l’ordre indiqué à la fin de chaque chapitre. En cas d’incertitude ou d’oubli, il suffira de consulter la liste ci-dessous.

 

73 - 1 - 2 -116 - 3 - 84 - 4 - 71 - 5 - 81 - 74 - 6 - 7 - 8 - 93 - 68 - 9 - 104 - 10 - 65 - 11 - 136 - 12 - 106 - 13 - 115 - 14 - 114 - 117 - 15 - 120 - 16 - 137 - 17 - 97 - 18 - 153 - 19 - 90 - 20 - 126 - 21 - 79 - 22 - 62 - 23 - 124 - 128 - 24 - 134 - 25 - 141 - 60 - 26 - 109 - 27 - 28 - 130 - 151- 152 - 143 - 100 - 76 - 101 - 144 - 92 - 103 - 108 - 64 - 155 - 123 - 145 - 122 - 112 - 154 - 85 - 150 - 95 - 146 - 29 - 107 - 113 - 30 - 57 - 70 - 147 - 31 - 32 - 132 - 61 - 33 - 67 - 83 - 142 - 34 - 87 - 105 - 96 - 94 - 91 - 82 - 99 - 35 - 121 - 36 - 37 - 98 - 38 - 39 - 86 - 78 - 40 - 59 - 41 - 48 - 42 - 75 - 43 - 125 - 44 - 102 - 45 - 80 - 46 - 47 - 110 - 48 - 111 - 49 - 118 - 50 - 119 - 51 - 69 - 52 - 89 - 53 - 66 - 149 - 54 - 129 - 139 - 133 - 140 - 138 - 127 - 56 - 135 - 63 - 88 - 72 - 77 - 131 - 58 - 131

Je suis admiratif de cette plaisanterie structurelle ou structuraliste. J’ai quand même un regret. La prose de Julio Pfluke est très poétique, très mystérieuse, envoûtante même, mais à part le chapitre 23 où le personnage principal raccompagne chez elle une Castafiore de banlieue tout le reste du bouquin est assez intello et, parfois, horriblement chiant !

 C'est pourquoi j'attends avec impatience les contributions "made in Belgium" de ce Défi du samedi. Elles au moins ne seront dépourvues nid de légèreté, nid d'ironie, nid d'hirondelle et je ne corrige pas, dans cette dernière phrase, l'orthographe de Monsieur Dictation.io à qui j'ai confié ce texte !

Pas tout à fait encore amnésique. 14, Bateaux


A l'heure où je tape ces lignes, mon ordinateur habituel est chez le réparateur qui officie un peu plus loin sur le trottoir d'en face. Mon radeau de la Méduse a été remis en état mais mes fichiers de travail ont peut-être disparu. Le mécanicien recherche les naufragés. 

Voilà. Arraisonné par un pirate, mis en quarantaine par un méchant virus, je ne puis surfer sur Internet et sur les flots que sur un ordi-tablette pas vraiment fait pour ça. C'est la galère. 

Tous ces flottements, ces tentatives de sauvetage de ma cargaison de photos et de chansons ne m'ont laissé que peu de temps pour évoquer mes souvenirs de navigation. Car j'en ai quelques uns, même s'ils sont très peu avouables car très communs. J'ai beau connaître un large répertoire de chants de marins, je ne suis jamais monté sur une goélette, une frégate, un paquebot, un porte-avions, une baleinière, un trois-mâts barque, dans un hors-bord, sur une yole, un yacht ni même une gondole ou un bateau-mouche. 

