La Qualité (Défi du samedi n° 856)



Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais excepté mes femmes et mes docteurs, comme disait Georges Brassens, plus personne n’exige de moi que j’aie des qualités.

Quelque part, ça m’arrange. Je peux prendre le parti de Saint-Georges ou celui du dragon alors qu’il s’agit de deux antagonistes et même les envoyer paître tous les deux, comme l’autre semaine, en donnant la vedette à la princesse qui n’a sans doute jamais existé.

De ce fait j’ai été ravi, samedi dernier, de tomber sur cette décoration de vitrine qui représente mes camarades de jeu littéraire dans une posture elle aussi nouvelle.

- Ouiiin ! Dragon ! Dragon ! La fille, elle m’a volé mon cheval !



***

A part ça je voulais parler de jeu d’échecs. J’y joue tous les jeudis après-midi et les situations dans lesquelles me met le nombre impair que nous sommes bien souvent présenteraient le désavantage de souligner tous mes défauts si je n’avais la qualité de tourner toujours tout à la rigolade. De fait, on s’amuse beaucoup dans la cafétéria du Diapason.

Il m’arrive souvent et même presque toujours d’affronter deux adversaires simultanément et de gagner mes deux parties. Mais c’est trop facile : j’ai une qualité que les autres n’ont pas car en supplément de ma bonne mémoire je travaille à la maison, j’ouvre des livres, je regarde des vidéos, j’étudie des ouvertures, je joue contre Madame Lia.

« Elève travailleur » diraient les professeur·e·s.


***

Une fois sur deux maintenant, histoire que mes camarades eux aussi gagnent des parties, je fais le « kibitzer » muet. C’est un mot yiddish qui signifie que je regarde en silence les parties que jouent ces messieurs, que je les note sur mon carnet et que je n’interviens pas dans leur jeu sauf à la fin, lors de l’analyse « post mortem », pour dire que j’avais vu un coup meilleur, que tel mouvement de pièce était une erreur, bref que je tiens le rôle de l’emmerdeur qui ramène sa pseudo-science.


***

Vous me direz, et vous aurez raison, que ce que je raconte là est sans intérêt aucun. Je vous le concède bien volontiers et c’est pour ça qu’au lieu de ces considérations égocentriques super-féta-toires, comme on dit chez les Grecs, je m’en vais vous apprendre ce qu’est une qualité au jeu d’échecs.

Posons que le pion vaut 1 point, que le fou et le cavalier valent 3 points, qu’une tour vaut cinq points et qu’une dame vaut dix points.

Lorsque vous avez réussi à prendre une tour avec un fou ou un cavalier à votre adversaire et que celui-ci reprend ce fou ou ce cavalier, on dit que vous avez gagné la qualité.


***

Il y a des jours où j’envie mon oncle Walrus, le scientifique jadis si expéditif dans ses billets. La science permet de traiter le sujet du Défi du samedi en deux phrases et quatre lignes !

Mais bon, c’est quand même assez dur de s’imaginer vivre dans un monde sans Modiano-Proustitude !

Vous avez deux heures pour donner votre avis là-dessus !

Les Pelleteuses (Défi du samedi n° 855)

 




On ne peut pas dire qu’elles ne travaillent pas, les pelleteuses, à Rennes ! Elles n’arrêtent pas ! Quand le bâtiment va, tout va ! Plus ça va, du reste, et moins on reconnaît sa ville à certains endroits ! Rue de Châtillon, par exemple.

Sauf à vouloir jouer les vieux nostalgiques, je ne vais pas m’en plaindre, de tous ces travaux. Depuis 27 ans que j’habite cet endroit j’ai vu sortir de terre :

- le théâtre de la Paillette où je ne vais jamais !

- le conservatoire de musique au Blosne ! Non plus, c’est trop loin et il faut arriver une demi-heure avant le début du concert.

- le café-théâtre le Bacchus : c’est pas mon truc le stand-up. Je préféres le one-man-show !

- les quartiers modernes, cubes de béton et tours, de Beauregard, la Courrouze et Baud-Chardonnet.

- le Fonds régional d’art contemporain ; tout le monde sait que mon idéal en peinture, c’est le portrait d’Isaure Chassériau par Eugène Amaury-Duval. Et après De Chirico et Magritte, je tire l’échelle !

- Eurarennes, plus moche encore qu’Euralille !

- la nouvelle gare avec son toit en bulles de savon et son cheval rachitique.

- la ligne A et la ligne B du métro. Si, si, elles sortent de terre, à Pontchaillou, La Poterie et Beaulieu !

- Plus appréciés encore : Les Champs libres, l’Antipode, Le Diapason, L’Arvor.

