Initiation à la notation échiquéenne (Défi du samedi n° 944)


Nous posons en préamvestibule que vous avez acquis les présuppositoires suivants : on joue au jeu d’échecs sur un plateau carrément carré de 64 cases (8x8, donc) alternativement blanches et noires.

Quand on a les blancs, les rangées (horizontales) sont numérotées de 1 à 8 du bas vers le haut, les colonnes (verticales) sont nommées de a à h de la gauche vers la droite.

Quand on a les noirs, les rangées (horizontales) sont numérotées de 8 à 1 du bas vers le haut, les colonnes (verticales) sont nommées de h à a de la gauche vers la droite.

Ça y est ? Y’a déjà du naufrage mental ? J’en ai perdu combien ?

Comme dans le jeu de la bataille navale, une case est désignée par la lettre de la colonne dans laquelle elle se trouve à laquelle on adjoint le chiffre de la rangée dans laquelle elle se trouve.

Si on joue au jeu des quatre coins on ne s’occupe donc que des cases a1, a8, h1 et h8.

Les pièces du jeu sont nommées d’après l’initiale, en capitales, du mot qui les désigne :

La tour devient T
Le cavalier devient C
Le fou devient F
La dame devient D
Le roi devient R

Au début du jeu seuls les cavalier peuvent sortir car eux seuls peuvent passer par-dessus les pièces. Une partie peut donc commencer avec le coup Cf3 ou avec le coup Cc3.

Même s’ils sont l’âme des échecs selon François-André Danican Philidor, les pions ne sont désignés par aucune lettre.

Autrefois le mouvement de deux cases du pion central placé devant le roi s’écrivait e2-e4. Aujourd’hui on écrit plus simplement e4.

Quand un pion ou une pièce effectue une prise on l’indique par le signe « multiplié » soit « x » : Dxf7, Txh8, Fxc6 etc. Puis on soustrait la pièce prise du plateau de jeu.

Quand un pion blanc prend un pion noir ou une pièce placée sur une des deux cases situées en diagonale devant lui on écrit exd5 ou exf5 suivant qu’on prend à gauche ou à droite. Si on hésite sur ce point de prendre à droite ou à gauche, on peut aussi consulter son GPS ou sa carte Michelin. S’il y a un cavalier en prise en d5 et une dame en prise en f5 il est théoriquement plus intéressant de prendre la dame. Mais il faut voir : c’est peut-être un sacrifice gagnant de votre adversaire, auquel cas c’est vous qui perdrez !

Quand un pion blanc rendu sur la cinquième rangée prend un pion noir qui vient d’avancer sur la colonne adjacente de la septième à la cinquième rangée, on note cela ainsi : « exd6 e.p. ». « e.p. » signifie « en passant », je le dis en passant pour ceux et celles d’entre vous qui auraient ignoré que cette possibilité de la prise en passant existât.

Quand un pion blanc atteint la huitième rangée il est récompensé par une promotion à un grade supérieur : il peut devenir sous-chef de bureau, officier de cavalerie, sergent-major, fou de Bassan, grandmamamouchi, cavalier, fou, tour voire même, par ces temps ou il y a plus de transsexuels que de zazous dans mon quartier, dame. Cela s’écrit « e= D », « e=T », etc.

Quand un pion ou une pièce donnent un échec au roi, on note cela en ajoutant le signe+ à la notation du déplacement. Cc7+, Dd8+, etc.

On note les coups dans l’ordre où ils ont joués. Ce sont toujours les blancs qui commencent. On note le n° du coup puis le premier coup blanc puis le 1er coup noir.

Par exemple1. e4 e5 signifie que le premier joueur a poussé son pion du roi en e4 et que le joueur des noirs a répondu en poussant son pion du roi en e5. Les deux pions sont bloqués et ne peuvent plus avancer. Heureusement on a sept autres pions et huit pièces pour complexifier le tableau.

Lorsque, chez les blancs, le fou de cases blanches et le cavalier roi ont été sortis on peut procéder au petit roque : le roi se déplace de deux cases sur sa droite et la tour vient prendre la place qui est tout de suite à sa gauche. Cela se note : « o-o ».

Idem chez les noirs avec le fou de cases noires et le cavalier roi, en changeant la droite par la gauche et lycée de Versailles.

On peut aussi choisir de faire le grand roque. Pour cela il faut avoir déplacé le fou dame, le cavalier dame et la dame. Ensuite de quoi le roi se déplace de deux cases sur sa gauche et la tour vient prendre la place qui est tout de suite à sa droite. Cela se note : o-o-o. Même chose en inversant droite et gauche pour les noirs.

Le résultat de la partie terminée est noté sur la feuille. 1-0 signifie que les blancs ont gagné, 0-1 qu’ils ont perdu, 1/2-1/2 que la partie s’est terminée par la nullité.

J’ai zappé le cas particulier des tours et des cavaliers qui peuvent effectuer un même déplacement ou une même prise. Si ça vous passionne vraiment, vous pouvez aller en prendre connaissance ici ou tout ce que je viens d’écrire est repris bien plus sérieusement :


Maintenant - je vous connais comme si je vous avais fait·e·s -, vous allez me demander : « A quoi ça sert, toutes ces chinoiseries » ?

A rien, bien sûr ! Ça sert juste aux pervers dans mon genre à « rejouer » une partie, à regarder son déroulement a posteriori (analyse post mortem est le nom latin du truc) pour y déceler des erreurs (très souvent) ou des coups brillantissimes (très rarement).

Peut-être qu’un jour futur, quand je serai en retraite et que j’aurai tout mon temps à moi je mourrai de rire en reconstituant cette partie de l’autre jour où j’ai balancé quatre pseudo-sacrifices de pièces à mon adversaire.

Ou cette autre miniature jouée contre le robot Wendy (1500 ELO) chez Chess.com.


Que ce billet vous serve de leçon : le jeu d’échecs rend fou !





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