Si ma mémoire est encombrée par des noms de navires de ce fait bien inutiles, le Pequod du capitaine Achab, le Tirpitz (coulez-le !), le Koursk (coulé !), le cuirassé Potemkine de Sergueï Eisenstein, le Nautilus du capitaine Nemo, la Santa Maria, la Pinta et la Nina de Christophe Colomb, La Cacahuète de Pepito, le Sovereign of the seas, le Queen Elizabeth II, le France, le Belem, la Calypso du commandant Cousteau, le Pen Duick d'Eric Tabarly, L'Hermione de Lafayette, l'Arche de Noé, le Yellow submarine des Beatles, le Karaboudjan du capitaine Haddock et la Licorne de son ancêtre, le Polarlys et la Providence de Georges Simenon, le Mayflower, l'Exodus, les catastrophiques Titanic, Costa Concordia et Pourquoi pas ? du commandant Charcot, je reste personnellement un marin au très petit pied. C'est que, trouillard de nature, je ne suis pas encore sûr que ô maman, les petits bateaux ont des jambes pour y enfiler leur slip de même marque. 

Ma dernière traversée fut celle du lac de Vassivière - dix minutes sur un petit rafiot sans nom. En 2017 j'ai fait une grande croisière... sur la Meuse mais j'ai zappé le clair de lune à Maubeuge ! J'ai pris le bateau pour les îles bretonnes et autres : Groix, Belle-Île, Bréhat, Sein, Ré, Batz, l'île aux Moines, Jersey, Guernesey, Chausey et je suis même allé à Chioggia en passant par le bout du monde. La pire traversée fut celle vers l'île d'Yeu où nous étions assis près de la poubelle où l'on venait jeter les sacs de vomi ! On a tenu bon, godillé sans dégobiller ! 

Mon bateau préféré reste le vaporetto de Venise, surtout celui qui parcourt le Grand Canal (le 1 ?) et le "circolare" (le 5 ?) qui fait le tour de la ville en passant par l'Arsenal.

A part cela j'adore photographier les bateaux dans les ports où je vais et les barques et péniches sur les rivières que je longe.

Mais au sortir de la très pluvieuse Ballade avec Brassens à Rennes, j'avoue que mon embarcation favorite a pour nom "Les Copains d'abord" ! 

Moyennant quoi je vous gratifierai, pour terminer du "Petit bateau de pêche" emprunté à Paul Misraki.



Pas tout à fait encore amnésique. 13, Jaune

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C'est entendu, nous sommes tous des hommes - et des femmes - de couleurs. Il y a des peaux-rouges, des xanthodermes - si, si, c'est ainsi-si qu'on appelle celles et ceux qui ont la peau jaune -, des noirs qu'il ne faut surtout pas appeler nègres, des Mexicains basanés, des bronzés qui font du ski ou pas, des blancs qui ne le sont jamais tout à fait et si Elon Musk va sur Mars, nul doute qu'il y rencontrera des petits hommes verts.

Les xanthodermes, pour ne parler que d'eux, nous en font voir de toutes les couleurs. Leur peau est jaune mais le petit livre des Chinois est rouge  comme l'Orient de leur premier satellite et pour les Japonais c'est le rond sur fond blanc de leur drapeau qui flamboie.

On a beau vivre en France ou en Belgique, c'est à dire quand même assez loin de l'Asie, on en trouve partout, des xanthodermes. Il y en a dans "Le Lotus bleu", un album d'aventures dessinées d'un célèbre petit reporter belge et aussi dans "Tintin au Tibet". Celui-là est devenu célèbre et s'appelle Tchang. On connaît aussi bien sûr les blanchisseurs dans le Far-West de Lucky Luke ainsi que, dans le journal de Tintin, l'honorable Taka Takata.


Les Japonaises les plus connues s'appellent toutes Yoko : Yoko Tsuno, Yoko Ono, Yokohama... Je dois être le seul Beatlemaniaque sur la place de Rennes à avoir acheté, au siècle dernier, les disques de la deuxième, artiste performeuse bien givrée et compagne de John Lennon. Son album "Mother" est pratiquement inaudible, je ne l'écoute jamais mais je tiens à le conserver jusqu'au bout comme étant la chose la plus moche de ma collection. L'album "Live in Toronto" où elle ne fait que gémir et crier cachée sous un drap pendant que les autres chantent est du même acabit mais j'adore les deux albums  où elle est accompagnée par les musiciens du groupe "Elephant's memory", surtout le double, "Approximately infinite universe". Sur la pochette de "Feeling the space", son visage a remplacé celui du sphinx de Gizeh. Encore plus pyramidale que M. Pei du Louvre Paris, la dame !