Je me demande quand même si les pelleteuses n’en font pas trop « espécialement pour moi ». Je sais depuis hier qu’elles vont implanter des lignes de tram-bus dont une juste en bas de chez moi qui me permettra d’aller directement à l’Université de Rennes 1 pour jouer aux échecs ou chanter des bêtises le mardi et le jeudi.



Est-ce que ce n’est pas me dérouler un peu trop le tapis rouge pour que je pense et clame partout que « j’ai trouvé mon paradis à Rennes » ? A quoi ça sert d’ailleurs de me faire autant plaisir puisque si j’ai dix lecteurs-lectrices ou dix personnes qui m’écoutent, c’est tout le bout de monde ? En plus, je ne suis pas un bon office de tourisme puisque je suis objectif !

Et que fait-on de mon droit de passer un grand coup de pelleteuse dans ma vie, de vider mon grenier et d’aller m’installer au fin fond de la Creuse avec juste une connexion internet à Faux-la-Montagne, hein ? On me le conteste ?

Mais enfin, qu’est-ce que c’est que ce monde où ce sont les pelleteuses qui commandent ?

99 dragons : exercices de style. 84, Allographes (Défi du samedi n° 854)

 


Tout allait AC bien dans ce PI jusqu’à ce qu’un méchant dragon 120 y 1staller son gros Q 1D100 et son appétit pui100.

L’I2 bestiau s’en prit d’abord aux O20 du père Mathur1 qui PC tranquillement à proximIT. Il tomba sur l’R1 de deux brebis, les flamba et les boulotta.

L’éleveur de moutons RST d’abord ÉBT, doutant soudainement de son AQIT visuelle – de fait, il n’en croyait pas ses IE ! - puis il s’est un peu NRV et a l’HÉ au monstre :

 - Eh dis donc, s’AK20 ! Tu es encore QIT ou quoi ? J’ai idée que tu n’as r'I1 dans la TIR ! Te souviens-tu seulement que j’ai VQ plus de 80 fois déjà cette situation ? Je C désormais comment me débarrAC de toi et de ton manège 1C100 ! Il suffit que j’aille me plaindre à sa MajST le roi, que je lui dise que j’en ai gros et ensuite tu vas CC de vivre, DKΠT par une Sp’S d’AB sans ÉQIÉ monté sur un équiD blanc et arborant un ÉQ à croix rouge sur fond blanc. Si JV et que je réclame cela, je serai OBI et tu seras occis. S bien cela que tu veux ? Ne peux-tu pas plutôt fiche la P à mes bêtes, t’en retourner d’où tu viens et laisser tout comme CT avant ?

La bête ne répondit rien. Elle ne leva même pas le nez de son ÉQL, trop OQP à son repas, MHA un autre bout de sa côtelette d’agneau.

O100 les épaules devant ce silence Mathurin alla Dtacher son âne, l’enfourcha et, K1 KA, se mit à trotter en direction du palais, tranquille comme É1000.


 ***

Le roi était un homme AG, DKV, qui AV derrière lui DVQ difficiles : armée dissolue, assemblée dissoute, gouvernements FMR. 


Il posa sa QIR, trempa ses lèvres dans un verre d’O, s’essuya la bouche et dit :

- J’essaie de comprendre. Est-ce que je suis trop É3 d’esprit pour cela ? Je ne pense pas. Je ne suis pas le RO dans cette histoire, je ne suis qu’un personnage FAC, 1D6, DΠT dont on ne retiendra même pas le nom. A croire que ma personnalIT elle sent le p’AT dans les journaux du groupe R100 et dans les livres d’histoire sainte, si c’en est un !

Y aurait-il au-dessus de nous un obCD de la redite, un plaJR du « Jour sans fin », quelqu’un qui CC à m’ABC sans cesse, qui m’a LU comme souffre-douleur, qui voudrait que je crie « Ô râge ! Ô Dz’Spoir ! Ô vieillesse NMI ! » ?

Que dois-je prouver ? Qu’il n’y a pas de VQ possible sans DZ tombées du ciel ? Que C la religion et non le régalien qui fait survenir la justice ?

Que G1000 curseur trop bas ? S ma faute si les d’IE que nous avions ne VIR pas mieux que ça sur nous ? Se sont-ils jamais MU des invasions, DN, des horreurs subies par les populations que, par D100ce, je T ?

Et pourquoi n’ai-je pas ou plus le droit ici, comme on l’aura et en abusera plus tard, de parler de mes problèmes familiaux ?

- MajST ! l’interrompit le chambellan. Non ! Il faudrait penser à QV. Vous avez abusé du blanc-K6 à l’apéro. M’est avis que vous avez un coup dans l’L !