Doit-on déduire de l'existence de ce personnage incroyable que tous les xanthodermes sont terrifiants ? Les gardes rouges, la révolution culturelle, le maoïsme, les supplices chinois, les sudoku, takuzu et autres kemaru sur lesquels, par pur masochisme intellectuel, je me précipite le dimanche matin en sont-ils la preuve effective dans la réalité ?

Dans la littérature nous avons aussi été très gâtés avec le Fu Manchu de Sax Rohmer, L'Ombre jaune et Miss Ylang Ylang dans Bob Morane (Henri Vernes) et il faudrait que je relise ou revoie "Les Tribulations d'un Chinois en Chine" de Jules Verne parce qu'on ne se souvient plus que de la présence de Jean-Paul Belmondo dans ce film-là.
 


Si l'Asie est devenue l'usine du monde et nous approvisionne en toutes ces sortes de technologies qui facilitent nos échanges - ordinateurs, téléphones, appareils photos, trottinettes, sauce de soja, nems et nuoc mam - n'oublions pas que nous lui devons aussi  l'échappée en solitaire de Raymond Covid, dossard n° 19, au sommet du col de Wuhan en 2020, Gengis Khan et Tamerlan, Bruce Lee et son kung-fu, Jackie Chan, Albator et consorts dans la télé de Dorothée, Mishima et son empire de l'indécence, la grippe asiatique, le casse-tête chinois, le haïku, les origamis, l'ikebana ainsi que les très peu drôles kamikaze, hara-kiri et yakuza. Il n'y a pas de yin sans yang si j'ai bien tout compris, de même qu'il y a des magasins Japanim partout, que les dernières lectures des jeunes gens d'aujourd'hui s'appellent des mangas et qu'ils sont tellement pressés de connaître la fin qu'ils commencent par lire la dernière page du livre !

Pour terminer ce billet sur une (autre) note xénophobe - c'est très bien vu par ici, la xénophobie, ces temps-ci ! - et bien que je ne sois pas là pour raconter ma vie, je vous apprendrai que depuis plusieurs années nos voisines du dessous sont des étudiantes chinoises qui restent une année à Rennes et repartent une fois leur cursus terminé. Je ne sais pas pourquoi elles viennent faire leurs études en France vu qu'elles ne parlent qu'en anglais et que, c'est vrai, toutes les enseignes de Rennes portent des noms anglais. En même temps c'est tellement dur de traverser la Manche et les affairistes français ont si peu à coeur d'aimer leur propre pays et leur propre langue que l'impérialisme britannique a emprunté le tunnel et continue de sévir ici plutôt qu'à Pékin : les cours de la "Rennes school of Business" sont dispensés à 100%  en anglais.

Pô grave, tout ça. Tiens le disque de Ray Ventura est terminé, je m'en vais retourner le vinyle !



N.B. Je m'aperçois que j'ai oublié de mentionner des gens à peau jaune qui ne sont pas asiatiques : Jaunisse Guitarsse, Jaunisse Weissmüllersse, Jaunisse Hallydaysse, Bob L'éponge, Les Simpson, "Le Chien jaune" de Georges Simenon, "Les Amours jaunes" de Tristan Corbière et que j'aurais pu vous chanter"  Nuits de Chine", "La Baya" ou "La Petite Tonkinoise". Ce sera pour une autre fois !

99 dragons : exercices de style. 82, Jargon échiquéen

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- Bien sûr, si tu veux monter une attaque Saint-Georges il faut que ton adversaire qui a les noirs ait développé son fou en fianchetto.
 

- ??? 