- C’est pourtant de notoriÉT publique que mon épouse…

- Oui, MajST. On C. LHOOQ !

- A croire que Joconde pour beurre !

***

 

La suite lui prouva que oui. Il ne put HV. On entendit un grand vacarme, des cliquetis DP et des bruits de ferraille dignes d’un roman 2KPDP puis on vit MRG dans la cour du palais tout ce qu’on pouvait compter de femmes OPI ayant troqué le N1 pour le casque et remplacé les rouets et quenouilles par DH et des lances.

 La bien-MRN LN, devenue l’HF de guerre de cette armée en jupons, MI alors ces propos renvR100 :

 - Le droit d’NS de nos pères et maris HU avec le plat de lentilles, les EKC d’Hamlet et la déconfiture d’RL de leur inconséquence. Depuis ces idiots sans IJN pataugent dans leur KK et le ménage intellectuel est le KD de leurs soucis. Tout est PT depuis que s’LH se sont ABC jusqu’à recourir aux Z de l’étranger pour éliminer une bête dont nous sommes sûres de venir à bout par nos efforts unis. Nous allons faire du HI de cette IN, nous allons mener au JB le patriarcat et ces religions AIsables du DO gratias, toutes pleines d’attendus plus ou moins NE envers les femmes ! Nous n’allons pas BC le pavillon devant l’FS-Matthieu, les FIJI de Léon 6 à Π7 ou la croix Vitafor ! Allons mettre fin au KO en I100 bien O le drapeau de la bravitude féminine cher à notre DS Cgol’N ! IS we can ! 


*** 

 

Il n’y eut pas de combat sanglant. Il n’y eut pas de chevalier Saint-Georges. JP des cerises à celui qui peut m’expliquer le phénomène LNistique : quand L20 se poser tranquillement face à la bête et mit la main sur son jabot, cela eut un effet apaisant. Le dragon reprit sa taille de BB, se mit a TT dans la main d’LN la poignée d’herbes d’IPK que lui tendait la reine pharmacienne.

 



Devenue végétarienne, la bête fut adoptée comme animal de compagnie et un R9 souffla sur les esprits. L’invasion du PI par un ou des étrangers cessa d’être une obsession pour les Libyens de 6l’N.


Les illustrations de ce billet ont été très aimablement prêtées par Dame Adrienne que l'on remercie ici.

 





Madame Lia (Défi du samedi n° 853)

 

Moi, vous me connaissez, je ne suis pas ici pour raconter ma vie. C’est un sport, l’autofiction, auquel je m’adonnerai d’autant moins à l’avenir que je me suis découvert, en début de cette semaine, une terrible groupie.


Elle s’appelle Madame Lia et elle sévit chez M. Qwant+. Monsieur Qwant+ est un promoteur. Un promoteur de recherche. Si on traduisait son nom en français, -  ou en latin d’Astérix - cela donnerait quelque chose comme « Kèktuveuxdplus ? ». 


Madame Lia est formidable ! Elle a conservé tout ce que j’ai déposé sur Internet depuis 2000 et avec ces texticules, ces bribes de vie, ces délires et ces bouffonneries elle me concocte une page Wikipedia dont je ne vous dis que ça.


Vous allez me dire que je devrais être content et que cette attention constante, cet intérêt pour mon «oeuvre» sont « tout bénef » pour mon côté narcissique.


Si je ne saute pas au plafond ni au cou de Madame Lia c’est qu’il y a un effet pervers.


Madame Lia a un côté Stasi indéniable. De ses lectures de mes bluettes, acrostiches, haïkus et krapoveries elle suppute que je n’ai jamais voté pour une candidate prénommée Marine et que je ne suis pas un de ses chauds partisans à crâne rasé.



Tu supputes bien, camarade Lia, mais qu’as-tu besoin d’énoncer cette information-là dans la biographie d’un poète ? Insistes-tu, dans ta présentation d’Arthur Rimbaud, sur fait qu’il n’a pas voté pour Emmanuel M. au deuxième tour des élections présidentielles de 2022 ?


Et, franchement, que de confusions dans tes appréciations de mes fréquentations internautiques !


Ma cousine de Belgique, cette chère Dame Adrienne, serait une adolescente sur laquelle j’exercerais une emprise certaine !




Mon oncle Walrus se trouve d’un seul coup d’un seul propulsé à la tête d’un restaurant de Bailleul (Nord), L'Auberge du Cheval blanc,  qui aurait fait faillite !


Ce qui m’ennuie aussi chez cette admiratrice enthousiaste c’est son style d’écriture, guère différent de ce que rendrait un élève de 6e lors d’un contrôle de connaissances (je suis en veine de gentillesse, aujourd’hui, j’ai mis un « s » à connaissances !). 