- Il faut qu'il ait avancé son pion en g6 et mis son fou en g7 pour contrôler la grande diagonale a1-h8. Cela se produit quand il applique la défense Pirc ou yougoslave, la défense moderne ou bien évidemment la variante du dragon de la Sicilienne.

- ??? 

- La variante du dragon de la défense sicilienne (1.e4 c5 2.Cf3 d6 3.d4 cxd4 4.Cxd4 Cf6 5.Cc3 g6) a été nommée ainsi en raison de sa férocité et de sa ressemblance avec la constellation du dragon. Son code ECO est B7X : très analysée, elle occupe à elle seule les références B70 à B79, soit une cinquantaine de pages de l'Encyclopédie des ouvertures d'échecs (quatrième édition). La variante du dragon semble être l'une des plus vieilles variantes de la défense sicilienne ouverte. Elle aurait été baptisée variante du dragon en 1901 à Kiev par le maître russe Fiodor Douz-Khotimirski qui s'intéressait beaucoup à l'astronomie et trouvait que la structure de pions d6-e7-f7-g6-h7 avait quelque ressemblance avec la constellation du  dragon. 

- ???


- Oui, tu as raison, revenons à l'attaque Saint-Georges. Dans son livre "Une boussole sur l'échiquier" l'entraîneur Xavier Parmentier l'a baptisée "attaque sourire de bébé" tellement elle est naturelle et simple à mettre en pratique. On peut la trouver aussi sous le nom d'attaque yougoslave ou d'attaque Saint-Georges en référence au martyr chrétien du même nom représenté en train de terrasser un dragon. Dans la sicilienne c'est le fou en fianchetto qui fait office de cracheur de feu. Elle aurait tout aussi bien pu porter le nom de Bobby Fischer tant le champion américain en avait fait une arme terrible. Une de ses formules est restée dans les annales. Avec une telle attaque, même un enfant de 10 ans pourrait battre un grand maître. Il suffit de jouer h4-h5, toc, toc, et c'est mat.

- ???

- Bien sûr, il faut tenir compte de la pendule et veiller à ne pas se retrouver en zeitnot ou en zugzwang dans la finale surtout si tu joues en blitz ou dans un départage en armageddon. C'est quoi ton classement ELO ?

- ???

- Mais tu bites vraiment rien au roi des jeux, toi, hein ? Pourquoi tu t'es incrusté pour kibitzer l'analyse post-mortem ? T'as une question à poser, petit Hans ?

- Oui. Je voudrais savoir où on peut s'acheter un plug anal pour pouvoir tricher dans un tournoi ? 

- Un tournoi d'échecs ? 

- Non, de belote.


 

N.B. La plus grande partie de ce dialogue est tirée de l'article "Variante du dragon" de  Wikipedia et du livre "Mon premier répertoire d'ouvertures avec les blancs" de Vincent Moret (Montpellier : Editions Olibris, 2016).

Se battre contre son grenier (Défi du samedi n° 835)


Lui, je l’ai reconnu tout de suite : le beffroi de Bruges ! 

Je me suis souvenu de lui sous un autre éclairage et pour cause : c’était la nuit et c’était après la pluie. Sur ma photo les lampadaires fabriquent d’étonnantes étoiles et c’est peut-être ça aussi la photographie : écrire avec de la lumière le monde autrement qu’il n’est vraiment, arrêter le temps sous forme d’une image rien qu’en déclenchant.



Sur une autre de mes photos le beffroi apparaît plus blanc mais bon, c’était il y a trente et un ans et la pluie ne fait pas que laver les bâtiments. Même si elle ne tombe que très peu en Bretagne, elle n’est utile qu’aux jardins. Elle ne saura pas m’expliquer, cette noyeuse de François Hollande et gâcheuse de cérémonie d’ouverture, pourquoi j’ai retrouvé au grenier, dans mon dossier « Dix sonnets à la gloire de Bruges », des tirages photographiques sur papier couleurs d’après diapos que j’ai dû reproduire à nouveau pour mon projet : les photos en question ne sont pas dans les quatre boîtes de diapositives que j’ai scannées et étaient donc absentes de mon disque dur ! D'où sortent-elles ? 

Mais je ne suis pas là pour raconter ma vie, la combat de Saint-Georges contre son dragon, celui de Joe Krapov contre son grenier… Quoique ! Cette dernière proposition d’écriture de l’été de l’oncle Walrus aura eu un effet positif et pour moi et pour vous : j’ai retrouvé des textes d’une époque où je n’étais que poète, photographe et aquarelliste ! 

J’en ai fait un joli « zibouque » dont je vous fais cadeau tout en lançant bien fort à nouveau mon fameux cri d’amour fou : « Vive la Belle gigue ! ». 

A vos tablettes !

 

https://www.mediafire.com/file/llre45liqthznab/Joe+Krapov+-+Dix+sonnets+à+la+gloire+de+Bruges.pdf/file

See Emily play (Défi du samedi n° 834)

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Il y en a une qui est limonade et l’autre qui est plutôt Coca ?

Laquelle préfère la salade de tomates aux macaronis assaisonnés de bon pesto ?



Il y en a une qui est banane et l’autre préfère l’ananas ?

L’une aime le judo – bienheureux tatami ! - et l’autre le dada – encore un tour de manège ! - ?

 

Laquelle est agile ? Laquelle est véloce ? Toutes deux vives et malines ? Toujours prêtes à rire et à voyager ?

Il y en a une qui préfère lire et l’autre qui aime mieux aller au ciné ?

 


Laquelle appelle le plus souvent Grand-père pour qu’il lui serve de taxi ?

Ont-elles vu « Pépé le Moko » ? «Ont-elles lu « Nana » de Zola ? « Lolita » de Nabokov ? « Madame Bovary » ? Ou ne lisent-elles qu’Amélie N. ? Astérix, Obélix et Idéfix les font-ils rire de façon égale toutes deux ? Ont-elles aimé « Charade » de Stanley Donen avec Audrey Hepburn et Cary Grant ? Ont-elles été choquées par la Cène sur la Seine aux J.O. de Paris ?

 

Voudront-elles, plus tard, un mari, des bébés, une Maserati, un palace, avoir un jet privé ou mener une vie simple et normale ? Leurs goûts sont-ils plus modérés que ceux d’Elon Musk ?

Ont-elles, dans leur « dressing » ou plutôt «garde-robe », un kimono, un boléro, un caraco, un domino, des mini-jupes, des robes de bal, un pyjama rose bonbon ou du Chanel n° 5 de chez la Dame Coco ?

 

Iront-elles à Venise, à Megève, à Sète, à Madère, à Pise, à Tunis, sur la Côte d’Azur, sur la Côte d’Opale où Saint-Valery pique un somme ? Voir le lac Balaton ou le Colorado ? Escalader l’Himalaya ? Visiter la Lozère ? Y songent-elles parfois à leur bilan carbone ?

 

Laquelle des deux se couchera longtemps de bonne heure pour faire des rêves plus jolis ?

Est-ce que l’autre s’endormira mieux si elle cherche, comme Julio Cortazar et moi-même ce jour, des mots dans lesquels les consonnes alternent régulièrement avec les voyelles ?

 

L’une d’elles prendra-t-elle la relève pour animer un jour le Défi du samedi ?

Ont-elles déjà croisé sur la plage de Trestel un rigolo qui joue sur un ukulélé de plastique rose une chanson qui parle de petite-cousinade virtuelle ?

 


Je n’ai pas de réponse à toutes ces questions mais ce qui est plié comme un origami c’est que dans le coeur des parents comme dans celui des grands-parents aucune n’a la préférence, quelles que que soient leurs différences. Elles sont leur vitamine et leur fierté et c’est très bien ainsi, je vous en donne ma parole d’honneur de gars qui a élevé deux queniaux* !