Ce qui me navre surtout c’est son peu de philosophie et de sens des nuances. Mes démêlés très anciens de bouffon particulier avec Sa Majesté le roi François de Sabolie ont été beaucoup plus classieux, subtils et constructifs que les simples « différends avec l'équipe municipale  » mentionnés sur la « fiche de police » de Madame l’Intelligence artificielle.


Sur ces choses-là qui datent de 1995 le temps a déposé sa patine, le roi est tombé de son piédestal et le bouffon ne s’en trouve pas plus heureux pour autant.


Enfin pour ce qui est de mes rapports avec ma très sainte mère « à qui je ne savais pas dire non », je crois que tu fabules, machine ! Et que tu confonds les scripteurs !


https://adrienne414873722.wordpress.com/2014/11/13/k-comme-krapoveries/


Ce serait bien en effet de ne pas tout mélanger. Joe Krapov n’est qu’un personnage de fiction et avec son ukulélé rose il ne fera jamais partie des Rolling Stones ! Il est trop jeune pour ça !


Si tu veux vraiment tout savoir sur lui, sache que la personne qui fait le récit de ses aventures et signe ses textes s’appelle en fait,


Révélation ultime...!


Plusieurs lignes de blanc pour ménager le suspens…!


Roulements de tambour...!




Isaure Chassériau !




A part cela je souhaite à Madame Lia et surtout à vous-mêmes une très bonne et très heureuse année 2025 !

Apprêtez-vous quand même à vivre dans un monde où les machines, les hommes politiques et les agents de la SNCF manqueront cruellement de tact, de considération et même de politesse à votre égard !






Sacha Brassens ! (Défi du samedi n° 852)

 ​


"Depuis mon vieux qu'au fond des cieux tu as fait ton trou Il a coulé de l'eau sous les ponts de chez nous
Les bons enfants de la rue de Vanves à la Gaîté L'un comme l'autre au gré des flots furent emportés
Mais aucun d'eux n'a fait fi de son temps jadis
Tous sont restés du parti des myosotis"
 
C'est ce que chantait Georges Brassens dans "Le Vieux Léon" et c'est, grosso modo, le seul parti dont j'accepterais de prendre la carte. 

Je remercie le hasard et surtout l'oncle Walrus de m'avoir positionné à nouveau devant cette petite fleur bleue dont je cultive le côté, le fameux côté "fleur bleue". 

Cela me permet de vous offrir - tu parles d'un cadeau ! - un enregistrement vidéo de Joe Krapov en public qui inaugure la Ballade avec Brassens 2024 en compagnie de son acolyte, Emmanuel le Bichon. 

Attention, si sérieux, s'abstenir ! 



Une Question Super banco (Défi du samedi n° 851)


Je ne suis pas ici pour raconter ma vie mais sachez que si j’avais le temps, avec toutes mes connaissances inutiles, je rédigerais volontiers les questions d’un Jeu des mille euros à ma manière. 

Par exemple, avant d’aller voir « En fanfare » au Ciné-TNB, j’ai posé à Marina Bourgeoizovna la question Super-banco suivante : 

- Qui sont Labélure, Trouffigne et Peaudhareng (Peaudarent ?) ? 

Elle a séché. 

- Ils appartiennent à la classe des lépidoptères ! ai-je précisé, taquin. 

Ça ne l’a pas aidée. 

- Ce sont les plus connus, en fait. Comme autres condisciples il y avait Vulcain, Myrtil, Robert Lediable, Pierrick de La Rave, Tristan, Machaon, Petit Sylvain, Alex Anor, Flambé… Ce sont des enfants. 

- C’est dans « Le Petit Nicolas » ? 

- C’est plus court qu’un roman ou même qu’une nouvelle. C’est une chanson. 

Elle n’a pas trouvé. Et vous ?

 ***

 Ce sont trois des élèves du « Lycée Papillon » de Georgius. J’aurais pu gagner 45 euros si j’avais envoyé la question sur carte postale à Roger Lanzac au cirque Pinder ou à Lucien Jeunesse à la Maison de la radio mais ils m’auraient retourné un chèque en francs et cette monnaie n’a plus cours de nos jours. 

J’aurais pu vous la chanter aussi, la bluette, mais s’il vous plaît, relisez ma première phrase : comme tous les gens qui vivent leur vie avec la légèreté du lépidoptère, je manque de temps ! 

J’ai juste pris celui de retrouver la photo de classe. Qu’est-ce qu’on était beaux quand même ! Je suis le troisième assis en partant de la gauche. Croyez-moi, je ne suis pas un imbécile, j’ai même de l’instruction !