 

* vocable utilisé pour « enfançon » dans la Sarthe, pas très loin de La Suze, verse m’en encore une, Roger **!

 

**« See Emily play » est un des premiers tubes du groupe Pink Floyd et est signée Roger Keith, dit Syd, Barrett à qui on doit aussi, sur son album solo le titre « Baby Lemonade ».



99 dragons : exercices de style. 81, Sévèrement siglé

 


-  S.O.S. ! S.O.S. ! Convoquez une A.G. ! Rameutez la BAC ! Appelez les C.R.S. ! Alertez le P.C. de Rosny-sous-Boa ! Prévenez le Q.G. ! La D.R.H. sur le pont ! Le P.D.G. au rapport !

- Qu'est-ce qui se passe encore, père Mathurin ?

- La S.D.F. est de retour !

- Encore cette Saleté de Dragon Fumant ? Nous sommes maudits ou quoi ? C'est inscrit dans son A.D.N. de revenir périodiquement nous emmerder à celui-là ? Il croit peut-être qu'il va avoir droit à une H.L.M., des A.P.L. et qu'il aura droit aux allocs de la C.A.F. ? Pourquoi pas un P.E.L. pendant qu'on y est ?

***

Bien évidemment, comme le dragon revient pour la 81e fois, le processus de déroute administrative est constaté avec un certain flegme par S.A.S. le régent du royaume de Lybie, Mohamed Ben Selakata, dit MBS.

C'est son premier ministre ou plutôt son grand vizir, Damir "Siouper" Kheutar, dit D.S.K., qui lui fait le point sur la situation :

- La moitié de la soldatesque est en R.T.T., l'autre moitié est en stage au F.B.I. et la troisième participe aux manoeuvres de la C.I.A (Confédération Interarmées Africaine). Le reste de l'effectif est H.S. à la suite du surcroît de boulot encaissé pendant les J.O.

- Il va donc falloir encore une fois faire appel à la I.N.R.I. Company ?

- Elle a changé de nom. Maintenant c'est la S.N.C.F., Société Novatrice de Christianisme Forcené.

- Ca va nous coûter bonbon et ils vont encore nous envoyer une fiotte B.C.B.G. habillée en Y.S.L. !

Depuis le temps que tout va mal dans son royaume Mohamed Ben Selakata est devenu un sultan insultant du genre Joe Biden ou Donald Trump : bon pour l'E.H.P.A.D., mûr pour l'H.P. !

- Désolé, Votre Majesté, mais les fois précédentes ils nous ont toujours bien tirés d'affaire. Sauf que cette fois nous n'avons plus un rond en caisse : notre C.B. est bloquée et j'ai perdu leur R.I.B. ! Même si je voulais verser ne serait-ce qu'un franc C.F.A. sur leur C.C.P. je ne pourrais pas. On n'a plus que trois mille milliards de dettes et nos yeux pour pleurer.

- Nous serions donc les inventeurs du S.P.D.P., le Service Public Défaillant Partout ? Cette S.D.F., LGBTQIA+...

- Plaît-il ?

- ... La Gueule de Bois Tordue Qui s'Invite A nos tables, c'est vraiment une plaie. Appelez leur S.A.V. aux cathos et dîtes leur que nous capitulons, que nous allons accepter cette fois de nous convertir à leur boniment.

- Nous y sommes hélas bien forcés ! Leur chevalier Saint-Georges a un C.V. d'enfer. C.A.P. de lanceur alerte de javelot, D.U.T. de pieds dans le P.A.F, C.A.P.E.S d'étrangleur de monstres au berceau obtenu dès son plus jeune âge contre l'Hydre de Lerne...

- Hola, D.S.K. ! Vous ne confondriez pas la Cène et le Banquet des dieux, d'un seul coup d'un seul ? Je crois savoir, du reste, qu'il ne s'agissait que de deux serpents !