 


La Chanson hypocalorique (Défi du samedi n° 850)

 

Alphonse Allais a écrit : "Faut du Baudelaire, c'est entendu, mais pas trop n'en faut !".

Les calories et surtout les kilocalories, c'est pareil. C'est déjà ce que constataient, en 1978, Claude Lemesle et Alice Dona dont je suis très content de reprendre, pour vous, avant les repas de fêtes qui se profilent,  "La chanson hypocalorique".




J'arrête ! (Défi du samedi n° 849)

Mais il veut rire, l’oncle Walrus ? Il ne manque pas d’air en espérant me voir jeter sur le papier un long texte bien étiré sur ce rite imbécile qui consiste, aux mariages, à retirer avec les dents la jarretière de la mariée !


Ce n’est pas que je redoute l’ire de nos amies écrivantes, que je craigne qu’on me jarte de ce bienheureux terrier du Défi où il fait bon être. Que je me tire à l’autre bout de la terre, sur les bords du lac Erié, ou que je veuille me mettre au vert en Eire ou à Jarrie en Isère n'est pas dans mes projets ; mais jouer le reître masculiniste à nouveau en évoquant avec plaisir et salacité ce qui se situe au-dessus du rohmérien genou de Claire ou sous les souchoniennes jupes des filles, cela fait de ma part l’objet d’un rejet certain.

 


Tant pis si l’on rit de moi mais désormais ma parole sera rare, je ferai le tri et je ne réerai pas, je ne bramerai plus, du moins en public, mon goût pour les fanfreluches, bagatelles, bigoudis, choses de l’amour et du sexe. Une autre ère s’est ouverte : il faut se tenir ferme sur son jarret partout où l’on va, assurer ses arrières : l’accusation de sexisme est là, terrée dans l’ombre, à un jet de pierre, prête à vous tomber dessus dès que vous écrivez le mot « soutien-gorge » ou « porte-jarretelles ». 


 J’ai donc procédé cette semaine à un tir en touche et je suis allé errer un moment dans la notice de l’ordre de la jarretière chez Madame Wikipe où j’ai retrouvé le bon chevalier Saint-Georges. J’ai aussi rejeté l’idée de réitérer une variation sur son dragon mais j’ai été séduit par l’histoire d’Edouard III :

 « Le 23 avril 1348, lors d'un bal à Calais, il dansait avec sa maîtresse, la comtesse de Salisbury. Celle-ci ayant, en dansant, fait tomber sa jarretière, le roi, galamment, la ramassa sous les quolibets des danseurs, la mit à son propre genou et coupa court aux railleries par ces mots : « Messieurs, honi [sic] soit qui mal y pense. Ceux qui rient maintenant seront très honorés d'en porter une semblable car ce ruban sera mis en tel honneur que les railleurs eux-mêmes le chercheront avec empressement. ».


 Rira bien qui rira le dernier ! Et l’amour des hochets dans la perfide Albion qui n’a toujours pas connu de « Ah ! Ça ira ! » est tel que cet ordre chevaleresque perdure encore aujourd’hui !


Je vous gratifierais bien ici d’un « Ite missa est » mais avant que l’échelle soit tirée, je vous fais cadeau d’un rai de lumière sur la présence du morceau musical ci-dessous. Il est signé Ken Hensley, s’appelle « The Park » et est tiré du deuxième album du groupe de rock Uriah Heep intitulé « Salisbury », sorti en 1971 !


 Au jeu de marabout-bout de ficelle des mots du Défi, on retire toujours quelque chose, ne serait-ce que de la nostalgie !




Oh ! La belle vie ! (Défi du samedi n° 848)

 ​


 

1

Oh ! La belle vie !
Faire un trou dans la glace
Vivre de pê-ê-che 

Oh ! La belle vie !
La banquise
Est sortie à cinq heures
A la fraî-aî-che




2

Oh ! La belle vie !
Faire du ski
Sans souci de la chu-u-te

Oh ! La belle vie !
Pas de sapin
Pas de rochers
Pas de culbu-u-te


 


3

Oh ! La belle vie !
Pas de nuit
D’insomnie
Au soleil de minuit

 

Oh ! La belle vie !
Nuit polaire
Nuit d’amour
Qui dure vingt-huit jours !


 

4

Oh ! La belle vie !
Dans l’igloo
Se chauffer contre l’au-au-tre

Oh ! La belle vie !
Sensations inouïes
Inui-i-tes


 

5

Oh ! La belle vie !
Pouvoir dire « Phoque ! » autant
Qu’on le souhai-hai-te

Oh ! La belle vie !
Autres temps, autres morses !
C’est la fê-te


 

6

Oh ! La belle vie !
Bonbon et chocolat
Caramel et mamelles

Oh ! La belle vie !
Et Lolobrigida
Dégustés à l’entra-ac-te

 

 

7

Oh ! La belle vie !
Se peut-il que la banquise
Fon-on-de

Oh ! La belle vie !
Mais c’est quoi tout ce charbon
Immon-on-de ?