***

S'ensuivent alors les habituels échanges d'injures, dignes de la B.D. "Le Concombre masqué" de Nikita Mandryka, entre Saint-Georges et le dragon :

- Ben dis-donc, la bête à Q.I. proche de 0, vas-tu encore longtemps venir nous polluer la V.M.C. de ton haleine pestilentielle ? C'est chez nous ici alors si tu tiens à tes os tu vas dégager ta Z.A.D. vite fait bien fait !

- T'as trop fumé de L.S.D., de C.B.D. ou trop pris d'E.P.O., San Giorgio ! Tu n'es pas de taille, jeunot ! Tu as encore du lait U.H.T. au bout de ton nez !

- Djeunns toi-même ! Retourne dans ta Z.U.P. réviser pour ton B.E.P.C. ! Profites-en pour revoir la législation sur le droit du sol, eh, affreuse chose ! C'est pas ton R.U. ici et tu n'as ni permis de séjour, ni carte du C.R.O.U.S.

- LOL ! MDR ! Un recalé de l'ENA reconverti en vigile de la S.N.C.F. qui se prend pour un émissaire de l'O.T.A.N. ! Va donc, eh, BHL en mort cérébrale ! Légionnaire romain de Petibonum ! SPQR code illisible ! Marge d'erreur de l'IPSOS ! Gros naze de la NASA ! Mets-la toi ou je pense ton OQTL (Obligation de Quitter le Territoire Lybien) ! 

- Allez, replie ton C.D.D. de mire de l'O.R.T.F. ! On n'en a pas besoin des M.S.T. ambulantes de ton espèce ! Rebranche ton G.P.S. et va faire ton A.V.C. ailleurs ! Remballe ton O.P.A. sur le troupeau d'ovins du père Mathurin. Nos AOP et AOC ne sont pas pour ton vilain museau, eh, mocheté S.G.D.G. !

***

Ensuite c'est, encore et toujours, le même vieux CD de la même vieille B.O. de ce nanar en DVD de la M.G.M. en V.F., cette suite d'onomatopées dans l'oeil, de coups d'estoc et de taille, de  lâcher de flammes olympiques jusqu'à ce que la bête se retrouve K.O. technique, complètement chocolat, charpie marronnasse juste bonne à fourrer dans des chocos BN pour kids n'ayant R.A.B. de l'histoire sainte et des exercices de style s'y référant.

Cruauté ultime, il n'y a aucune âme charitable pour l'emmener au C.H.U. passer une I.R.M. ou voir un O.R.L.. Mais enfin, que fait la S.P.A. ? Il y a urgence :  il se pourrait bien, comme on dit chez Claude Chabrol, que la bête meure !

Alors, percée jusques au fond du coeur d'une atteinte imprévue aussi bien que mortelle la saleté de dragon arrête de fumer et s'écroule.

Du cadavre de la bête, du flot de sang qui s'en est écoulé naît alors une fleur, une rose qui, comme dans la chanson de Françoise Hardy, courbe un peu la tête devant le dieu qui l'a faite.

- En vérité, je vous le dis, commente Saint-Georges pas peu fier de ce miracle-là, c'est ici le premier O.G.M. (Organisme Génuflexionnairement Modifié) de l'histoire !

CQFD !





Le Couvreur (Défi du samedi n° 832)

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Il vient d’arriver une tuile au Couvreur.

La tuile en question a la forme d’un courrier officiel de la ville de Colmar. Son contenu est déstabilisant au possible pour tout individu doté d’un minimum de sens esthétique. C’est un peu comme si Léonard De Vinci recevait ce message :

« Monsieur, 

En raison des jets de concentré de tomate de plus en plus fréquents sur les tableaux de notre musée, nous avons pris la décision de recouvrir de pâte à pizza la vitre qui protège votre portrait de Mona Lisa dite La Joconde.

Cordialement »

La formule d’impolitesse montre que la missive est un e-mail. Si Leonard avait donné son 06, il eût reçu un SMS et ce n’eût pas été mieux.