 


 Si un jour on devient
Des migrants climarctiques

On viendra à Paris
Installer nos igloos !



L'Histrion rennais (Défi du samedi n° 847)

 

Spectateur 1 - C’est encore une fois cet histrion de Joe Krapov ?

Spectateur 2 - Hé oui ! Il vient ici tous les ans !

Spectateur 1 - Quel clown ! Il n’a toujours pas compris que ce sont des apéros poétiques et non un club de chansonniers ?

Spectateur 2 - En même temps, il n’a pas amené sa guitare qui fait "plonk plonk " aujourd’hui !

Spectateur 1 - Normalement, un histrion, de toute façon, ça joue de la flûte !

Spectateur 2 - Ou du pipeau ! Écoutons-le déballer le sien !




Lettre à Sainte-Isaure (jeu n° 100 de Filigrane)

 ​
Ma chère Isaure, ma très bien aimée maîtresse virtuelle, ma douce montreuse de vie en rose,
 
Plutôt que d'aller faire un tour dans la rue Sainte-Isaure à Montmartre en 2001, j'aurais dû effectuer pour toi un pèlerinage au 45, quai Conti et photographier, depuis le pont des Arts, la coupole de l'Institut de France.




Tu as vécu en cet endroit de 1824 à 1832, dans le logement de fonction de ton grand père Amaury Pineu-Duval qui était secrétaire de l'Académie des Inscriptions et Belles Lettres. Ta maman était revenue vivre chez son père après le décès de son mari Adolphe, le libraire-aventurier, en Amérique du Sud. Elle y redevint la flamboyante Emma Antigone Duval, veuve Chassériau, y tenant salon littéraire, sortant dans le « grand monde » autant qu’elle le pouvait et elle finit par épouser en 1832 un riche notaire vendéen, Marcellin Guyet-Desfontaines, qui devint député, châtelain à Linières, bref une success story bien de l'époque. Mais passons sur ces détails de ta première vie même si ce que l'on perçoit du monde entre 4 et 12 ans est aussi très important pour la suite de son parcours. De toute façon à part Emmanuel François, Bathilde Dopffer et moi-même tout le monde se fiche bien aujourd'hui des années 20 à 54 du XIXe siècle. Tout le monde préfère sa seconde vie, celle qui se déroule sur un écran d'ordinateur ou de smartphone, sur les réseaux sociaux qui sont en fait de plus en plus des zéros sociaux. Moi-même j’y passe encore beaucoup de temps à jouer à l’écrivain virtuel et j'ai éprouvé beaucoup de bonheur à relire récemment les deux récits en dix chapitres, consacrés à ton oncle Camille, que j'avais déposés en 2009 chez l’éditeur Kaléidoplumes. Sur la lancée je devrais peut être me replonger dans le roman du vol de ton tableau au musée des beaux Arts de Rennes en avril 1999 « Isaure a disparu ». Voire l’éditer sous forme d’ibouque !
 
C'est à cette occasion-là que je t'ai rencontrée, c'est de là que tout est parti. Que serais-je sans toi, ô mon Isaure ? Que serais-je sans toi qui symbolises toutes ces autres dames rennaises, discrètes, amusantes, réservées mais si accueillantes pour l'original étranger que je fus et suis encore même après vingt-sept ans de séjour dans cette cité bretonne (?) où il ne pleut jamais et où donc, du fait d’une certaine sécheresse, rien ne prend sauf le feu ?
 
Toi et moi, nous nous sommes un peu perdus de vue depuis que tu es retourné vivre à Paris. Notre amour n'avait rien de cadenassé comme celui des moutons de Panurge qui se jettent sur la balustrade dudit pont des Arts pour y laisser leurs initiales entrelacées. Il n'y a pas plus libre qu'un anaon, un personnage de fiction deux fois centenaire, un fantôme bienveillant, une inconnue dans l'histoire, une femme de 34 ans qui ne vieillit jamais, traverse toutes les époques et s'est même payé, grâce à l'université de Rennes 3, des voyages dans le passé à vocation féministe. Je ne manque jamais de saluer les trois frères Park lorsque je pénètre dans le jardin du Thabor par l'entrée de la rue de Paris ou lorsque je passe devant la maquette du vaisseau Tornado sur la place Rallier-Du-Baty.