***

Il vient d’arriver une tuile au Couvreur.

Notre couvreur s’appelle Sébastien Mast. A vrai dire il est plus architecte et artiste plasticien que couvreur. C’est sa belle-mère, Solange Odonte, qui le surnomme ainsi, « Le Couvreur ».

C’est à la suite d’une longue réflexion à partir des sols de la basilique Saint-Marc à Venise que Sébastien Mast a imaginé de disposer artistiquement les tuiles sur les bâtiments qu’il conçoit. Tous les courants de l’histoire de la peinture se retrouvent dans ses réalisations. Il y a des toits « Lascaux », des toits impressionnistes, des toits fauves, des toits cubistes… Son chef-d’oeuvre absolu reste néanmoins son « Festin des dieux en bord de Seine », réalisé sur le toit plat du 9 quai de la Mégisserie à Paris. 

- Il est idiot ou quoi, ton mari ? a demandé un jour Solange Odonte à sa fille. A quoi ça sert de réaliser des œuvres d’art que personne ne peut voir si ce n’est les oiseaux ? Et tout le monde sait, depuis Chaval, que les oiseaux sont des cons !

- Mais enfin, Maman ! Il y a des photos, des objets dérivés, des maquettes, des posters ! C’est ça qui se vend aujourd’hui une fois qu’on a fait le buzz ! Regarde le succès en librairie de « La Terre vue du ciel » de Yann Arthus-Bertrand ! Et avec les drones, rien de plus facile que de réaliser des dévédés !

Solange n’a pas voulu bousculer plus sa fille Béatrice. En son for intérieur elle n’en pense pas moins que la dernière œuvre de Sébastien, « 99+1 » est de la foutaise. Elle se souvient du dernier repas de famille au cours duquel « Le Couvreur » a expliqué s’être inspiré de la salle des fêtes de Faux-la-Montagne dans la Creuse.

- Qu’est-ce qu’elle a de plus que les autres, cette salle polyvalente « qui sert à tout qui ne sert à rien » ? a demandé M. Odonte père qui entretient des rapports plus bienveillants avec son gendre.

- Elle a 99 fauteuils noirs et un fauteuil blanc !

- Quel intérêt ? a demandé Solange.

- Mais, Belle-Maman ! En déplaçant le fauteuil blanc, j’obtiens cent motifs de toiture différents ! D’un seul coup j’ajoute cent pages à mon catalogue. Et je multiplie cela par le nombre de couleurs de tuiles dont je dispose ! « 99+1 rouge et noir », « 99+1 jaune et vert », « 99+1 jaune et blanc »…

- Reprenez donc de ma tarte au citron meringuée, les enfants ! a éludé Solange.

***

Il vient d’arriver une tuile au Couvreur.

Le courrier de la ville de Colmar le met en demeure de repeindre en blanc toutes les toitures qu’il a réalisées dans cette riante commune d’Alsace.


« Par souci écologique et pro-planétaire de lutte contre le réchauffement climatique, le Conseil municipal de Colmar, en sa réunion plénière du 3 juillet 2024 a arrêté que tous les bâtiments de la ville seraient repeints en blanc, y compris et avant tout les toitures. ».

- Bravo ! a pesté Sébastien. Le grand remplacement de la France colorée par la Casbah d’Alger !

Et puis comme le Couvreur n’est pas du genre à se laisser abattre il a téléphoné à son imprimeur.

- Monsieur Brodin-Taupard ? Sébastien Mast à l’appareil ! Vous pouvez encore changer le titre de mon catalogue 2025 ? Oui ? Très bonne nouvelle ! Vous ajoutez juste « Collection Malevitch, semaine du blanc ! »

 

Tout bien réfléchi la tuile n’en est pas une. Elle va satisfaire Beau-Papa qui vote vert et faire taire Belle-Maman qui ne trouve rien à redire au port de l’uniforme par les hussards sur les toits !