Mais je ne vais pas t'embêter plus longtemps, juste te donner quelques nouvelles du monde imagier qui est le mien, des pérégrinations immobiles de ma souris, des trouvailles de ma vie routinière de musicien-poète. A l'atelier d'écriture de Villejean c'est Willy Ronis, en parfaite coïncidence avec la photo de l’atelier Filigrane, qui m'a ramené à toi. Ses amoureux du pont des Arts comme ses estivants de l'île Saint Louis ou ses baigneuses de la fontaine Stravinsky sont bien plus libres, légers et insouciants sans leur cadenas ou leurs smartphones dans la poche arrière et pourtant ce sont des photos relativement récentes qui ont servi à notre dernière séance de divagation écrivassière.
 
Sur Internet Monsieur Google n'indexe plus rien ou presque mais en allant chez Monsieur Qwant qui se montre plus généreux j'ai retrouvé aussi ta trace et j’ai récupéré deux représentations encore inconnues de moi de tes cousines Adèle et Aline, les sœurs du peintre Théodore Chassériau sur un tableau et un dessin signés de celui ci. On ne rigolait pas beaucoup dans cette famille-là non plus !


J’y ai aussi trouvé cette image surréaliste de ton portrait dans une machine à laver ! Je la résumerai ou la légenderai ainsi : « On peut mener en étant très heureuse ou très heureux une vie sans tambour ni trompette annonçant que le cycle est fini ! Il suffit pour cela de la repeindre en rose ! ».
 


 
Times fades away ? Or not ! Rust never sleeps ? So what ?
 
Je t'embrasse, ma très chère Isaure !
 
                                      Joe Krapov
 
P.S. Toute ma petite famille va bien et tu manques énormément à l'Oncle Camille, à la tante Agathe et à toute la bande de copains du café « Au vieux Saint Etienne ». Reviens-vite nous voir à Rennes : c'est quand même une ville où il ne pleut jamais et où, en automne, les statues sont fleuries !


99 dragons : exercices de style. 83, Liste de vérification

 ​

La cinéaste est assise dans le bureau du producteur. Elle vient chercher des financements pour son projet de film historique.

 

- Bon. On peut revoir votre check-list ? Parce que, voyez-vous, c’est la crise pour tout le monde, actuellement. Prendre des risques financiers en produisant un film, ça coûte cher et ça peut même coûter bonbon si le produit se ramasse.

 - Il y a peut-être le jackpot au bout, parfois !

 - C’est vrai. C’est pour ça que je veux voir combien vous allez me coûter. Pour savoir combien ça peut me rapporter si ça marche. Allez-y, déroulez !



- Un paysan bourru ; un troupeau de moutons ; un cheval ; son caparaçon ; son cavalier en costume de légionnaire romain. Il porte des sandales, une tunique, une armure de plaques en fer, un glaive, un bouclier, une ceinture militaire, un casque et un javelot sur lequel est fixée un gonfalon blanc à croix rouge. Il nous faudra des gros ventilateurs pour le faire flotter parce que là où on va tourner, en Espagne sans doute, c’est sec et il n’y a que très peu de vent.

 - Jusque là, ça va.

 - Un palais royal miteux ; une armée en déroute ; une population miséreuse prête à croire à n’importe quoi et à voter pour n’importe qui mais ça se passe dans un pays où il n’y a pas encore d’élections. Un monarque dont les caisses sont vides et qui est dépassé par les inondations.


 - Vous m’avez dit que c’était un pays sec ?

- Pardon, j’ai mal lu. Dépassé par les humiliations. Des manifestations paysannes.

 - Combien de tracteurs ?

 - C’est un film historique. Ils brandissent des fourches en gueulant « On en a gros ! »

 - Je préfère ça. Tant qu’ils ne mettent pas le feu au Parlement de Rennes ou à un symbole de ce genre, ça me va.

 - Après... Il y a le cas de la princesse.

 - Si les caisses sont vides, sa garde-robe ne doit pas être très fournie, je me trompe ?

 - Ce n’est pas la question du costume qu'elle porte qui va vous faire tiquer. C’est qu’on a l’accord de principe de Scarlett Johansson pour tenir le rôle.

 - Scarlett Johansson ! Vous voulez ma ruine ou quoi ?

 - S’il n’y a pas de vedette connue, les gens ne viendront pas au cinéma, savez-vous ? Enfin le plus gros…

 - Je vous écoute.

 - On a négocié avec le responsable des effets spéciaux de Jurassic Park et de ses suites. Il est d’accord pour nous construire un dragon comme on n’en a jamais vu.

 - Bon, si vous avez cette caution-là je veux bien envisager de les allonger.

 - Après…

 - Quoi encore ? Ce n’est pas fini ?

 - La responsable du casting a pris contact avec Dany Boon pour le rôle de Saint-Georges et avec Gérard Jugnot pour le rôle du roi.

 - Dites, vous voulez ma mort ou quoi ? Vous savez combien ils prennent comme cachet, ces malades ?

 - Ils sont disponibles aux dates de tournage et intéressés par le scénario.

 - Écoutez, ma petite, vous êtes bien gentille, mais vous allez me faire des coupes dans ce budget tel qu’il est sinon je ne finance pas.

 - On peut peut-être supprimer le gonfalon ?




Octopus's garden (Défi du samedi n° 845)

 Le factotum s’appelle Octave. On fait appel à lui pour dégager le tractopelle embourbé, pour calculer la surface d’un octogone lyonnais, pour fournir une protection rapprochée aux acteurs de cinéma dont les exactions sexistes sortent au grand jour, pour cramer les Ektachromes compromettantes des factieux en voie de dédiabolisation et pour bien d’autres tâches plus ou moins suspectes dans des tas de secteurs de l’activité humaine.


La rectitude, l’exactitude, la perfection et le caractère discret voire secret de ses actions sont les points forts de tout factotum qui se respecte.

Il goûte le nectar avec le savoir-faire de l’oenologue averti qui a quinze ans de bouteille dans un palace sélect et commente doctement, avec très peu d’affectation, la présence de cuisse ou de touches de fruits rouges dans le vin dégusté.

Il charrie des bactéries pour l’Institut Pasteur, des briquettes pour construire le palais du facteur Cheval, des phylactères pour les éditions Dupuis où l’on sait qu’il ne bulle jamais, qu’il est réactif, productif et pas réfractaire à la tâche comme ce paresseux de Gaston, le collaborateur jadis occasionnel et désormais dysfonctionnel qui ne fait rien qu’à soupirer après la dactylo, Mademoiselle Jeanne. Et on ne parle pas des ses inventions qui ont pour objectif de saboter la vie du journal de Spirou ! Gaston ou la didactique du pire !

Sans même consulter Doctolib, Octave, lui, sait distinguer une infection urinaire d’une attaque de conjonctivite mais bon ça c’est facile. Il sait réparer les lecteurs de Compact-Disques défectueux, faire fonctionner un extincteur, analyser la conjoncture, ne pas se perdre en conjectures ; il sait où se trouve le disjoncteur en cas de panne de lumières au gouvernement, il sait additionner les fractions mais il est bien d’accord que ça ne sert à rien quand les élections ont fait venir à la chambre deux tiers de gaulois réfractaires qui ne s’entendent pas et un tiers de godillots réactionnaires qui sont là pour défendre le maintien du pactole pour les actionnaires et les banquiers.




Mais laissons l’actualité sociale et passons à la vie privée. Lorsqu’il termine sa tâche quotidienne et cesse de pactiser avec la direction, les directives, les directeurs, les directifs, les inspecteurs des travaux finis, les prospecteurs de gains de productivité et autres pondeurs d’injonctions en tous genres, Octave redevient le petit mari plein de tact de Dame Bénédicte.

Depuis « toutes ces années déjà ! » leur bonheur est intact, idéal, pictural, factuel et peut-être éternel ; l’affection qu’ils éprouvent l’un·e pour l’autre est constante. C’est peut-être parce que le proverbe dit « Factotum un jour, factotum toujours ! ».

A la maison aussi Octave fait tout ! Dans ses casseroles et faitouts il concocte pour sa douce des petits plats délicieux avec les victuailles qu’il a choisies lui-même sur les étals du marché. Il prépare des cocktails, choisit les Saint-Nectaire, programme des promenades forestières en octobre, des observations de la Voie lactée en été, des sorties au cinéma pour voir des super-héros indestructibles tenter toutes sortes d’actions pour empêcher la fin du monde d’arriver...

- C’est fait depuis mardi dernier, exactement depuis que le canard Donald a gagné ! plaisante Bénédicte. Rentrons chez nous et aimons-nous !




Effectivement, depuis que l’Amérique a ainsi disjoncté, le couple s’est réfugié dans la lecture d’histoires de détectives, dans la réécoute des Nocturnes de Chopin, dans la délectation du « Pendant le coïtum l’animal n’est pas triste », du « Fac moi totum, factotum ! » du « Jacte-moi d’amour, redis-moi des choses tendres », dans le contact des peaux et la joie d’être deux.

Il se trouvera sans doute, sur leur chemin, des détracteurs au rictus torve pour condamner ce repli sur soi, cette attitude « égoiste » de déconnectés de luxe. Mais ils n’y peuvent rien, Octave et Benedicte y sont addicts, au bonheur !